Des lectures qui ont du chien !

Ce 11ème chapitre de notre émission s’est marqué par la présence de Bernard Werber et de Régine Vandamme dans ses pages ! Au programme : nos compagnons à quatre pattes, un roman aux airs de Matrix, une valse entraînante et… du vin. Entre autres !

Bernard WERBER pour "La Planète des chats", éd. Albin Michel, 2020

Franchement, si j’avais su, parole de Chat, je n’aurais pas traversé l’océan

Bernard Werber conclut sa trilogie féline avec panache en emmenant sa chatte Bastet et les personnages qui ont fait le succès des deux premiers livres jusqu’à New York. Suite à une pandémie de peste d’un nouveau type, l’homme a perdu sa suprématie au profit des rats. Le salut viendra-t-il des chats, qui savent voir les choses du point de vue de leur espèce et non de leur tribu, contrairement aux hommes ? Du sommet des gratte-ciel new-yorkais aux usines high-tech de Boston, félins et humains vont en tout cas tenter de sceller une nouvelle alliance, sous l’œil sceptique d’une Hillary Clinton en fin de vie. Du pur Bernard Werber !

Régine VANDAMME pour "Le bureau des secrets professionnels", de Régine VANDAMME et Dominique COSTERMANS, éd. Renaissance du Livre, 2020

200 nouvelles pour rire, pleurer… mais aussi réfléchir !

Dans ce livre écrit " à quatre mains ", Régine Vandamme et Dominique Costermans proposent des dizaines de micronouvelles liées au monde du travail. Un recueil qui se base sur une série d’ateliers d’écriture dans lesquels les deux autrices ont travaillé sur ce thème avec les participant.e.s. Il s’agit donc d’histoires vraies. Elles montrent que le monde du travail est un merveilleux matériau romanesque.

La "Supercherie" d’Anne-Sophie Delcour : "Le journal de Gurty", tome 8, de Bertrand SANTINI, éd. Sarbacane, 2020

Victime de l’amour !

Pour celles et ceux qui ne seraient pas au courant, Gurty est une chienne. Gaspard, c’est son humain. Il est gentil, joueur, fidèle et d’une propreté irréprochable ! Tous deux ont déjà vécu quelques aventures : Vacances en Provence, Parée pour l’hiver, Marrons à gogo, Printemps de chien, Vacances chez Tête de Fesses, Mes bébés dinosaures et Le fantôme de Barbapuces… Gurty a donc déjà livré bataille à des chats, des rats, des enfants… Mais cette fois, dans le huitième tome du Journal de Gurty, elle va devoir combattre un ennemi plus sinistre encore… L’amour !

Dans le train qui conduit Gurty et Gaspard en Provence, ce dernier retrouve par hasard son ancienne fiancée, Myrtille, l’ennemie jurée de Gurty ! Lorsque Myrtille trouve le moyen de s’incruster dans leur maison de campagne, les vacances de Gurty promettent d’être agitées… La guerre entre Myrtille et Gurty est déclarée. Sous son apparente gentillesse, Myrtille dissimule un caractère jaloux et sournois, dont Gurty est la seule témoin. L’imagination de la fiancée diabolique est sans limite pour semer la zizanie entre Gurty, son humain et tous ses amis. La confrontation s’achèvera dans un feu d’artifice final, au propre comme au figuré, où le vrai visage de Myrtille sera révélé aux yeux de tous. Coloré et joyeux, idéal pour le 8-12 ans !

La chronique de Marie VANCUTSEM : "Le courage qu’il faut aux rivières", d’Emmanuelle FAVIER, Livre de Poche, 2019

La force du courage

De nos jours, il en demeure une dizaine… En Albanie, les "Burrneshë" sont des "femmes-hommes", des "vierges jurées", des "vierges sous serment". Ces femmes, chrétiennes ou musulmanes, pour travailler, posséder, fumer, boire de l’alcool et décider au sein de la société patriarcale albanaise, ont décidé de renoncer à leur identité sexuelle, faisant vœu de chasteté et acceptant de ne jamais fonder une famille… Dans Le courage qu’il faut aux rivières, Emmanuelle Favier raconte l’histoire de Manushe, l’une de ces "vierges jurées" qu’elle est devenue parce qu’elle a refusé un mariage arrangé.

