Humour et Sentiments : La sélection littéraire de la semaine !

Pour ce onzième chapitre, Sous Couverture accueille Adeline Dieudonné et Gil Bartholeyns. Au menu du jour : des relations compliquées, le portrait d’un artiste incontournable et une lettre à des extraterrestres… Entre autres !

Adeline Dieudonné pour "Kérozène", éd. L’Iconoclaste, 2021

Kérozène interroge le sens de l’existence et fustige ce que notre époque a d’absurde…

23h12, une nuit d’été dans une station-service des Ardennes. Sous la lumière crue des néons, ils sont douze, en compagnie d’un cheval et d’un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Dans une minute tout va basculer. Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire et, entre elles, vont parfois se tisser des liens…

Les situations surréalistes s’inventent avec naturel, comme ce couple ayant pour animal de compagnie une énorme truie rose, ce fils qui dialogue l’air de rien avec la tombe de sa mère, ou encore ce déjeuner qui vire à l'examen gynécologique parce qu’il faut s’assurer de la fécondité de la future belle-fille… Un livre protéiforme pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines. Des destins délirants, de l’humour et de la férocité. Et toujours la lucidité noire qui fait toujours mouche d’Adeline Dieudonné.

Gil Bartholeyns, pour "Le hantement du monde : Zoonoses et pathocène", éd. Dehors, 2021

Comment soigner le vivant et comment cohabiter le monde ?

Des agents pathogènes hantent nos vies et nous sommes hantés par la peur de perdre la santé, notre habitat terrestre, et par les milliards d’êtres vivants anéantis des suites de notre mode de vie et d’alimentation. Notre maison est ouverte à tous les périls. Nous vivons en Pathocène, en rapport obsessionnel avec les maladies et aux émotions qui nous affectent. De quelle histoire troublée cette ère de vulnérabilité est-elle le nom, et comment la conjurer ?

Gil Bartholeyns est historien au département des humanités de l’université de Lille, dans cet essai sur l’état maladif et émotionnel qui traverse notre présent, il tire les fils d’une généalogie des activités et des idées qui font courir à l’abîme : de la zootechnie à l’élevage industriel, de la traite des animaux sauvages à la fracturation des habitats naturels, du brassage continu des espèces aux impostures intellectuelles. Il interroge l’événement pandémique et l’échec de la raison. Face aux virus et aux super incendies, nous sommes pathétiques et émus à l’échelle désormais globale de nos existences. Mais l’on peut apporter un remède…

La "Supercherie" d’Anne-Sophie Delcour : "Andy Warhol", de Jean-Noël Liaut, Allary Éditions, 2021

Un portrait subtil qui dévoile l’homme derrière le mythe

Comment un fils d’immigrés slovaques ayant grandi à Pittsburgh dans un milieu ouvrier et catholique a-t-il pu révolutionner l’art de la seconde moitié du XXe siècle ? Comment ce grand angoissé à la santé fragile a-t-il su se métamorphoser en un "renard blanc", comme l’a surnommé la comédienne Paulette Goddard : un être fureteur, malin, flairant le sens du vent, comprenant son époque avant tout le monde ?

Pour éclairer le mystère Warhol, Jean-Noël Liaut a mené l’enquête pendant plus de trente ans. Il a recueilli les confidences inédites de nombreux proches de l’artiste – les célèbres critiques d’art John Richardson et Stuart Preston, Pierre Bergé, Lee Radziwill ou l’égérie Ultra Violet – pour brosser un portrait tout en nuances, loin des habituelles visions partisanes présentant le pape du pop art comme un génie absolu ou comme un imposteur. En déconstruisant le mythe warholien, en faisant la part de son talent et de son habileté, de ses visions prophétiques et de son sens du marketing, ce récit intime et romanesque révèle un Warhol inattendu, tour à tour touchant et agaçant, génial et opportuniste, charismatique et profondément seul.

La chronique de Michel Dufranne : "Traverser la nuit", d’Hervé Le Corre, éd. Rivages 2021

Comment demeurer droit dans un monde d’une infinie noirceur ?

