Des livres à foison pour pimenter la saison

Dans ce 9e chapitre de la saison, Philippe Geluck et Lisette Lombé sont nos invités Sous Couverture ! Une émission pleine de phylactères tout droit sortis du Far West, de frissons signés Joe Hill, le fils d’un certain Stephen King, et d’un bon vieux polar planté au pays des corridas. Et bien plus encore…

Philippe GELUCK pour "LE CHAT EST PARMI NOUS", éd. Casterman, 2020

La rencontre de Zorro et du Chat : hilarant, comme d’habitude !

Drôle d’année que 2020… Les problèmes sanitaires que la planète connaît auraient dû être une formidable source d’inspiration pour quelqu’un qui, comme Philippe Geluck, aime l’humour trash, l’humour noir, l’humour cruel. Pourtant, afin d’éviter de participer à la démoralisation générale – c’est Geluck qui dit qu’"Avec le Covid, les couillons qui brassent de l’air sont devenus des ventilateurs…" – le papa du chat a décidé de s’autocensurer !

L’expo des statues du Chat programmée sur les Champs-Elysées reportée à des temps meilleurs, Geluck s’est remis à dessiner, dessiner, dessiner pour offrir… des dessins aux services hospitaliers, aux personnes âgées… un travail résolument positif, pour dédramatiser l’ambiance générale ! Et puis, pour lui, mais aussi pour ses lecteurs et son éditeur, il s’est lancé dans le 23e tome des aventures du Chat. Dans Le chat est parmi nous, Philippe Geluck s’est autorisé deux gags masqués, pages 3 et 48, le reste est à l’image de la fable philosophique qu’est le Chat, un recueil qui provoque, au-delà du rire et des sourires, la réflexion sur de grands sujets d’actualité. Ce nouvel opus de la créature de Geluck est bien l’une des bonnes choses que nous a apporté le confinement.

Lisette LOMBÉ avec BRÛLER, BRÛLER, BRÛLER, éd. Iconopop, 2020

Antiracistes, féministes, politiques : les mots de Lisette Lombé font battre le pavé et le cœur

La slameuse liégeoise Lisette Lombé s’impose avec force dans le monde de la poésie. Après quelques livres remarqués à L’Arbre à paroles sous la direction de l’ancien Prix Première Antoine Wauters, la voilà parmi les premières signatures de la nouvelle collection poétique des éditions de L’Iconoclaste. Un recueil de textes choc, qui dérange et chante. On pense aux mélopées des débuts du blues dans les champs de coton. Lisette Lombé dit la difficulté d’être femme, celle d’être noire. Elle dit les mots qui coupent comme le rasoir, les mots qui étiquettent, qui emprisonnent. Une poésie qui fuse, dérange, fouille notre rapport aux autres et à la langue. Que dit cette langue de nos préjugés, de nos idées toutes faites ?

La " Supercherie " d’Anne-Sophie : LUCKY LUKE, de ACHDÉ et JUL, éd. Dargaud, 2020

Lucky Luke et Bass Reeves : deux légendes de l’Ouest contre le Ku Klux Klan

Dans cette nouvelle aventure du cow-boy qui tire plus vite que son ombre, Lucky Luke se retrouve bien malgré lui propriétaire d’une immense plantation de coton en Louisiane. Accueilli par les grands planteurs blancs comme l’un des leurs, Lucky Luke va devoir se battre pour redistribuer cet héritage aux fermiers noirs. Le héros du Far West réussira-t-il à rétablir la justice dans les terrains mouvants des marais de Louisiane ? Dans cette lutte, il sera contre toute attente, épaulé par les Dalton venus pour l’éliminer, par les Cajuns du bayou, ces blancs laissés-pour-compte de la prospérité du Sud, et par Bass Reeves, premier Marshall noir des États-Unis…

Lucky Luke est né en 1947, sous la plume du belge Morris – né Maurice de Bevere – qui travaillera avec divers scénaristes, principalement René Goscinny. Après le décès de Morris, c’est le lyonnais Hervé Darmenton, alias Achdé, qui, en 2003, reprend le dessin, collaborant avec divers scénaristes, dont Jul, pseudonyme du français Julien Berjeaut qui, avec Un cow-boy dans le coton, signe son troisième scénario de Lucky Luke. Dans cette 79e aventure, le fringant cow-boy n’a pas pris une ride et semble tout droit sorti du crayon de Morris : comment des auteurs tels qu’Achdé et Jul, font-ils pour s’insinuer si parfaitement dans l’univers d’une pointure de la BD belge ?