Dans son village des Balkans, elle est respectée par toute la communauté. Mais un jour, Adrian frappe à sa porte. Cet homme au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir… Quant à Adrian, il a décidé de quitter sa vie de femme… Interpellant, original, inattendu, sensuel, Le courage qu’il faut aux rivières baigne dans un climat aussi concret que poétique, dans des décors naturels grandioses. Parlant d’identité, de genre et de courage, ce premier roman envoûtant et singulier d’Emmanuelle Favier a la force du mythe et l’impalpable ambiguïté du réel.

La chronique de Michel DUFRANNE : "Neuromancien", de William GIBSON, éd. Au Diable Vauvert, 2020

Aux origines du mouvement cyberpunk : vous avez dit science-fiction ?

Case était le meilleur hacker sur les autoroutes de l’information. Son cerveau étant directement relié à la matrice, il savait comme personne se frayer un chemin dans le cyberespace pour pirater des données pour le compte de riches clients. Voulant dépasser un de ses employeurs, Case a été amputé de son système nerveux, le privant ainsi de l’accès à la matrice. Complètement déprimé, le jeune homme n’a plus aucun moyen de s’évader de la prison qu’est son corps, jusqu’au jour où une mystérieuse conspiration va lui offrir une seconde chance…

Originellement paru en anglais en 1984 sous le titre de "Neuromancer", Neuromancien est considéré comme le roman fondateur du mouvement cyberpunk : monde futuriste – mais pas beaucoup plus tard qu’aujourd’hui ! -, capitalisme débridé où le pouvoir est détenu par des mégacorporations, drogues de synthèse et cybernétique omniprésente. C’est lui qui a inspiré le film Matrix. Avec Neuromancien, William Gibson a, pour toujours, changé l’image de la science-fiction. Et les spécialistes ne s’y sont pas trompés en lui attribuant les trois principaux prix littéraires en matière de science-fiction : "Hugo", "Nebula" et " Philip K. Dick ".

La chronique de Lucile POULAIN : "Santana", d’Inès LAMALLEM, Ker Editions, 2020

Quand beauté rime avec violence

Il avait de longs cheveux bruns. Il avait les yeux bleus. Des yeux qui perforent. Il était grand. Vraiment grand. Grand et fort. Il avait un tatouage. Un grand dragon jaune et rouge. Sur son torse. Son torse magnifique. Mais il était la terreur incarnée. Il, c’est Michaël Santana. Un jour, par mégarde, dans le couloir de l’école, Emma le bouscule. Avec elle, il n’aura aucune pitié. Que cache sa violence ? Pourquoi Emma s’accroche-t-elle à lui ? Au point de bouleverser radicalement sa vie… L’auteure nous livre un récit percutant et sans concession sur l’adolescence en perdition. Est-il possible d’en comprendre les raisons sans amour ? Mais à quels risques, et jusqu’où aller ? Une œuvre indispensable, dérangeante et subtile. Sur la violence. Sur l’audace inconsciente. Sur la beauté d’âme. Santana est aussi le premier roman de la bruxelloise Inès Lamallem, 17 ans… Pour cette réussite, Inès a décroché le Prix Jeune Public Brabant Wallon de la Fondation Laure Nobels, du nom de cette jeune auteure de 16 ans, assassinée par son petit ami en 2012… Santana est ainsi un étonnant écho à cette histoire véridique.

La chronique de Gorian DELPÂTURE : "L’invitation à la valse", de Rosamond LEHMANN, éd Belfond Vintage, 2020

Un délicieux bonbon anglais, "so vintage" !

La grande figure littéraire qu’est Rosamond Lehmann a traversé le XXe siècle. C’est en 1932 que paraît L’invitation à la valse qui aura un succès retentissant en Angleterre, mais aussi sur le continent… Nous sommes en 1920, en Angleterre, le paisible et riant village de Little Compton. Pour ses dix-sept ans, Olivia Curtis reçoit un cahier destiné à devenir son journal intime, un angelot en porcelaine, dix shillings et un ruban de soie. Mais surtout, avec sa sœur, Kate, elles sont invitées à leur premier bal chez Lord et Lady Spencer, les parents de sa grande amie Marigold. Entre les robes à essayer, les carnets de bal à remplir et l’excitation générale, les préparatifs sont frénétiques et joyeux.

