Des livres pleins de magie pour finir la semaine !

Pour ce sixième chapitre, Carole Zalberg et Emmanuelle Dourson étaient nos invitées Sous Couverture ! Au programme de cette émission ? Un tour dans l'espace, un peu d'écologie, une licorne et une fresque historique fascinante... Entre autres !

Carole Zalberg pour “Tes ombres sur les talons”, éd. Grasset, 2021 

Un roman dérangeant, bouleversant et lumineux 

 

Jeune fille au parcours scolaire sans faute, Melissa paraît s’intégrer au mieux dans la vie professionnelle… sans toutefois réellement trouver sa place. Fragilisée par un manque d’assurance sociale, elle perd le fil, se lie avec une autre jeune femme, désorientée comme elle, qui l’entraîne à de mystérieuses réunions, animées par un gourou manipulateur.

Melissa se soumet à ce cadre rassurant et s’engage corps et âme dans un mouvement politique qui se révèle brutal et dangereux. Se croyant enfin protégée, enfin utile, enfin aimée, elle ne voit rien, ne veut pas comprendre. Jusqu’au jour où, associée aux funestes projets du groupe, elle se trouve mêlée à la mort d’un enfant. Tout bascule À travers la trajectoire individuelle de Melissa, Carole Zalberg aborde de son regard aigu et subtil la question de la radicalisation, des rêves déçus, de ces dons que la société ne sait pas toujours exploiter, décourage souvent et, pire, pervertit. 

Emmanuelle Dourson pour “Si les dieux incendiaient le monde”, éd. Grasset, 2021 

Une famille déchirée rassemblée par le destin lors d’une extraordinaire soirée 

Il y a Jean, le père. Il y a Clélia, sa fille aînée… et puis, Albane, la cadette que personne n’a revue depuis que sa sœur lui a volé l’homme qu’elle aimait, quinze ans plus tôt. Il y a aussi Yvan, que Clélia a épousé depuis. Et Katia, leur fille, qui de cette tante disparue sait ceci : elle vit à New York, est devenue une célèbre pianiste et son souvenir hante encore ses parents.

Leurs vies basculent le jour où Jean apprend qu’Albane doit donner un concert à Barcelone et décide de s’y rendre. Chacun, à sa manière, devra y assister… Diplômée ès Lettres, Emmanuelle Dourson nous livre ici son premier roman, magistral, une prouesse littéraire, une épopée où d’une voix, celle de l’énigmatique narratrice, le destin d’une famille est retracé avant d’être à nouveau chamboulé. Y gronde la rumeur de notre monde incendié, appelé lui aussi à se retrouver pour survivre. 

La "Supercherie" d’Anne-Sophie Delcour : “Manifeste pour une écologie de la différence”, de Hicham Stéphane Afeissa, Éd. Dehors, 2021 

Pour une éthique de la différence entre les hommes et les animaux 

Est-il possible de mettre un terme au rapport de domination et de violence que nous entretenons avec les animaux ? Comment tisser une réconciliation avec la Vie qui relie l’homme et l’animal et d’ainsi entrer en résonance avec une Nature qui a cessé de nous parler ? Ce Manifeste tente de montrer les limites et les faiblesses du principe d’une telle solution en plaidant pour une écologie de la différence.

L’animal conçu comme être sensible et vulnérable, méritant en tant que tel pitié et compassion, est une abstraction philosophique qui, sous couvert d’élever le statut des animaux et de leur garantir une forme de protection morale et juridique, commence par leur faire violence en ne respectant pas leur altérité fondamentale et la richesse de leur mode d’existence. La planète, même et peut-être plus que jamais en cet âge de l’Anthropocène, celui de l’ère de l’humain, demande, elle aussi, à être comprise dans son étrangeté comme nature créative, potentiellement incontrôlable et foncièrement imprévisible. 

