La littérature jeunesse, une question de genre...

Voici bien un genre qui a beaucoup de succès depuis plusieurs années, suscitant même un regain d’intérêt avec un nombre croissant d’auteurs ! Pour autant, il y a déjà bien longtemps que la littérature destinée aux enfants et à la jeunesse a fait son apparition !

Dans un ouvrage de Marc Soriano, spécialiste des contes de Perrault, voici la définition que l’on trouve de la littérature jeunesse : "La littérature de jeunesse est une communication historique (autrement dit localisée dans le temps et dans l’espace) entre un scripteur adulte et un destinataire enfant (récepteur) qui, par définition en quelque sorte, au cours de la période considérée, ne dispose que de façon partielle de l’expérience du réel et des structures linguistiques, intellectuelles, affectives et autres qui caractérisent l’âge adulte." (Guide de la littérature pour la jeunesse, Flammarion, 1975).

Jusqu’au 18ème siècle, il n'existe aucun ouvrage spécifique destinés aux enfants, tout simplement parce que ceux-ci ne possèdent pas de statut social, ce ne sont que des adultes en devenir. De plus, le taux d’alphabétisation générale à cette époque demeure très faible. C’est en 1697 que paraît Contes de ma mère l’Oye, reprenant La Belle au bois dormant, Cendrillon, Le Petit Poucet, Le Petit Chaperon rouge… Pour autant, l’œuvre de Charles Perrault, qui s’est inspiré d’écrits parfois bien plus anciens, n’est pas spécialement destinées aux enfants, mais bien aux adultes lettrés, friands de ce genre de récits !

Les Aventures de Télémaque est le premier livre destiné à un enfant. Il a été rédigé par le célèbre Fénelon, archevêque de Cambrai et précepteur du petit-fils de Louis XIV, Louis de France, duc de Bourgogne. Ce roman d’apprentissage doit servir uniquement à l'éducation de l’enfant royal, pourtant, il sera publié en 1699, sans autorisation de l’auteur…

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont marque le véritable départ d’une forme de littérature pour enfants. Elle va abréger une œuvre qui, depuis l’Antiquité, a été adaptée sous diverses formes : La Belle et la Bête, paraît dans son Magasin des Enfants, en 1756. De son côté, Jean-Jacques Rousseau considère que des livres tels Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés, de Jonathan Swift ou La Vie et les aventures étranges et surprenantes de Robinson Crusoé, de Daniel Defoe sont d'excellents ouvrages d’éducation pour les plus jeunes : la littérature qui leur est alors destinée doit être propice à la rêverie ou à l’inquiétude…

Plus tard, pour sa Bibliothèque des Chemins de fer, Louis Hachette va créer une collection jeunesse encore bien vivante de nos jours, la Bibliothèque Rose ; sa "marraine" sera la comtesse de Ségur, avec la parution, en 1856, de ses Nouveaux contes de fées.

En 1843, Jules Hetzel fonde le Nouveau magasin des enfants avant de se lancer, avec l’aide de Jules Vernes, dans l’édition d’autres ouvrages où se côtoient fiction et science. Il y aura également des livres illustrés où l’imagination se veut pédagogie. Du côté du monde anglo-saxon, Alice au pays des Merveilles, de Lewis Caroll, sera publié en français, à Londres, en 1869. Puis, ce sera une véritable éclosion de titres et d’auteurs : Sans Famille, d’Hector Malot, L’Ami Fritz, d’Erkmann-Chatrian ou bien encore Le petit Lord Fauntleroy, de Frances Hodgson Burnett.

Avec les innovations technologiques du 20ème siècle, les voyages deviennent un classique de la littérature jeunesse, tout en rapprochant l’enfant de l’adulte… qui se met à lire les ouvrages des plus jeunes : Le Tour de la France par deux enfants, de G. Bruno, pseudonyme d’Augustine Fouillée ou encore Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, de Selma Lagerlöf.

Après la Première Guerre mondiale, Le Père Castor, de Paul Faucher, des titres tels L’Opéra de la lune, Contes pour enfants pas sages ou Embrasse-moi de Jacques Prévert, ou encore Les Contes du chat perché de Marcel Aymé, constituent de véritables succès, tout comme la série Alain Belle-Humeur du belge Albert Hublet.

En 1967, le français François Ruy-Vidal va révolutionner la littérature d’enfance et jeunesse. S’associant à l’éditeur américain Harlin Quist, il fera paraître des albums novateurs, inspirés, par exemple, par la publicité. L’auteur convaincra aussi de grands auteurs, tels Duras et Ionesco, d’écrire pour les enfants. 

Ruy-Vidal osera affirmer qu’"Il n'y a pas de littérature pour enfants, il y a la littérature… Il n'y a pas d'art pour enfants, il y a l'art", ce qui déplaira à Françoise Dolto ! Pour de nombreux spécialistes, la littérature jeunesse se doit de contribuer au développement et au bien-être de ses jeunes lecteurs. Elle doit donc accompagner le passage de l’enfance à l’âge adulte, à travers plusieurs objectifs : l'élaboration de la personnalité en s'intéressant essentiellement à la morale et à l'idéologie, la transmission des savoirs et le divertissement. Bref, elle doit être écrite avec l’optique d’être accessible à ceux à qui elle est destinée.

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Evidemment, avec les nouveaux médias, les jeunes se sont quelque peu éloigné des livres, pourtant, depuis la fin des années 90, la parution de la saga Harry Potter, de J. K. Rowling, leur a ouvert des horizons nouveaux et leur a fait retrouver le goût de la lecture, entraînant nombre d’entre eux vers la redécouverte des classiques mais aussi des nouveaux auteurs.

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