Très vite pourtant, les deux sœurs déchantent : leur mère leur a dégoté comme chaperon un aspirant pasteur aussi ennuyeux qu’empoté. Mais il en faut plus pour décourager la jeune et timide Olivia, bien décidée à entrer dans la danse… Ladies désuètes, anglais quelque peu excentriques, grandes demeures bourgeoises : tous les ingrédients pour un roman à mi-chemin entre les comédies douces-amères de Nancy Mitford et "Dowton Abbey" (dont l’histoire n’avait pas encore vu le jour !). L’invitation à la valse, c’est tout le charme de l’Angleterre, c’est aussi et surtout le portrait d’une jeune fille, lumineux et inoubliable, l’histoire de son passage vers l’âge adulte, une histoire d’émancipation. Tout à la fois drôle et poignant.

La chronique surprise : Adrien DEVYVER, avec "Les Ignorants", d’Étienne DAVODEAU, Futuropolis, 2011

Entre vin et BD, un récit authentique, frais et humaniste

Par un beau temps d’hiver, deux individus, bonnets sur la tête, sécateur en main, taillent une vigne. L’un a le geste et la parole assurés. L’autre, plus emprunté, regarde le premier, cherche à comprendre "ce qui relie ce type à sa vigne" et s’étonne de "la singulière fusion entre un individu et un morceau de rocher battu par les vents". Le premier est vigneron, le second auteur de bandes dessinées. Qu’ont-ils donc en commun ? Pendant un an, Étienne Davodeau va goûter aux joies de la taille, du décavaillonnage, de la tonnellerie ou encore s’interroger sur la biodynamie.

Richard Leroy, de son côté, va découvrir des livres de bande dessinée choisis par Étienne, rencontrer des auteurs comme Emmanuel Guibert et Jean-Pierre Gibrat, participer à des salons de bande dessinée, ou encore visiter la maison d’édition Futuropolis. Étienne et Richard échangent leurs savoirs et savoir-faire, mettent en évidence les points que ces pratiques (artistiques et vigneronnes) peuvent avoir en commun. Au bout du compte, l’un et l’autre répondent à ces questions : comment, pourquoi et pour qui faire des livres ou du vin ? Un roman graphique où s’exprime avec brio Étienne Davodeau, grande figure de la BD documentaire et sociale.

‰ Le coup de cœur de Bernard SAINTES, librairie "Ecrivain Public" à La Louvière : "Le sang ne suffit pas", d’Alex TAYLOR, éd Gallmeister, 2020

Une histoire d’hier aux reflets actuels

Il y a au moins deux Alex Taylor connus – et écrivains ! – aujourd’hui… Il y a le journaliste, animateur de radio et de télévision franco-britannique, mais il y a aussi celui qui a fabriqué du tabac et des briquets, démantelé des voitures d’occasion, tondu des pelouses de banlieue et a été colporteur de sorgho pour des chaînes alimentaires. Ce dernier vit à Rosine, dans le Kentucky, est diplômé de l’université du Mississippi et enseigne à celle de Western Kentucky… Dans Le Sang ne suffit pas, Alex Taylor nous plonge dans les montagnes enneigées de l’ouest de la Virginie, en 1748. Un voyageur affamé arrive près d’une cabane isolée. Reathel erre depuis des mois, flanqué d’un dogue féroce. Mais l’entrée lui est refusée par un colon hostile qu’il n’hésite pas à tuer.

Il découvre alors à l’intérieur une jeune femme, Della, sur le point d’accoucher. L’enfant naît dans cette solitude glaciale. Pourtant, le froid, la faim et l’ourse qui rôde dans les parages ne sont pas les seuls dangers pour la mère et le nouveau-né. Car ce dernier a été promis à la tribu Shawnee : c’est le prix à payer pour que Blacktooth, leur chef, laisse les Blancs du village environnant en paix. Alors que les Shawnees se font de plus en plus impatients, le village envoie deux frères à la poursuite de Della, désormais prête à tout pour sauver son bébé. Le sang ne suffit pas, un roman d’aventures féroce, où la certitude de la mort procure une force libératoire mais impitoyable, qui guidera une nation tout entière.

Newsletter TV

Recevez chaque jeudi toute l'actualité de vos personnalités et émissions préférées.

OK