La littérature de gare, une question de genre...

Sous Couverture a décidé de s’intéresser au roman de gare, ce genre littéraire souvent dénigré mais pas pour autant délaissé…

 

Impossible d’être passé à côté de ce genre littéraire peuplé d’auteurs tels qu’Henri Verne (Bob Morane), Agatha Christie, Georges Simenon, Guy et Jean des Cars (surnommés "des Gares") ou encore Frédéric Dard (San-Antonio)… Votre bibliothèque recèle peut-être même de vieux exemplaires de la collection Harlequin. Et pourtant, ceux-ci sont – ou furent à leurs débuts – taxés de romans "de gare"…

Comment définir cette littérature ? Ce sont des livres se lisant facilement, rapidement, se distinguant par une prose distrayante et superficielle, bref, parfaite pour occuper un voyage en train. On la classe dans la paralittérature qui regroupe les ouvrages non reconnus par l’institution littéraire, à savoir, les romans d’aventure, le policier, la science-fiction, le roman à l’eau de rose… On a longtemps jugé le roman de gare sans intérêt, commercial, absurde, voire vulgaire, pourtant, comme l’écrit le romancier Hubert Prolongeau dans son article "Le grand retour du roman de gare" pour le Monde Diplomatique d’avril 2017 : "il y a souvent une vie, une urgence, un plaisir d’écrire qui peuvent évoquer la saveur caractéristique des films de série B, palliant leur manque de moyens — et de prétention — par l’inventivité", bref, un genre littéraire qui plait ! D’ailleurs…

L’expression "Roman de gare" est née vers 1848, avec l’idée de William Henry Smith d’implanter, dans les gares du Royaume-Uni, des kiosques destinés à la vente de livres et de journaux. En 1812, Smith avait hérité de la librairie fondée en 1792 par ses parents, il en fera une chaîne toujours florissante, WHSmith, avec pas moins de 1300 points de vente, dont un, rue de Rivoli, à Paris et un autre à Bruxelles, fondé dans les années 20 et devenu, en 1997, Waterstones.

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Enseigne WHSmith, à l'aéroport de Londres Gatwick © Tous droits réservés

Sur le continent, dès 1851, Louis Hachette fonde un réseau de points de ventes sur le réseau ferroviaire français. En 1896, on en comptera près de 1200, pour lesquels Hachette édite la Bibliothèque des chemins de fer, des ouvrages "rédigés exprès, ou tirés des meilleurs auteurs français et étrangers, anciens ou modernes". De l’agriculture aux guides touristiques, des livres pour enfants à la littérature, bien des auteurs s’y côtoient : Gogol, Voltaire, Pouchkine, Michelet, Scott et autres Balzac ! En 1862, Louis Hachette engagera un commis aux expéditions, un certain Emile Zola qui deviendra son chef de publicité – son attaché de presse, en d’autres termes - avant d’y être édité et vendu dans les fameux points de vente Hachette !

Avec le temps, c’est une nouvelle fois grâce à Hachette que le concept a évolué. Qui ne connait dans les grandes gares, les aéroports, le métro et même les hôpitaux, les magasins "Relay", proposant livres, presse, magazines, boissons et autres friandises ? Ils appartiennent au groupe Lagardère Travel Retail, mais ont été créés en 1984, sous l’appellation "Relais H", par le groupe Hachette SA. En 2000, ils ont été remplacés par "Relay", s’étendant, avec plus de 1100 magasins, à travers quatre continents ! Depuis quelques années, ces boutiques sont belges, ayant été rachetées avec une autre enseigne du genre, "Press Shop", par… BPost.

Sans avoir jamais été totalement abandonné – certains auteurs ont, parfois sans le vouloir, repris le flambeau...

Sans avoir jamais été totalement abandonné – certains auteurs ont, parfois sans le vouloir, repris le flambeau. On note un véritable regain pour ce type de littérature depuis quelques années. En France, on réédite des séries telles San-Antonio, chez Robert Laffont et Fayard édite Les nouvelles aventures de San-Antonio écrites par Patrice Dard, le fils de son père ! Une maison d’édition a même vu le jour, French Pulp, revendiquant une littérature Pop, généreuse et addictive, un patrimoine méritant d’être défendu, en republiant des œuvres-culte de la littérature dite "de gare" tels Georges-Jean Arnaud et sa Compagnie des Glaces, mais aussi des nouveaux auteurs qui perpétuent le genre ou même une Nadine Monfils avec son Crimes dans les Marolles, de la série Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma.

En Belgique aussi cette littérature si souvent décriée fait son retour : la maison d’édition bruxelloise Ananké édite de nouveaux Bob Morane, signés par des auteurs, souvent fan d’Henri Verne, tel Gilles Devindilis. Après tout, chacun demeure libre de lire ce qu’il souhaite, et selon les circonstances, un bon petit "roman de gare" ne fait pas de mal !

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