La chronique de Lucile POULAIN : le fumoir, de Marius JAUFFRET, éd. Anne Carrière, 2020

Chronique d’un enfermement arbitraire mais salutaire

Parisien, Marius Jauffret est aujourd’hui trentenaire. Le Fumoir est son premier roman, c’est aussi son histoire, sa véritable histoire alors qu’il avait 25 ans… Jeune homme alcoolique, Marius est un jour conduit aux urgences de Saint-Anne par son frère. À son réveil, il pense qu’il va juste passer quelques jours entre les murs de l’hôpital pour se remettre. Jusqu’à ce qu’un médecin lui explique qu’il ne sortira… que lorsqu’on l’en jugera capable. On lui a diagnostiqué – à tort – une maladie rare à son âge, le syndrome de Korsakoff.

Le voici prisonnier, isolé, dans ce lieu au temps suspendu en marge de la société. Il nous raconte l’attente, le doute, la peur, les rencontres cocasses, tristes, ou tendres… Marius Jauffret a, en effet, été interné durant dix-huit jours, par suite d’une déprime plus forte que les autres où alcool et médicaments l’ont accompagné. Le seul endroit où l’homme pourra se retrouver et lier des liens avec les autres résidents, ce sera le fumoir… Ce n’est que deux ans après sa sortie que Marius aura le courage d’écrire cette histoire terrible, aujourd’hui publiée. Le fumoir, c’est le récit de dix-huit jours qui ont compté dans la vie d’un homme qui a fini par laisser l’alcool derrière lui.

La chronique de Marie VANCUTSEM : A LA LIGNE, FEUILLETS D’USINE, de Joseph PONTHUS, éd. Folio, 2020

Quand la littérature permet de se raccrocher au réel

Ouvrier intérimaire, Joseph embauche jour après jour dans les usines de poissons et les abattoirs bretons. Le bruit, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps s’accumulent inéluctablement comme le travail à la ligne. Ce qui le sauve, ce sont l’amour et les souvenirs de son autre vie, baignée de culture et de littérature… À la ligne, feuillets d’usine, premier roman de Joseph Ponthus est aussi son histoire, celle d’un intellectuel qui, né à Reims et travaillant dans le secteur de l’aide sociale à Nanterre, a tout quitté pour se marier en Bretagne ! Là-bas, ne trouvant pas d’emploi dans son secteur originel, Joseph s’est vu obligé de travailler en usine… une déflagration physique et mentale ! Pour s’en sortir, il s’est souvenu de son autre vie, de ses auteurs favoris – Apollinaire, Dumas… – et a commencé à écrire pour se rappeler de ce qu’il a enduré. Pour Joseph Ponthus, l’écriture, c’est la vie. L’écriture de ce roman est drôle, coléreuse, fraternelle, l’existence ouvrière devient alors une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœuf et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

La chronique de Gorian DELPÂTURE : LE CARROUSEL INFERNAL, de Joe HILL, éd J.-C. Lattès, 2020

Des nouvelles qui font peur…

Pour celles et ceux qui ne seraient pas au courant, Joe Hill est le pseudonyme de Joseph Hillstrom King, né en 1972, dont les parents, écrivains, se nomment Tabitha King, née Spruce, et Stephen King ! Du côté talents littéraires, le rejeton a donc de qui tenir… À travers ce recueil de nouvelles, Joe Hill dissèque les aléas universels de l’existence humaine par le biais de récits au suspense surnaturel. Dans Le carrousel infernal, qui donne son titre à l’ouvrage traduit en français, les bêtes d’un ancien manège prennent vie pour rendre une ultime sentence sur les méfaits de quatre jeunes.

