Il y a 25 ans aujourd’hui, deux monstres sacrés de la littérature française disparaissaient…

Marguerite Duras et Léo Mallet, deux monuments qui ont marqué la sphère littéraire. À leur façon, ils ont révolutionné le roman et nous laissent une œuvre considérable.

Marguerite Duras est née Donnadieu le 4 avril 1914 en Indochine française, à Gia Dinh dans la banlieue de Saigon. En 1936, baccalauréat en poche, la jeune fille va poursuivre ses études en France : mathématiques, sciences politiques et licence en droit. Elle est engagée au Ministère des Colonies, alors détenu par Georges Mandel. Le ministre lui commande un ouvrage, édité en 1940 et cosigné avec Philippe Roques, L’Empire Français, présentant le colonialisme français sous un jour positif. Plus tard, Duras désavouera ce livre écrit par Donnadieu…

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Tandis qu’elle entre dans la Résistance, l’auteure adopte pour pseudonyme le nom du village où se trouve la maison paternelle, Duras, pour publier Les Impudents en 1943. Un premier roman autobiographique qu’elle rejettera ensuite. L’année suivante, c’est la sortie de La vie tranquille, une courte histoire dans le monde paysan… C’est aussi cette année-là qu’elle s’inscrit au PCF, Parti Communiste Français, elle le quittera six ans plus tard à l’aube de sa véritable reconnaissance littéraire.

Un barrage contre le Pacifique paraît en 1950. L’histoire se déroule en Indochine ; à travers le personnage de Suzanne, c’est sa propre adolescence que Duras évoque. Édité en pleine guerre d’Indochine, l’ouvrage manque de peu le prix Goncourt. Néanmoins, avec Un barrage contre le Pacifique, c’est une longue liste de livres, associés au Nouveau roman, qui s’ébauche pour l’auteure. On y découvre le style Duras : déstructuration totale tant des personnages, du temps, de l’action et des phrases. Elle se lance aussi dans le cinéma, en signant les dialogues d’Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais.

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"Hiroshima mon amour" © Tous droits réservés

Duras sera parmi les signataires du "Manifeste des 121", tendant à faire accepter le droit d’insoumission dans le cadre de la guerre d’Algérie à laquelle ces 121 sont opposés. Elle sera évidemment des événements de mai 1968, tout en se lançant dans l’écriture théâtrale, adaptant son roman L’Amante anglaise, paru en 1967. La pièce est créée l’année suivante au TNP, Théâtre national populaire. Par la suite, Duras sera aussi metteuse en scène !

 

L’auteure continue sa diversification ! Pour le cinéma et la télévision, elle devient réalisatrice, avec l’adaptation de son étrange roman Détruire, dit-elle, paru en 1969. Elle sera même brièvement actrice dans le film dont elle a écrit le scénario et qu’elle réalise, Le Camion, sorti en 1977, avec Gérard Depardieu. Puis, ce sera la publication de L’Amant, une nouvelle fois autobiographique. Nouveau succès mondial et Prix Goncourt 1984. En 1995, un dernier roman paraît, C’est tout, titre prémonitoire ? C’est chez elle, rue Saint-Benoît à Saint Germain des Prés, que le 3 mars 1996, Marguerite Duras s’éteint.

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Marguerite Duras, réalisatrice © Tous droits réservés

 

Le même jour disparaît Léo Malet, né à Montpellier le 7 mars 1909. Très tôt orphelin de père et de mère, lenfant sera recueilli par ses grands-parents maternels. En 1923, il découvre le journal " Le Libertaire " et adhère à ce mouvement social qui reflète ses préoccupations quelque peu… anarchistes, un milieu qu’il fréquentera dès son arrivée à Paris, le 1er décembre 1925.

Il sera le plus jeune chansonnier de Montmartre, au cabaret " La Vache enragée ", titre que l’auteur donnera à son autobiographie parue en 1988. C’est aussi l’époque des vaches maigres ! Malet exercera nombre de métiers, parfois improbables : employé de bureau, journaliste, emballeur chez Hachette, marchand de journaux, gérant d’un magasin de mode, manœuvre, " nègre ", figurant de cinéma… Il passera aussi deux mois en prison pour vagabondage !

Rencontrant André Breton en 1931, il intègre le mouvement surréaliste, rédigeant de la poésie jusqu’en 1949, parmi ses œuvres, Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe, J’arbre comme cadavre, Hurle à la vie… Comme nombre de surréalistes, Malet est soupçonné de trotskisme et est incarcéré en 1940 au stalag X-B, en Allemagne, dont il sortira en mai 1941. À son retour, conseillé par un ami écrivain, il se lance dans le roman policier

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Stalag X-B © Tous droits réservés

 

C’est ainsi que naît le journaliste Johnny Metal, héros d’un cycle flamboyant de romans se déroulant dans le monde interlope des gangsters d’outre-Atlantique. Cette caricature du roman policier américain, renforcée par l’extraordinaire talent de raconteur de Malet, est signée du pseudonyme de Frank Harding. À travers plus de 80 romans et nouvelles, Malet sera un fervent adepte des pseudonymes.

En 1942, paraît sous sa véritable identité, 120, rue de la Gare, où apparaît un certain… Nestor Burma. Le surréaliste qu’est Malet va s’interroger : " J’estimais qu’écrire des romans policiers, du point de vue surréaliste, c’était un manque de rigueur. On est surréaliste, ou on écrit des romans policiers : les deux me paraissaient incompatibles. […] C’est Magritte et quelques autres de ses amis belges qui m’ont à moitié convaincu qu’il n’y avait pas vraiment d’incompatibilité… ".

Avec 120, rue de la Gare, considéré comme le premier roman noir français, Malet révolutionne le genre policier. Les critiques de l’époque diront qu’il fait une " irruption fracassante, apportant un ton nouveau dans ce genre littéraire. " Comme bien d’autres de ses romans, il sera adapté au cinéma, mais aussi à la télévision et même en BD, avec Tardi, entre autres.

C’est toujours avec son héros Nestor Burma quen 1948, Malet sera le premier lauréat du Grand Prix de la Littérature policière avec Le Cinquième procédé. Dix ans plus tard, c’est le Grand Prix de l’Humour noir qui couronne sa série des Nouveaux Mystères de Paris, un cycle de 15 romans dont l’édition s’achèvera en 1959 avec L’Envahissant cadavre de la plaine Monceau. Chaque énigme, résolue par Burma, a pour cadre un des arrondissements parisiens, à l’exception de quelques-uns C’est dans la banlieue de la capitale, dans sa maison de Châtillon-sous-Bagneux, que décède Léo Malet. Il avait 86 ans.

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