Il y a 200 ans, Baudelaire, le "chantre de la modernité", voyait le jour

Baudelaire, écorché vif, mal compris, poète maudit… Barbey d’Aurevilly dira de lui qu’il est le "Dante d’une époque déchue… tourné vers le classicisme, nourri de romantisme". Selon Rimbaud, il est "le vrai Dieu et "le plus important des poètes" pour Paul Valéry tandis quAndré Breton le considérera comme "le premier surréaliste".

Charles Baudelaire est né à Paris, rue Hautefeuille, le 9 avril 1821… Qui sait alors qu’il sera l’un des plus grands poètes du XIXe siècle ? L’enfant a un demi-frère, Claude Alphonse Baudelaire, né du premier mariage de son père, Joseph-François, un lettré passionné de l’idéal des Lumières. Cet amateur de peinture, répétiteur, fonctionnaire et… ci-devant prêtre décède alors que Charles n’a que 5 ans. L’année suivante, sa mère, Caroline Dufaÿs, se remarie avec le général Aupick. Charles n’acceptera jamais ce beau-père qui est tout ce qu’il déteste, l’autorité et la discipline, entrave à tout ce qu’il aime : la poésie, le rêve et sa mère, seul être qui comptera jamais dans sa vie.

À 14 ans, l’adolescent entre au collège Louis-le-Grand. En seconde, il se voit décerner le deuxième prix de vers latins. En 1839, l’année du baccalauréat, Charles est renvoyé pour indiscipline ; c’est au lycée Saint-Louis qu’il décrochera le fameux sésame. Entretemps, fréquentant le Quartier Latin, Charles est devenu un dandy… En 1841, jugeant scandaleuse la vie du jeune homme, son beau-père l’embarque de force pour Calcutta. Le navire fait naufrage du côté de l’île Maurice, offrant ainsi à Charles, l’opportunité d’y vivre quelque temps. Il en gardera le goût de l’exotisme, des impressions et des couleurs, celui d’une envie d’ailleurs, aussi

De retour à Paris en 1842, il s’amourache d’une "jeune mulâtresse" qu’il dessinera, Jeanne Duval, avec qui il aura une longue et tumultueuse relation, toutefois très chaste semble-t-il… Il commence aussi l’écriture de certains poèmes qui, un jour, feront scandale C’est encore l’année de son 21e anniversaire, l’âge de la majorité.

Il ne faudra que 18 mois à Charles pour dilapider la moitié de l’héritage paternel, ce qui lui vaudra d’être mis sous tutelle. Dorénavant, c’est le notaire de famille qui lui versera une pension de 200 francs par mois ! Humilié, le 30 juin 1845, il tentera de se suicider avec un poignard Baudelaire le débauché n’hésitera pas à répandre le bruit qu’il est homosexuel…

Pour subvenir à ses besoins, il devient critique d’art et journaliste, défendant le romantisme de Delacroix et de Balzac. Avec son ami, le chimiste et homme de lettres Louis Ménard, il découvre la "confiture verte", que le poète décrira comme " une décoction de chanvre indien, de beurre et d’une petite quantité d’opium " ; les comparses feront partie du "Club des Hashischins" qui, sous contrôle du docteur Jacques-Joseph Moreau, se vouera à l’étude des drogues, dont… le haschich. Eugène Delacroix, Alexandre Dumas, Victor Hugo, ou Gérard de Nerval en font également partie, de même que Théophile Gautier qui écrira ses souvenirs du club.

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Il est vrai que, pour soulager ses maux de tête et ses problèmes intestinaux dus à la syphilis qu’il avait contractée vers 1840, en fréquentant la prostituée Sarah la Louchette, Charles Baudelaire se soignait au laudanum… De cette façon, il avait pris goût à l’opium dont il usera trop longtemps, en décrivant d’ailleurs les charmes mais aussi les supplices !

Le poète participera à la Révolution de 1848 qui instituera la liberté de la presse ; dès lors, il fondera un éphémère journal, Le Salut Public, qui comptera… deux éditions ! Baudelaire découvre et traduit les œuvres d’Edgar Allan Poe, un auteur avec qui il a un point commun : la fascination du mal, ce que Poe nomme "le démon de la perversité" 

C’est en 1857 qu’est édité le recueil des Fleurs du Mal. Baudelaire y scinde poésie et morale, le poète souhaite le Beau et non la Vérité. Le recueil sera mal reçu par la critique. Rapidement, on peut lire dans les colonnes du Figaro qu’"Il y a des moments où l’on doute de l’état mental de M. Baudelaire, il y en a où l’on n’en doute plus… L’odieux y côtoie l’ignoble ; le repoussant s’y allie à l’infect…".

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Pour Les Fleurs du Mal, Baudelaire et son éditeur seront poursuivis pour "offense à la morale religieuse" et "outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs". Tous deux recevront une amende mais Baudelaire écrira à l’impératrice Eugénie pour que son amende soit réduite… De fait, de 300, elle passera à 50 francs. De son côté, l’éditeur devra supprimer six poèmes de l’ouvrage accusé : À celle qui est trop gaie, Femmes damnées, Les Bijoux, Lesbos, Le Léthé, Les métamorphoses du Vampire.

​​​​​​​Ce sera ensuite la parution des Paradis artificiels en 1860… Quatre ans plus tard, Baudelaire entame une tournée en Belgique, pour des conférences, hélas, peu courues. Il se fixe dans la capitale belge, y rencontrant plusieurs fois Victor Hugo Estimant que la Belgique n’est qu’une caricature de la France bourgeoise, il entame la rédaction d’un pamphlet, Pauvre Belgique, où il souhaite la disparition d’un royaume jugé artificiel et dont l’épitaphe serait "Enfin ! L’œuvre demeure inachevée.

En 1866, c’est à Bruxelles que l’auteur fait paraître Les Épaves, contenant les six poèmes interdits en France des Fleurs du Mal. Il a rencontré Félicien Rops qui illustre le recueil. La même année, à l’église Saint-Loup, à Namur, Baudelaire perd connaissance. Hémiplégie et aphasie lui sont diagnostiquées. En juillet, il rentre à Paris. Il est accueilli dans une maison de santé dont il occupe un pavillon dans le fond du jardin. Y sont accrochées deux toiles d’Edouard Manet dont "La Maîtresse de Baudelaire", peint en 1862.

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La Maîtresse de Baudelaire – Manet © Tous droits réservés

C’est là qu’à 46 ans, le 31 août 1867, rongé par la syphilis, l’abus d’alcool et de drogues, il décède. Baudelaire est inhumé au cimetière Montparnasse, ironie du sort, avec son beau-père ! en attendant que sa mère adorée le rejoigne quatre ans plus tard. Il ne réalisera jamais le rêve de sa vie : l’édition définitive des Fleurs du Mal, qui ne sera réhabilitée qu’en 1949.

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