Embarquez pour un voyage littéraire autour du monde !

Un 10e chapitre et une 10e sélection d’ouvrages pour vous ravir ! Cette semaine, Sous Couverture accueillait Katherine Pancol et Jean Dufaux sur son fauteuil. Au programme : une escapade au Mexique, le retour de Blake & Mortimer, le Diable à Moscou et une incursion au cœur de Wuhan, en Chine… Entre autres !

L’invitée du jour : Katherine PANCOL pour EUGÈNE ET MOI, éd. Albin Michel, 2020

Un feuilleton illustré aussi trépidant que la cavale de Thelma et Louise !

Dans un style incisif et enjoué, Katherine Pancol revient sur ses 20 ans. Rencontrée dans un aéroport alors qu’elle se lissait les cheveux au fer à repasser, Eugène va devenir l’inséparable complice d’une Pancol un peu folle mais surtout très téméraire, de Paris à Mexico et plus loin encore. Une folle équipée mexicaine en forme de récit initiatique que la romancière restitue avec beaucoup d’humour et d’autodérision, mettant en avant le bien le plus précieux qu’elle y a trouvé : la liberté !

L’auteur belge : Jean DUFAUX, coauteur avec Christian CAILLEAUX et Etienne SCHRÉDER de LE CRI DU MOLOCH une aventure de BLAKE & MORTIMER, éd. Dargaud, 2020

Une divinité biblique débarque dans l’univers du binôme anglais

Sept ans après L’Onde Septimus, et accompagné d’un nouveau dessinateur, Jean Dufaux donne une suite à "son" Blake et Mortimer. L’occasion de rendre hommage au maître Jacobs qui a baigné son enfance et de travailler sur le personnage de méchant universel de la bande dessinée incarné par Olrik. Un récit qui se place dans le prolongement direct de La Marque Jaune, l’un des albums de bande dessinée les plus mythiques de tous les temps. Avec plus de 200 scénarios derrière lui, Dufaux, 70 ans passés, reste un passionné et ne cesse d’explorer toutes les limites de la narration.

La « Supercherie » d’Anne-Sophie : LE CŒUR SYNTHÉTIQUE, de Chloé DELAUME, éd. Seuil, 2020

À propos de l’obsolescence programmée en amour…

Adélaïde vient de rompre, après des années de vie commune. Alors qu’elle s’élance sur le marché de l’amour, elle découvre avec effroi qu’avoir quarante-six ans est un puissant facteur de décote à la bourse des sentiments. Obnubilée par l’idée de rencontrer un homme et de l’épouser au plus vite, elle culpabilise de ne pas gérer sa solitude comme une vraie féministe le devrait. Entourée de ses amies elles-mêmes empêtrées dans leur crise existentielle, elle tente d’apprivoiser le célibat, tout en effectuant au mieux son travail dans une grande maison d’édition. En seconde partie de vie, une femme seule fait ce qu’elle peut. Les statistiques tournent dans sa tête et ne parlent pas en sa faveur : "Il y a plus de femmes que d’hommes, et ils meurent en premier". Entre humour et tristesse, Chloé Delaume se livre à une analyse sociologique de l’amour : un roman drôle, poignant, et porté par une écriture magnifique.

La chronique de Gorian DELPÂTURE : LE MAÎTRE ET MARGUERITE, de Mikhaïl BOULGAKOV, éd. Inculte, 2020

