Écrivains & politiciens : Victor HUGO

La volonté trouve, la liberté choisit. Trouver et choisir, c’est penser.

Victor Hugo

Brosser le portrait de Victor Hugo n’est pas chose aisée, tant l’homme est multiple : dessinateur, dramaturge, écrivain, poète, romancier mais aussi homme politique et intellectuel engagé. Il aura des liens très forts avec la Belgique et Bruxelles en particulier.

Né le 27 février 1802 à Besançon, l’auteur de Notre-Dame de Paris est un monstre sacré de la littérature française. À travers certains de ses écrits, tels Les Châtiments ou La Légende des siècles, il a ouvertement critiqué Napoléon III. Si la carrière et les idées politiques de Victor Hugo furent riches, elles lui valurent aussi l’exil.

Élevé dans l’idée de la monarchie, Hugo va rapidement être convaincu de l’importance de la démocratie. Il sera le confident du roi Louis-Philippe qui le fera pair de France. Mais le 22 février 1848, éclate une nouvelle révolution : le 24, le "roi-bourgeois" perd son trône tandis qu’Alphonse de Lamartine proclame la Deuxième République ; le 25, Hugo est élu maire du 8e arrondissement de Paris et le 4 juin, il est député, siégeant parmi les conservateurs.

Toujours en juin 1848, il est l’un des 60 commissaires chargés par l’Assemblée Constituante de rétablir l’ordre face aux émeutes ouvrières : dans son arrondissement, il commandera les troupes face aux barricades … avant de désapprouver cette répression barbare. En août, il se révolte contre les lois de l’Assemblée Constituante, particulièrement celle promulguée contre la presse, lui faisant écrire " Les hommes qui tiennent le pays depuis février ont d’abord pris l’anarchie pour la liberté ; maintenant ils prennent la liberté pour l’anarchie. " (Choses vues 1847-1848), c’est pourquoi, en décembre 1848, il soutiendra la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à l’élection présidentielle…

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Lamartine proclamant la Troisième République © Tous droits réservés
Barricades à Paris © Tous droits réservés
Barricades à Paris © Tous droits réservés

Par suite de cette élection, l’Assemblée nationale est supprimée. Hugo est réélu le 13 mai 1849 à l’Assemblée législative où il dénoncera les injustices sociales à travers une allocution mémorable, son Discours sur la misère. De fait, ses liens avec le Président Bonaparte vont rapidement se distancier, l’écrivain s’érigeant aussi contre ses anciens amis politiques dont il n’apprécie pas les idées réactionnaires.

Surgit alors le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Violant la Constitution, Louis-Napoléon dissout l’Assemblée nationale et convoque des élections destinées à entériner une révision de la Constitution qui lui permettra de se représenter à l’élection présidentielle. Victor Hugo fait partie de la résistance, en vain… Les 20 et 21 décembre, Bonaparte remporte de façon spectaculaire le plébiscite avec 7 439 216 " oui " contre 640 737 " non ". Désormais, Louis-Napoléon va gouverner à coup de décrets, jusqu’à ce que le 2 décembre 1852, il devienne Napoléon III, Empereur des Français. Le Second empire est né.

Dès le 11 décembre, Hugo a déjà quitté la France. C’est en train qu’il parvient à Bruxelles, sous le nom de Jacques Firmin Lanvin, ouvrier typographe ; de son côté, par décret du 9 janvier 1852, le " prince-président " confirme le bannissement des anciens représentants de l’Assemblée nationale, dont Victor Hugo.

 

Après avoir séjourné à l’hôtel de la Porte Verte, rue de la Violette, et chez ses amis Lutherau, passage des Princes où demeurera sa maîtresse, Juliette Drouet, Hugo s’installe à Grand-Place, seul décor qu’il juge digne de lui. Ce sera d’abord la maison du Moulin à vent (n° 16), dans le complexe de la Maison des Ducs de Brabant, ensuite, la Maison du Pigeon (n° 26-27), au-dessus du bureau de tabac de Madame Cébère, autoproclamée "mères des proscrits". Il y reçoit le bourgmestre Charles De Brouckère ou des républicains français, tels Victor Schoelcher et l’éditeur Pierre-Jules Hetzel ; il y rédige une partie d’Histoire d’un crime et des Contemplations, quelques poèmes des Châtiments et aussi Napoléon le Petit, un virulent pamphlet contre l’Empereur. Rapidement, les autorités belges demandent à l’auteur de quitter le territoire. Le 5 août, accompagné de son fils Charles, l’un des enfants qu’il a eu avec son épouse Adèle Foucher, et avec Juliette, il arrive à Jersey… Puis, ce sera Guernesey…

En 1859, Napoléon III proclame l’amnistie de tous les condamnés politiques, pour autant, Victor Hugo ne rentre pas en France ; le 18 août, il écrit "Fidèle à l'engagement que j'ai pris vis à vis de ma conscience, je partagerai jusqu'au bout l'exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai."

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Le Moulin à Vent et le Pigeon, Grand-Place de Bruxelles © Tous droits réservés

De mai à juillet 1861, Hugo est de retour en Belgique. Il découvre la région de Waterloo, s’inspirant des lieux pour écrire le premier chapitre des Misérables, installé à l’hôtel des Colonnes à Mont-Saint-Jean ; le roman sera publié à Bruxelles l’année suivante et sera un succès, chez nous comme en Europe.

Chaque été, entre 1862 et 1865, la famille Hugo se réunit à Bruxelles, emménageant même à la place des Barricades en janvier 1866. C’est là que va résider Charles qui épouse Alice Lehaene, à Saint-Josse-ten-Noode, le 17 octobre 1865 ; le couple est à l’origine de la seule postérité de Victor Hugo. C’est aussi place des Barricades qu’Adèle, l’épouse d’Hugo, décède le 27 août 1868 : le proscrit, désormais volontaire, accompagnera le cercueil jusqu’à la frontière… sans entrer sur le territoire natal.

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Place des Barricades, Bruxelles © Tous droits réservés

C’est encore à Bruxelles qu’il écrit la lettre Aux Concitoyens des Etats-Unis d’Europe, en vue de son allocution au Congrès de la Paix de Lausanne, le 14 septembre 1869. Dans ce discours, Hugo est formidable de modernité, précurseur d’une Europe unie qui vivrait désormais en paix : "Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu !".

Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Certain de la chute du Second Empire, Victor Hugo quitte les îles anglo-normandes et arrive à Bruxelles le 17 août. En septembre, c’est la défaite française de Sedan, le 4, la Troisième République est proclamée. Le lendemain, en compagnie de Juliette Drouet, de son fils Charles et de sa famille, Victor Hugo regagne Paris.

Le génie romantique reviendra à Bruxelles en mars 1871, pour régler la succession de Charles qui vient de décéder ; en même temps, les troubles de la Commune débutent à Paris. Par la suite, Hugo invitera les insurgés à Bruxelles, mais la population de la capitale n’hésitera pas à montrer sa désapprobation : le 27 mai 1871, les Bruxellois jettent des pierres sur la façade du 4, place des Barricades. Léopold II expulse l’écrivain-politicien, il ne reviendra plus jamais en Belgique. Il mourra à Paris, le 22 mai 1885.

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Défaite de Sedan © Tous droits réservés
Les Bruxellois cayassant la maison de Victor Hugo, place des Barricades © Tous droits réservés
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