Envie d'évasion ? Notre sélection littéraire de la semaine vous invite au voyage !

Dans ce neuvième chapitre, Olivier Bourdeaut et Jean-Louis Sbille sont les protagonistes principaux. Au programme : des paillettes, des mystérieux carnets, une chaleur écrasante et des impossibles qui deviennent possibles… Entre autres !

Olivier Bourdeaut pour “Florida”, éd. Finitude, 2021

Un roman bouleversant sur la dictature de la beauté

Sur le podium, Elizabeth est la plus jolie des mini-miss, mais cette victoire ne suffit pas et sa mère fera tout pour la voir gagner une nouvelle couronne. Elle n’est plus qu’une ravissante poupée au service de l’ambition maternelle. Les concours se succèdent et sa rancœur envers ses parents ne fait que grandir. Elizabeth comprend vite que maîtriser son corps c’est maîtriser son destin, alors elle le met au service de sa vengeance, le transforme, le déforme.

Elle ne sera plus jamais la Petite Princesse de quiconque. Dotée d’une autodérision et d’une volonté incroyables, Elizabeth fait partie de ces héroïnes borderline que l’on n’oublie pas… À travers le style décapant mais aussi plein d’humour de Florida, Olivier Bourdeaut rédige un mémorial de toutes ces enfants innocentes devenues objets de leurs parents. Un livre puissant, une critique féroce du rêve américain.

Jean-Louis Sbille, pour “Sergent-chef Massamba”, éd. Lamiroy, 2021

Entre un vieillard africain et un quadra européen, un improbable road movie

La centrale de Fukushima vient d’exploser et c’est à un improbable road movie que convie Sergent-chef Massamba. Sur fond de catastrophe mondiale, l’histoire intime de deux personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer. D’un côté, Papa Massamba, un vieillard africain, un tirailleur sénégalais qui, du temps des colonies, a combattu pour la France. De l’autre, Alexandre, un quadra des beaux quartiers de Bruxelles quelque peu… raciste et dédaigneux.

Papa Massamba a laissé un beau souvenir en Alsace, alors, les comparses vont jouer à saute-mouton d’aéroports en hôpitaux, de péages d’autoroute en fermette typique alsacienne, de cimetière en magasin d’électroménager, de moules frites en choucroute garnie. Sergent-chef Massamba, un subtil mélange d’éléments réels liés à la nostalgie et teinté d’une véritable tendresse, plein d’humour aussi. Au-delà des générations, la mémoire cachée de la Grande Histoire.

La "Supercherie" d’Anne-Sophie Delcour : “Je vous ai tant aimés”, de Benjamin Castaldi, Éd. Rocher, 2021

Récit d’un amour extraordinaire

Celui de la grand-mère de Benjamin Castaldi, Simone Signoret, et d’Yves Montand, le père adoptif de sa mère Catherine Allégret. L’animateur de télévision et de radio fut proche d’eux jusqu’à la fin de leur vie, dans leur maison d’Auteuil. À travers ce couple mythique, toute l’histoire du cinéma français, mais aussi celle de la gauche, du communisme et de la fin des certitudes sont contées.

Une vie jalonnée de succès et de combats pour la paix, pour tous ceux qui souffrent, tous ceux que l’on persécute. De Marseille à Hollywood, de Moscou à Paris, côtoyer ces deux monstres sacrés, c’est écrire une chronique du XXe siècle : depuis l’Occupation jusqu’à la chute du mur de Berlin, sur les plateaux de cinéma, les scènes de music-hall, dans la rue ou au bistrot.

Enfin, ce livre nous fait entrer dans l’intimité d’une famille, celle de Benjamin Castaldi pour qui Montand et Signoret furent des modèles inoubliables trop tôt disparus.