Le plus grand roman russe de la première moitié du XXe siècle

Moscou, années 1920-1930, le stalinisme est tout-puissant, l’austérité ronge la vie et les âmes, les artistes sont devenus serviles et l’athéisme est proclamé par l’État. C’est dans ce contexte que le diable décide d’apparaître et de semer la pagaille, bouleversant les notions de bien, de mal, de vrai, de faux, jusqu’à rendre fous ceux qu’il croise… Le Maître et Marguerite, c’est l’imbrication de trois histoires. Il y a d’abord l’arrivée de Satan dans le Moscou de ces années de la dictature, où la vie privée n’existe plus, il n’y a plus de refuge ni contre la dictature ni aux yeux des autres. Ensuite, il y a l’histoire d’un écrivain, le Maître, et de sa bien-aimée Marguerite, une histoire d’amour bouleversante car, sans Marguerite, le Maître ne pourrait exister. Enfin, il y a le roman du Maître, le roman de Jésus, Yeshoua, un roman qui mènera à l’arrestation du Maître, considéré comme fou car l’écriture d’un tel roman est totalement impossible dans la Russie soviétique… Le Maître et Marguerite, c’est un monument de beauté et de profondeur de la littérature mondiale, un chef-d’œuvre de la littérature russe, un livre culte qui dénonce dans un rire féroce les pouvoirs autoritaires, les veules qui s’en accommodent, les artistes complaisants, l’absence imbécile de doute. Une œuvre qu’il faut lire pour sa cruauté première, son souffle romanesque, son universalité.

La chronique de Michel DUFRANNE : LES PRINCES DE SAMBALPUR, d’Abir MUKHERJEE, éd. Liana Levi, 2020

Un polar au pays des Maharadjas

L’action se déroule en Inde, dans les années 1920, une époque où le mouvement pour l’Indépendance commence à prendre du poids. Le petit royaume de Sambalpur y est célèbre pour ses mines de diamants. Le prince héritier se sent menacé, il demande au capitaine Wyndham et à son assistant, le sergent Banerjee, de la police de Calcutta, de le protéger, hélas, il est assassiné ! Piqués au vif par cet échec, les deux hommes vont suivre la piste des mystérieuses missives reçues par le prince. Au Sambalpur, ils découvrent le vieux maharajah entouré de ses femmes, de dizaines de concubines et d’enfants, qui paraît très affecté par la mort de son fils aîné. D’omelettes trop pimentées pour les papilles anglaises au culte de l’étrange dieu Jagannath, en passant par une chasse au tigre à dos d’éléphant, Wyndham et Banerjee seront initiés aux mœurs locales. Mais il leur sera plus compliqué de pénétrer au cœur du zénana, le harem du maharajah, où un certain confinement n’empêche pas toutes sortes de rumeurs de circuler. Au-delà du suspense, une plongée au cœur des petits royaumes de l’Inde traditionnelle des années 1920, un humour " so British " et une subtile analyse de l’impossible coexistence entre Britanniques et Indiens.

La chronique de Lucile POULAIN : BÉNIE SOIT SIXTINE, de Maylis ADHÉMAR, éd. Julliard, 2020

Un magnifique plaidoyer pour la tolérance et la liberté

Maylis Adhémar, trentenaire française qui a abandonné l’idée d’être bûcheronne pour faire des études d’histoire, après l’enseignement, elle est aujourd’hui journaliste. Bénie soit Sixtine est son premier roman… Sixtine, 24 ans, ne porte pas ce prénom pour rien : elle est issue d’une famille très pieuse, ultra-catholique. Elle rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, une nuit qui se répétera jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte d’un héritier. Cette naissance, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Sixtine va se questionner au sujet de la sexualité, l’amour, l’époux idéal, jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité. Bénie soit Sixtine est avant tout l’histoire d’un éveil et d’une émancipation. Thriller psychologique, c’est aussi un récit d’initiation qui parle de la quête de soi. Ce premier roman décrit l’emprise exercée par une famille d’extrémistes sur une jeune femme vulnérable, on y découvre aussi la toxicité d’un milieu pétri de convictions rétrogrades, l’auteure y dénonce avec force le dévoiement de la religion par les fondamentalistes, quels qu’ils soient.

En découvrir plus sur ce livre…

La chronique de Marie VANCUTSEM : UN HIVER À WUHAN, d’Alexandre LABRUFFE, éd. Gallimard, 2019.

Au cœur de l’abomination : bienvenue à Wuhan, le Gotham City chinois !