Louise élève seule son fils Sam, son "petit magicien", seul capable d’enchanter un peu une vie qu’elle a reconstruite à grand-peine après un deuil terrible et des années de dérive. Harcelée et brutalisée par son ancien compagnon, elle va croiser la route du commandant Jourdan. Ce flic dégoûté est un être tour à tour sombre, révolté et désemparé. Il enquête avec son groupe sur des meurtres de femmes : un tueur sévit dans les rues de Bordeaux, un être banal et terrifiant, mû par une rage destructrice, vengeance d’une victime devenue bourreau. Trois trajectoires irrémédiablement liées. Ainsi chacun traverse sa nuit…

La chronique de Gorian Delpâture : "De l’amour", d’H. G. Wells, éd Gallimard, 2021

Un jardin secret insoupçonné de l’auteur de La Guerre des mondes

Le célèbre auteur de tant de romans d’anticipation qu’est H. G. Wells a également abordé l’amour et l’on n’imagine pas la place que ce sentiment a tenue dans sa vie et son œuvre. Biologiste de formation, Wells étonne en décryptant les emballements du cœur et du corps, contre une société qu’il juge corsetée, gouvernée par des conventions, contre le mariage. Pleines d’humour, ses fictions empreintes d’une virulente critique sociale, donnent à lire un auteur qui, inspiré de ses propres extravagances sentimentales et sexuelles, se rit des couples mal assortis, applaudit à l’aventure et s’intéresse à l’émancipation féminine.

Pour lui, aimer n’est pas un engagement, c’est un acte de liberté… De l’Amour propose de découvrir ce continent inconnu de l’œuvre de Wells, au travers d’un choix de nouvelles et de romans – comiques, politiques, fantastiques ou d’inspiration autobiographique. En appendice, des extraits inédits d’un Post-scriptum à sa Tentative d’autobiographie, sorte de confession d’un amoureux fluctuant, font écho aux textes de fiction et brossent le portrait d’un homme complexe, en quête d’un idéal qui s’esquive, en quête de son "Ombre-Amoureuse".

La chronique de Lucile Poulain : "Elle, la mère", d’Emmanuel Chaussade, Les Éditions de Minuit, 2021

Aussi beau que violent, l’histoire désespérée d’un amour filial

Elle, petite fille aux origines modestes. Envie de vivre plus forte que la mort. Elle, adolescente aux rêves de prince charmant. Bal des illusions perdues. Elle, femme libre, jalousée, traquée, secrète, déterminée, souriante mais toujours révoltée. Sacrifiée pour enterrer le passé. Elle, la mère, c’est l’histoire d’un homme, seul alors que sa mère a tenu et élevé un foyer de huit personnes. Il vient d’enterrer sa mère. Il revient à ce fils de découvrir les secrets de famille. Les histoires de haine et d’amour. Ses propres souvenirs mais aussi ceux bien douloureux d’elle, sa mère.

La chronique surprise : Jonathan Zaccaï, avec "Anna Karénine", de Léon Tolstoï, éd. Folio, 1994

Des nombreuses formes de l’amour et des passions humaines

Pour l’auteur de Ma femme écrit, la découverte d’Anna Karénine a été un véritable bonheur ! Il a été bouleversé par le romanesque de cet ouvrage originellement paru sous forme de feuilleton dans sa version russe originale, dès 1877 et édité en français, chez Hachette, dès 1885. Originellement titré Deux mariages, deux couples, ce chef-d’œuvre de la littérature conte le fossé qui existe entre le couple de Lévine et Kitty Stcherbatskï, au bonheur calme et rangé, à celui fait d’humiliations et de déboires mais ô combien passionné d’Alexis Vronski et Anna Karénine. C’est donc très récemment que Jonathan Zaccaï a lu cette œuvre monumentale, qui l’a ému dans la façon dont Tolstoï y décrit les sentiments.

​​​​​​​Le coup de cœur d’Isabelle Delhaye, librairie " Le Petit Bouquineur " à Ottignies : "Si tu viens un jour sur terre", de Sophie Blackall, Saltimbanque Éditions, 2020

Notre monde, à travers les yeux d’un enfant…

"Si tu viens nous voir sur la Terre, voici ce que tu dois savoir. Tu nous trouveras près d’un grand Soleil. Et d’une toute petite Lune. Au milieu d’un tas d’autres planètes, la nôtre est celle qui est vert bleu." Avec ses mots, un enfant écrit une longue lettre à un visiteur de l’espace, pour lui expliquer à quoi ressemble son monde. Il lui décrit la Terre, ses climats, ses animaux, sa campagne, ses villes, ses habitants, leur diversité mais aussi ce qui les rassemble.

Il évoque aussi nos manières de communiquer, de voyager, nos arts, notre quotidien d’enfant. Tout en douceur et en bienveillance, les illustrations de cette lettre de 80 pages dépeignent toute la diversité de l’univers de l’enfant, la diversité des peaux, la diversité des sexes, des familles, des corps, des passions… Avec la naïveté et la sincérité d’un petit humain, notre monde décrit pour un extraterrestre se révèle multiple, complexe, beau, fragile et unique !

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