Hervé Bazin et Umberto Eco : Chers disparus… littéraires !

En ce mois de février 2021, la planète littéraire se souvient de quelques chers disparus du monde de la littérature, parmi eux, Hervé Bazin et Umberto Eco…

Voici 25 ans, Hervé Bazin s’en allait vers d’autres cieux… Né à Angers, le 17 avril 1911, son nom de naissance était Jean-Pierre Hervé-Bazin. Ce patronyme composé, est apparu avec son grand-père paternel, Ferdinand Hervé (1847-1889), qui, en 1869, à l’occasion de son mariage avec Marie Bazin (1850-1919) ajoutera le nom de son épouse au sien.

Ferdinand était écrivain, sous le pseudonyme de Charles Saint-Martin, alias P. Pigniers. Quant à Marie, elle était romancière sous le pseudonyme de Jacques Bret, elle était la sœur de l’auteur angevin René Bazin (1853-1932) : une véritable dynastie ! Mais comment Jean-Pierre Hervé-Bazin a-t-il adopté pour nom de plume Hervé Bazin ? Simplement parce que son éditeur, Bernard Grasset, en a décidé d’autorité !

Sa jeunesse, il la passe à Marans, en Maine-et-Loire ; dans ses romans, cette commune typique du Haut-Anjou d’un peu plus de 500 habitants sera rebaptisée Soledot ; la commune sera source d’inspiration avec ses nombreuses belles demeures, ainsi, la "Belle Angerie", de Vipère au poing, n’est autre que le château du Patys, une ancienne ferme transformée en manoir, achetée par René Bazin, membre de l’Académie Française et grand-oncle de l’auteur qui y passa son enfance.

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Adolescent assez rebelle, ses parents souhaitent le voir entrer à la Faculté de Droit de l’Université catholique d’Angers, ce qu’il refuse. Alors qu’il a 20 ans, Hervé rompt définitivement avec sa famille en intégrant la Faculté de Lettres de la Sorbonne, à Paris. En 1947, il se voit décerner le prix Apollinaire pourJour, son premier recueil poétique. L’année suivante, sur les conseils de Paul Valéry, son deuxième recueil est édité, À la poursuite d’Iris ; la même année, sort Vipère au poing, le roman clé d’Hervé Bazin.

L’œuvre raconte les rapports pour le moins difficiles de Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon avec sa famille et principalement sa mère, Paule, dite Folcoche (contraction de folle et de cochonne), un ouvrage qui connaîtra un succès retentissant et qui sera clairement reconnu comme largement autobiographique par Bazin. Il est vrai que le jeune Hervé avait entretenu des rapports conflictuels avec sa mère, Paule, extrêmement autoritaire et peu aimante. Ainsi, ayant laissé l’enfant au château du Pathys, avec sa grand-mère pendant un voyage en Indochine, le premier geste de sa mère en rentrant sera de le gifler !

Porté au petit écran avec une Alice Sapritch en sublime Folcoche, en 1971 ou au cinéma par Philippe de Broca en 2004, avec Catherine Frot, Vipère au poing aura deux suites : La Mort du petit cheval en 1950 et le Cri de la chouette en 1972.

Marié quatre fois d’où sont issus sept enfants, engagé politiquement à gauche, en opposition à sa famille bourgeoise et conservatrice – il se voit décerner le prix Lénine pour la paix en 1980 -, Hervé Bazin est l’auteur de nombreux autres romans, essais et nouvelles. En 1957, il recevra le grand prix de littérature de Monaco, sera élu membre de l’Académie Goncourt en 1960 dont il deviendra le président en 1973 ; il aura à cœur de développer le prix Goncourt des lycéens. Décédé le 17 février 1996, à l’âge de 84 ans à Cunault, en bord de Loire, ses cendres ont été dispersées dans la Maine, mais une plaque commémorative est visible à son nom au cimetière du village.

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Académie Goncourt (Hervé Bazin en bas à gauche) © Tous droits réservés

En février, le 20, un autre écrivain nous a quittés voici 5 ans : Umberto Eco. Né le 5 janvier 1932 à Alexandrie, dans le Piémont, en Italie. Au lycée, deux amis plus âgés qui faisaient de la philosophie tenteront de lui prouver qu’il est stupide ! Blessé dans son orgueil, Umberto entrera à l’université de Turin d’où il sortira en 1954, titulaire d’un doctorat en Philosophie après avoir défendu une thèse sur Le Problème esthétique chez Thomas d’Aquin (PUF, 1993).

Devenu assistant à la RAI, radio-télévision italienne, Eco n’abandonne pas pour autant ce qui sera sa passion : la sémiotique, l’étude des signes. En 1971, il devient titulaire de la chaire de sémiotique et directeur de l’Ecole supérieure des Sciences humaines de l’Université de Bologne. C’est à ce titre qu’il est l’auteur de très nombreux essais concernant sémiotique, linguistique, esthétique et culture de masse.

Evidemment, pour le grand public, Umberto Eco est universellement connu pour son roman Le Nom de la Rose, publié en 1980, traduit en quarante-trois langues ! Ce formidable roman policier médiéval est aussi une véritable mise en application des concepts sémiologiques et des théories du langage qu’enseigne Eco. L’ouvrage, qui a obtenu le prix Strega – équivalent italien du Goncourt français – en 1981 et le prix Médicis étranger l’année suivante, est devenu le chef-d’œuvre du réalisateur français Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986 avec Sean Connery dans le rôle du franciscain Guillaume de Baskerville.

 

L’autre grand roman d’Eco, c’est Il pendolo di Foucault, Le pendule de Foucault, édité en 1988. Grouillant de références mystiques et ésotériques appartenant aux mondes chrétien, juif et musulman, mais aussi au gnosticisme valentinien, au candomblé brésilien, aux Templiers, Francs-maçons, Rose-Croix… au Graal, aux pyramides égyptiennes, à Stonehenge, au Golem… au druidisme, au serpent Kundalinî, voire aux Protocoles des Sages de Sion, un texte inventé par l’Okrana, la police politique secrète des derniers tsars de Russie, paru en 1903… Le Pendule de Foucault est un extraordinaire thriller planétaire traversant l’Histoire.

Eco a aussi écrit pour les journaux et les magazines, fut membre de nombreuses institutions ayant trait à la littérature et à la culture, dont l’Académie royale de Belgique, Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques. Il décrochera de nombreuses récompenses. Pendant un an, il tiendra la chaire européenne du Collège de France, à Paris, sur le thème de "La quête d’une langue parfaite dans l’histoire de la culture européenne".

Toutes les traductions françaises de ses romans sont parues chez Grasset : L’Île du jour d’avant (1996), Baudolino (2002), La Mystérieuse flamme de la reine Loana (2005), Le Cimetière de Prague (2011) et Numéro zéro (2015). La cérémonie laïque des obsèques du titulaire d’une quarantaine de doctorats honoris causa, a été retransmise en direct sur la RAI, depuis la cour du château des Sforza, à Milan. Incinéré, Umberto Eco est célébré dans le Famedio, sorte de Panthéon néomédiéval du cimetière monumental de la capitale lombarde où il vivait.

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