Les études de chinois d’Alexandre Labruffe l’ont mené à Wuhan dès 1996, afin d’y contrôler la qualité des produits française fabriqués là-bas. En 2019, il retournera dans la capitale de la province de Hubei, en qualité d’attaché culturel au Consulat général de France. À l’époque, Wuhan accueille les jeux Olympiques militaires qui ont été pointés comme source possible de la pandémie qui sévit dans le monde depuis février 2020… Dans Un hiver à Wuhan, l’auteur concilie un regard documentaire affûté et l’humour désespéré d’un conte voltairien. À travers des courts chapitres, sans aucune polémique, Alexandre Labruffe y alterne les souvenirs de ses séjours sur place. Il recense les micro-apocalypses qui fondent le miracle économique de la République populaire depuis deux décennies et devient le témoin halluciné d’une crise sanitaire révélant sa nature libérale totalitaire. De la fantaisie au chaos, chronique d’une catastrophe prévisible : " Ce virus, c’est la mondialisation qui se mord la queue. "

La chronique surprise : Anne-Sophie BRUYNDONCKX, pour UNE FAROUCHE LIBERTÉ, de Gisèle HALIMI avec Annick COJEAN, éd Grasset, 2020

Un appel à la relève, un testament féministe

Une farouche liberté, c’est l’ouvrage posthume de Gisèle Halimi. Peu de temps avant son décès, à 93 ans et toujours combative, l’avocate, féministe et politicienne franco-tunisienne s’est confiée à son amie, la journaliste Annick Cojean. Dans les pages de ce livre, la féministe dit aux nouvelles générations que l’injustice demeure et qu’elle est plus que jamais intolérable. Elle revient sur certains épisodes marquants de son parcours rebelle pour retracer ce qui a fait un destin. Sans se poser en modèle, l’avocate qui a toujours défendu son autonomie, enjoint aux femmes de ne pas baisser la garde, de rester solidaires et vigilantes, et les invite à prendre le relais dans le combat essentiel pour l’égalité à l’heure où, malgré les mouvements de fond qui bouleversent la société, la cause des femmes reste infiniment fragile. Dans Une farouche liberté, Gisèle Halimi vibre d’une énergie passionnée, d’une volonté d’exercer pleinement la liberté qui résonne à chaque étape de son existence : "On ne naît pas féministe, on le devient".

Le coup de cœur d’Adélaïde COUPLET, librairie « Le Baobab » à Braine-l’Alleud : L’AUTRE RIMBAUD, de David LE BAILLY, éd Iconoclaste, 2020

Une révélation sur l’un des plus grands mythes de la littérature française

La photo est célèbre. Celle d’un premier communiant en 1866, cheveux ramenés sur le côté, regard qui défie l’objectif. Ce garçon-là s’appelle Arthur Rimbaud. Ce qu’on ignore, c’est que, sur la photo d’origine, pose à côté de lui son frère aîné, Frédéric.

Cet autre Rimbaud a été volontairement rayé de l’image, comme il a été oublié par les plus grands spécialistes du poète. Pourtant, les deux frères furent d’abord fusionnels, compagnons d’ennui dans leurs Ardennes natales, auprès d’une mère acariâtre abandonnée par son mari. Puis leurs chemins se sont séparés. L’un a été élevé au rang de génie, tandis que l’autre, conducteur de calèche vu comme un raté, fut ostracisé par sa famille, gommé de la correspondance d’Arthur et dépossédé des droits sur son œuvre. Alors qu’on croyait tout savoir de la famille Rimbaud, il restait donc ce secret, que David Le Bailly nous dévoile dans un livre unique, jonglant entre enquête et roman. Durant plusieurs mois, il s’est plongé dans les archives, a arpenté les rues de Charleville et les paysages sans relief du sud des Ardennes, retrouvant même les rares descendants de Frédéric Rimbaud. Entre les pages, l’auteur vient habilement glisser sa voix de fils unique pour s’interroger sur la complexité des rapports familiaux. L’autre Rimbaud, un roman singulier où la fiction se mêle à l’enquête.

 

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