La chronique de Marie Vancutsem : “Les Outrages”, de Kaspar Colling Nielsen, éd. 10-18, 2020 

Une satire qui ose nous bousculer pour mieux pointer les dérives de l'âme humaine 

La planète Terre est plongée dans la problématique de l’immigration. Dans une Europe à vif, le Danemark a décidé de sa politique en la matière : déplacer tous ses immigrés ! À cette fin, le royaume des Viking a loué, sur la côte du Mozambique, une zone rurale aussi grande que l’île danoise d’Amager, sur laquelle déborde Copenhague : environ 100 km2… Au bord de l’océan Indien, l’État a donc construit une ville avec des conteneurs de l’armateur danois Mærsk, une cité qui, potentiellement, peut accueillir trois cent mille personnes, trois cent mille réfugiés !

Ce contexte extrême fait éclore des personnages au bord de l’implosion : Stig, galeriste d’art contemporain sulfureux et avide de reconnaissance ; son épouse, experte en intelligence artificielle, qui lui impose un retour à la nature ; leur fille Emma, utopiste paumée, qui part seule au Mozambiqueet Christian, artiste star à la libido endiablée, bientôt pris au piège de la très jeune Mia… Dans un monde où le cynisme est roi, chacun tente de sauver sa peau. Mais à quel prix ? Les Outrages, c’est un roman d’anticipation où se mêlent visions politiques anxiogènes à un irrésistible et farfelu humour noir, grinçant même, un livre follement intelligent et cruellement lucide ! 

La chronique de Gorian Delpâture : “La vie seule”, de Stella Benson, éd. Cambourakis, 2020 

Un ouvrage magique et poétique pour faire oublier notre époque difficile

À Londres, en 1918, la guerre n’en finit pas. Solitaire et de santé vacillante, Sarah Brown œuvre dans un comité de bienfaisance où les ladies de la bonne société dispensent aux pauvres une charité assortie de leçons de morale. Mais les choses vont changer lorsqu’une sorcière va y faire son entrée ! En plus, cette sorcière tient une pension de famille pas comme les autres, "La Vie Seule", où elle invite Sarah à s’installer.

Dès lors, la magie va faire irruption dans son morne quotidien, entre aventures fantastiques et rencontres plus ou moins enchanteresses qui éclaireront pour quelque temps, à défaut de l’abolir, l’essentielle solitude de Sarah. Mélange de satires en tous genres à de considérations sur l’intime et les relations humaines, La Vie Seule est une délicieuse curiosité littéraire, exaltant les vertus de l’indépendance et la fonction réparatrice de la magie

La romancière britannique Stella Benson (1892-1933) était une féministe engagée, notamment dans le combat des suffragettes, une anticonformiste dotée d’une grande fantaisie ; Virginia Woolf en était l’une des grandes admiratrices. La Vie seule est parue exactement un siècle après son édition originale en anglais, Living alone 

La chronique de Lucile Poulain : “La forêt de Saint-Ambroise", de Camille de Montgolfier, éd Pygmalion, 2021 

Quand de pauvres mortels découvrent un univers insoupçonné… 

À Bréhal, en Normandie… Octave est un jeune homme simple et mélancolique qui a consacré l’essentiel de sa vie à sa petite sœur, Ariane. Son existence n’est pas parfaite mais faire le bonheur de la fillette lui suffit. Alors, le jour où une licorne volante débarque sous son toit pour lui demander de l’aider à sauver une sorcière, son monde vole en éclats. Octave et Ariane découvrent un monde caché, une forêt enchantée, un univers mystérieux et magique dont ils ne soupçonnaient pas l’existence...Et, pauvres mortels, ils ne sont pas au bout de leurs surprises… Un roman plein de fantaisie et d’imaginaire, de magie, de paillettes et de sombres sorciers, une histoire fantastique qui offre à son lecteur, une évasion totale et une immersion dans un monde merveilleux et assumé ! 

