La littérature de colportage, une question de genre…

Si, de nos jours, le verbe colporter recouvre souvent une acception assez péjorative – des ragots, par exemple - sa définition plus ancienne lève le voile sur la littérature dite de colportage : "Porter çà et là, dans les villes ou les campagnes, des marchandises pour les vendre : Colporter des livres". 

Voici déjà bien longtemps, des marchands ambulants allaient et venaient à travers nos campagnes et nos villes, leur balle sur le dos, vendant mouchoirs, fils, rubans, chaussettes et autres colifichets parfois moins nécessaires… On les appelait merciers vagabonds. Et puis, il y avait ceux qui portaient leur marchandise sur un petit étal suspendu à leur cou, on les appelait : les colporteurs…

Déjà connue depuis des siècles en d’autres contrées du monde, particulièrement en Chine, c’est un certain Johannes Gutenberg qui, dans nos régions, invente et perfectionne l’imprimerie. Cette technique de duplication offrira l’opportunité de diffuser connaissances et idées au cours de la Renaissance…

C’est donc au XVIe siècle que des ouvrages de petits formats, parfois agrémentés de gravure sur bois, vont progressivement être édités et se retrouver dans la marchandise de ces marchands ambulants. La littérature de colportage est née

Miroir de la littérature populaire, le succès de ces ouvrages ne cessera de croître, malgré un taux d’alphabétisation des plus réduits… À l’époque, point de télévision, de radio, de téléphone ou d’internet, les soirées pouvaient sembler longues, très longues. Les livrets vendus par les colporteurs étaient donc les bienvenus. Ce genre de littérature atteindra son apogée au XIXe siècle, non sans s’être trouvé un autre nom : la Bibliothèque bleue. Initialement vendue directement chez les éditeurs, cette forme initiale de littérature populaire apparue en France début du XVIIe siècle, ne se retrouve bien vite sur les étals des colporteurs…

Pas question de reliures luxueuses, au contraire, l’imprimeur, en guise de couverture, utilise du papier bleu-gris

Son qualificatif " bleue " est dû à la couleur de la couverture de ces ouvrages, vendus à un prix accessible L’origine en remonte à 1602, en France. À Troyes, les frères Oudot, Jean et Nicolas, exploitent une imprimerie à l’enseigne du Chaperon d’or couronné.

Nicolas se lance dans la production de petits livrets avec des gravures sur bois et des caractères usagés, sur du papier bon marché. Evidemment, il n’est pas question de reliures luxueuses, au contraire, l’imprimeur, en guise de couverture, utilise du papier bleu-gris Rapidement, ces éditions prennent donc le nom de livres bleus… Jacques Oudot en confiera la vente aux colporteurs…

Par l’abondance de ces publications dont le concept sera naturellement repris par d’autres imprimeurs, l’ensemble sera connu sous le nom de Bibliothèque bleue au cours du XVIIIe siècle et perdurera jusque dans le premier tiers du siècle suivant.

Le catalogue de cette littérature de colportage se confondant avec la Bibliothèque bleue sera des plus étendus : ouvrages de piété, évidemment, mais aussi didactiques, tels les almanachs, consacrés à l’agriculture ou à la médecine ; éditions divertissantes, tels que recueils de contes, de chansons ou de légendes ; des romans aussi C’est la vénérable chanson de geste, Les Quatre fils Aymon, qui sera l’un des premiers succès du genre, avec le Calendrier des bergers, modèle de ce que seront almanachs et encyclopédies populaires.

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Malgré la forte proportion d’illettrés, ces ouvrages et fascicules bon marché étaient parfois simplement acquis pour en regarder les images…

Les auteurs de ces nombreux ouvrages sont rarement connus car il s’agit, la plupart du temps, de rééditions de textes savants remaniés le plus souvent par les imprimeurs eux-mêmes. Le but est de simplifier le propos pour le rendre plus accessible et surtout, pour nombre d’entre eux, de rendre cette littérature moins subversive : "Jamais elle ne renferme aucune impureté ni rien de contraire aux lois sacrées de la morale et de la religion : toujours le crime est puni, la vertu récompensée" ! Malgré la forte proportion d’illettrés, ces ouvrages et fascicules bon marché étaient parfois simplement acquis pour en regarder les images, ou bien alors, destinés à être lus lors de lectures collectives.

Si la Bibliothèque bleue a progressivement disparu avec le XIXe siècle, la littérature de colportage survivra jusque dans les années 1930, principalement dans les zones rurales difficiles d’accès. Le métier et sa littérature disparaîtront à partir du moment où, même dans ces plus petits villages, l’un ou l’autre commerçant se mettra à vendre des livres…

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