La chronique de Gorian Delpâture : “Chalet 1”, d’André Baillon, éd. Cambourakis, 2020

Histoire vraie et désopilante d’un fou léger à l’hôpital psychiatrique

L’écrivain belge André Baillon a souffert de troubles psychologiques. C’est à la suite de son internement au service psychiatrique de la Salpêtrière en 1923, que l’auteur a rédigé Chalet 1. Son double littéraire, Jean Martin, y conte sa vie et ses aventures à "la Pépette", le surnom qu’il donne à l’hôpital.

Outre Claire, envers qui il nourrit une passion certaine, donnant lieu à moult rencontres et à des échanges épistolaires nourris, les médecins, les infirmières, les différents patients et les visiteurs inopportuns, il a déjà fort à faire avec sa double personnalité : "Il y a Martin I, Martin II. Martin I, qui se juge – quelquefois avec sévérité ; Martin II qui nargue son juge et ne pourrait faire autrement." Mais bien qu’ayant le sentiment d’avoir le cerveau " comme de la ouate ", c’est avec un mélange d’extrême lucidité et de drôlerie qu’il rend compte en une série d’instantanés poétiques du quotidien asilaire.

La chronique de Marie Vancutsem : “Noir canicule”, de Christian Chavassieux, éd. Phébus, 2020 & J’ai Lu (parution en juin)

Un jour, dans la vie ou chronique d’une société à l’avenir incertain

Eté 2003. Lily emmène dans son taxi un couple de vieux agriculteurs sur la route de Cannes, en pleine fournaise. Et si la canicule se prolongeait indéfiniment ? Et si c’était une forme d’apocalypse ? Sur l’autoroute, les bolides klaxonnent de loin, fusillent le rétroviseur d’appels de phare et passent en trombe. À mesure que la température monte, les personnages se dévoilent, entre amour et violence.

Leurs vies s’entrecroisent. Lily songe à sa plus grande fille, Jessica, que l’adolescence expose aux premières déconvenues sentimentales. À son ex-mari, qui l’a quittée pour une femme plus jeune. À leurs anciens jeux érotiques… Il y a quelque chose de pourri dans l’atmosphère. La vie semble se résumer à une peur de souffrir. Et le lecteur est loin d’imaginer ce qui l’attend… Étrangement mais sublimement réaliste et dérangeant.

Le livre paraîtra en format poche chez J’ai Lu le 2 juin 2021

La chronique de Lucile Poulain : “Avant elle”, de Johanna Krawczyk, éd. Héloïse d’Ormesson, 2021

Que faire de la violence en héritage ?

Carmen est enseignante, spécialiste de l’Amérique latine. Une évidence pour cette fille de réfugiés argentins confrontée au silence de son père, Ernesto Gomez, mort en emportant avec lui le fragile équilibre qu’elle s’était construit. Et la laissant seule avec ses fantômes. Un matin, Carmen est contactée par une entreprise de garde-meubles. Elle apprend que son père y louait un box. Elle y trouve un bureau et une petite clé.

Intriguée, elle se met à fouiller et découvre une cache où se trouvent des photographies, des lettres, des coupures de presse. Et surtout, sept carnets, des journaux intimes de son père. A travers ces pages, Carment va découvrir un père qu’elle ne soupçonnait pas. Un père deviendra militaire, admirera Peron et sa femme, Evita… Puis viendra la junte militaire… Faut-il préférer la vérité à l’amour quand elle risque de tout faire voler en éclats ? Dans Avant elle, premier roman foudroyant, à la plume incisive, Johanna Krawczyk explore les mécanismes du mensonge et les traumatismes de la chair.

La chronique de Michel Dufranne, "Vivonne”, de Jérôme Leroy, éd. La Table Ronde, 2021

Et si la poésie sauvait le monde ?

Alors qu’un typhon dévaste l’Île-de-France, Alexandre Garnier, patron des éditions "Les Grandes Largeurs", contemple le cataclysme meurtrier depuis son bureau parisien : une rivière de boue coule sous ses fenêtres, les rats surgissent des égouts. Les temps sont difficiles. Partout en Europe, la "balkanisation climatique" sévit et les milices s’affrontent tandis que la multiplication des cyberattaques fait craindre une Grande Panne. Pour Garnier, le passé remonte à la surface. Il se souvient de sa jeunesse et surtout de son ami, Adrien Vivonne, tous deux sont nés en 1964, à Rouen.