La chronique de Michel Dufranne, "Jack Glass", d’Adam Roberts, éd. Folio SF, 2021 

Entre science-fiction et polar 

Adam Roberts réussit en effet le tour de force de mêler science-fiction et intrigues dignes des plus grands romans policiers dans Jack Glass. L’histoire d’un meurtrier. L’aventure se situe dans un futur lointain, dans notre système solaire qui est désormais habité et la Terre est devenue un lieu de villégiature des plus riches. Six clans se partagent l’univers connu et maintiennent le reste de la population dans la plus extrême pauvreté.

Le roman est composé de trois énigmes criminelles : l’une est un récit carcéral, l’autre une enquête policière, la dernière un mystère en huis clos. Dans chacune, le coupable est identique : le tristement célèbre Jack Glass. Probablement tenterez-vous de résoudre ces enquêtes, car vous en connaissez le meurtrier. Évident ? Pas forcément, car Jack Glass est un esprit brillant… qui risque de vous surprendre ! Ce roman a reçu le prix de la British Science-Fiction Association en 2012 et le prix John W. Campbell Memorial 2013. 

​​​​​​​À propos de la chronique surprise de Laurent Dehossay : "La littérature française – Les grands mouvements littéraires du XIXe siècle", de Carole Narteau et Irène Nouaihac, éd. J’ai lu, collection Librio Mémo, 2009 

La littérature française du XIXe siècle, vaste sujet que celui-là ! Certes, il y a évidemment La Littérature française pour les nuls, du Moyen-Âge à nos jours, de Jean-Joseph Julaud (Ed. First, 2014), très large, mais amusant… Il y a aussi l’Histoire de la littérature française du XIXe siècle, de Patrick Marot (éd. Honoré Champi, 2001), très intéressant, mais il faut déjà être au fait du sujet… Alors, pourquoi pas La littérature française.  

Les grands mouvements littéraires du XIXe siècle? Un petit ouvrage de 96 pages, écrit en duo par Carole Narteau, professeure de Lettres, et Irène Nouaihac, correctrice et éditrice indépendante, deux passionnées de belles-lettres. Un ouvrage qui évoque une époque où les nombreux désordres politiques, les avancées techniques et scientifiques bousculent le monde de la création. La littérature en est le témoin privilégié. Le "mal du siècle" qui ronge les premières années s'apaisera avec le décadentisme et le symbolisme, tandis que les poètes maudits arpenteront les rues de Paris éventrées, à la recherche de la Beauté. Un intéressant ouvrage pour ceux et celles qui aiment lire et mettre de mots sur les genres… 

​​​​​​​Le coup de cœur de Guy Pierrard, librairie "Oxygène" à Neufchâteau : “Le Septième cercle”, d’André-Joseph Dubois, éd. Weyrich, 2020 

Un mélange parfait d’événements réels et de fiction 

Léon Bourdouxhe a 85 ans. Il est belge et c’est l’anti-Tintin car Léon est un salaud, un tueur. À travers un long monologue, il livre sa confession à une dame dont on ne sait qui elle est... Ce récit trace une sorte de destin, depuis le meurtre de Julien Lahaut, marqué par des actes sordides, cruels, voire inhumains. Une vie exceptionnelle, marquée d’aventures et d’actions ; des tribulations aux quatre coins du monde où l’on croise Patrice Lumumba, Che Guevara… des destins qui se croisent, qui vont construire le XXe siècle et dont Léon est le témoin.  

Un monde de franches crapules, assumées et décomplexées, stipendiées selon les opportunités qui motivent les états occidentaux à cette époque. Le Septième Cercle réussit l’exercice difficile d’analyser quatre décennies durant lesquelles le monde moderne va se reconstruire au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Une fresque grandiose qui se lit comme on regarde un bon film en noir et blanc, André-Joseph Dubois met en scène son Léon avec un tel talent qu’il pourrait vous dégouter comme vous attendrir. C’est tout le paradoxe du personnage que fait évoluer l’auteur dans un monde vivant sous la menace du communisme, des stratégies, des rapports de force et des provocations entre l’Est et l’Ouest. 

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