L’ouvrage contient treize récits courts, dont deux ont été coécrits avec Stephen King. Le carrousel infernal propose également une courte autobiographie de l’auteur qui, encouragé par ses parents dans la voie de l’écriture et toujours environné d’écrivains et de cinéastes traitant de l’horreur, s’est naturellement tourné vers ce domaine… glaçant. Ce dernier ouvrage de Joe Hill, fascinant et troublant, sonde nos secrets et nos tourments, nos faiblesses cachées et nos peurs ataviques, et apporte une nouvelle fois la preuve du talent du fils de Stephen King.

La chronique Facebook de Michel DUFRANNE : LA DERNIÈRE AFFAIRE DE JOHNNY BOURBON, de Carlos SALEM, éd Actes Sud, 2020.

Un polar décalé et drôle !

Le détective José María (Txema) Arregui, passablement alcoolique et amateur de films pornos, est sollicité par Super, un haut responsable de la police. Même si les deux hommes se détestent depuis l’époque où le Arregui exerçait comme policier, Super reconnaît n’avoir d’autre solution que de faire appel à lui "pour le bien de l’Espagne". Sa mission : enquêter sur les circonstances de la mort de Joaquín Latro Rapíñez, considéré comme "l’homme le plus haï du pays".

Sans trop faire de vagues, Arregui doit déterminer s’il s’agit d’un suicide ou d’un assassinat déguisé. Pour cela, le détective va travailler avec un gars de Scotland Yard avec qui il a déjà collaboré, Johnny Bourbon, de son véritable nom Juan-Carlos de Bourbon, roi émérite d’Espagne ! Ensemble, ils vont aussi devoir retrouver, s’il existe, le dossier grâce auquel Latro Rapíñez menaçait d’impliquer une bonne partie de la classe politique espagnole dans les magouilles auxquelles il avait pris part. Arregui et Bourbon, un binôme insolite pour des aventures loufoques !

La chronique surprise : Eddy CAEKELBERGHS, pour LA RACE DES ORPHELINS, d’Oscar LALO, éd Belfond, 2020

Le journal bouleversant d’une enfant sans passé

La race des orphelins, c’est un douloureux hommage à la mémoire. Celle qui gêne, celle qu’on voudrait oublier, celle que l’on souhaiterait qu’elle n’ait jamais existé. Hildegard Müller a 76 ans, elle a engagé un homme pour écrire son histoire. Hildegard sait à peine lire et écrire. Elle ne sait rien de ses parents, n’a que très peu de souvenirs de son enfance. Sa vie est irracontable mais pourtant tellement vraie… Hildegard a été élevée dans un Lebensborn, ces orphelinats où les sbires de Himmler éduquaient des enfants volés afin d’en faire l’élite du IIIe Reich, de purs aryens. Cette race d’orphelins sera vue comme les héritiers de leurs bourreaux, de leur ascendance inconnue, effacée on ne retiendra que la culpabilité. Ils sont maudits. Dans cet ouvrage remarquable, traité sous la forme d’un journal – digne de celui d’Anne Franck -, Oscar Lalo efface les limites entre réalité et fiction. Il transcrit une vérité douloureuse, véritable qui soulève le voile sur des destins poignants : " J’ai besoin, avant de mourir, de dire à mes enfants d’où ils viennent, même s’ils viennent de nulle part ".

Le coup de cœur de Fanny MAKOUDI, librairie "La Licorne" à Bruxelles : HÉRITAGE, de Miguel BONNEFOY, éd Rivages, 2020

À travers l’Histoire, une aventure familiale divertissante et tonique

La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines. C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation, et qu’elle s’unira à un étrange soldat surgi du passé pour donner naissance à Ilario Da, le révolutionnaire. Bien des années plus tard, un drame sanglant frappera les Lonsonier. Emportés dans l’œil du cyclone, ils voleront ensemble vers leur destin avec, pour seul héritage, la légende mystérieuse d’un oncle disparu. Avec Héritage, Miguel Bonnefoy signe une saga éblouissante, entre vieille Europe et Amérique du Sud.

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