Vivonne, c’est l’auteur de Danser dans les ruines en évitant les balles, entre autres, un grand poète. Garnier a été son éditeur avant que Vivonne ne disparaisse mystérieusement en 2008, voici presque vingt ans. Qu’est-il devenu ? Garnier décide d’écrire sa biographie, mieux encore, il se lance à sa poursuite car, finalement, peut-être n’est-il pas aussi loin qu’on le croit. Il faut le retrouver avant que tout ne s’effondre, car Vivonne n’était pas un poète comme les autres. Est-il possible, comme semblent le croire de plus en plus de lecteurs dans le chaos ambiant, que Vivonne ait découvert une façon d’éviter l’Apocalypse, un passage vers un monde plus apaisé et que la solution soit au cœur de ses poèmes ?

Extraordinaire mélange de poésie, de noirceur, de chaos et de beauté, d’amour et de violence, d’actualité et d’anticipation, de douceur et de violence, Vivonne, c’est aussi et toujours la magnifique écriture de Jérôme Leroy.

La chronique surprise : Stephan Streker, avec “La conjuration des imbéciles”, de John Kennedy Toole, éd. R. Laffont, 10/18, 2002

L’un des livres les plus drôles de la littérature américain

La Conjuration des imbéciles, c’est l’histoire d’Ignatius J. Reilly, un trentenaire excentrique, paresseux, obèse, un brin misanthrope mais aussi philosophe. Il vit encore cloîtré chez sa mère, à La Nouvelle-Orléans. Harassée par ses frasques, celle-ci le somme de trouver du travail. C’est sans compter avec sa silhouette et son arrogance bizarre

Ce chef-d’œuvre de la littérature américaine offre le génial portrait d’un Don Quichotte yankee inclassable, et culte, un regard virulent sur la société américaine des années 1960… Aucun des deux ouvrages de John Kennedy Toole ne sera édité de son vivant. Persuadé de n’être qu’un écrivain raté, à 31 ans, l’auteur se suicide. Grâce à la détermination de sa mère, dix ans après la mort du romancier, La Conjuration des imbéciles sera publié en 1980 et obtiendra le Prix Pulitzer à titre posthume l’année suivante. Dans la foulée, son premier roman, La Bible de néon, écrit alors qu’il n’avait que seize ans, sera enfin édité en 1989.

Le coup de cœur de Laurence Simonis, librairie " Marque Tapage " à Battice : “La liste des impossibles”, de Lindsay Lackey, éd. Bayard Jeunesse, 2021

La liste d’une jeune fille en attente d’amour maternel…

Voler. Aller sur la Lune. Escalader la plus haute montagne du monde… Ce sont quelques éléments de la liste des impossibles qu’a commencé à rédiger Red, avec sa grand-mère. Cette liste, ce sont ces choses qu’on croyait impossibles jusqu’à ce que quelqu’un le fasse Car la jeune fille qu’est Red est séparée de sa mère qui doit encore purger 397 jours en prison. Après, elles seront de nouveau une famille. Après, Red retrouvera enfin sa place.

En attendant, ballottée d’une famille d’accueil à l’autre, la jeune fille continue la liste commencée avec Gamma qui disait que, l’important, c’est de faire la différence entre ce qui est impossible et ce qui est difficile. Or, pour Red, vivre sans sa mère, apprendre à maîtriser l’étrange pouvoir qu’elle a hérité d’elle et qui lui fait déclencher vents et tempêtes, tout cela est bien sûr difficile, mais relève aussi de l’impossible. Pourtant, lorsqu’elle est placée chez les Groove, un couple aussi excentrique qu’aimant, c’est justement l’impossible qui semble se produire : l’orage qui gronde en elle s’apaise un peu… Mais pour combien de temps ?

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