Des lectures pleines de mystères à élucider

Dans ce dixième chapitre, Sous Couverture accueille Charly Delwart et le flamand Toni Coppers. Au programme ? Des pirates du ciel, une dangereuse épopée et une plongée dans le monde impitoyable de la Silicon Valley… Entre Autres !

Charly Delwart pour "Le Grand Lézard", éd. Flammarion, 2021

Suivre ses rêves et, tel un lézard, faire sa mue

Une crise vécue à quarante ans est-elle forcément une crise de la quarantaine ?
Ces derniers temps, Thomas remet tout en question. Le scénariste qu’il est manque d’inspiration, il ressent de l’angoisse, il a besoin de liberté. Pour sa femme et ses amis, c’est évident, c’est la crise de la quarantaine ! Ce qu’ils ne savent pas, c’est que, toutes les nuits, Thomas rêve qu’il est nain et, dans ce rêve, il est une meilleure version de lui-même. Sa vie y est intense, sa femme plus amoureuse, son travail plus reconnu. Comme s’il lui suffisait de devenir plus petit pour que son horizon s’agrandisse. On dit qu’il faut suivre les rêves qu’on a. Mais ceux qu’on fait ? Thomas va décider de suivre le sien avec l’espoir, tel un lézard, de faire sa mue. 

Toni Coppers, pour "L’affaire Magritte, éd. Diagonale, 2021

Ceci n’est pas un suicide.

Toni Coppers, le "roi du crime flamand" est enfin traduit en français ! Il livre avec L’Affaire Magritte un palpitant et émouvant thriller littéraire. Alors que son quadragénaire héros, l’ex-enquêteur Alex Berger, lutte douloureusement contre ses démons personnels – dépression et alcoolisme –, deux meurtres ont lieu. L’un à Bruxelles, une vieille dame noyée dans son évier, l’autre à Paris, où une galeriste est morte dans sa baignoire… Étrange, d’autant que, chaque fois, un mystérieux message est retrouvé sur les lieux : Ceci n’est pas un suicide Commandé par les héritiers de Magritte, L’Affaire Magritte offre une interprétation des œuvres du grand Surréaliste décédé en 1967, en décrivant les émotions humaines, le tout sous forme d’un polar. Pour sûr, l’artiste aurait apprécié !

La "Supercherie" d’Anne-Sophie Delcour : "L’Étrange vallée", d’Anna Wiener, Éd. Globe, 2021

Illusions perdues au cœur de la Silicon Valley

Dans L’Étrange vallée, la journaliste Anna Wiener raconte son expérience dans le monde de la révolution numérique. En 2013, elle abandonne New-York pour San Francisco et la Silicon Valley, rejoignant une start-up de livres numériques. Dès lors, l’auteure met de côté son ambition de travailler dans l’édition traditionnelle… Elle plonge dans le monde merveilleux de l’hyper-productivité souriante, de l’efficacité extravagante et de l’immédiateté surréaliste, aux mains de jeunes gens qui jonglent avec les millions et le verbe disrupter.

On aurait dû se méfier. En anglais, il veut dire détruire. Que faire ? Invoquer le mantra "Science sans conscience n’est que ruine de l’âme" ? Mais qui a lu Rabelais ? Et, de toute façon, dans la Vallée, personne ne vous entend crier. Ayant quitté ce monde impitoyable, Anna Wiener raconte, incisive, tantôt sardonique, tantôt candide, ses découvertes. Elle retrace le passage insensible de l’industrie de la Tech du statut de sauveur du monde autoproclamé à la tragique réalité de menace pour la démocratie doublée d’un rival de Wall Street.

La chronique de Lucile Poulain, "La mer Noire dans les Grands Lacs", d’Annie Lulu, éd Julliard, 2021

Une quête des origines bouleversante par sa profondeur et sa beauté

La mer Noire dans les Grands Lacs est le premier roman d’une toute fraîche auteure, Annie Lulu, née en Roumanie, d’un père congolais et d’une mère roumaine… La mer Noire dans les Grands Lacs, c’est l’histoire de Nili, née en Roumanie, dans une société raciste et meurtrie par la dictature. Nili n’a jamais connu son père, un étudiant congolais disparu après sa naissance.

Pour surmonter la honte d’être métisse dans un pays où les couples mixtes étaient loin d’être bien vus, Nili va partir à Paris. Un jour, en pleine rue, elle entend prononcer le nom de son père : Makasi. Nili décide de partir pour Kinshasa, pour un long voyage à la recherche de ses racines africaines. Au Congo, elle rencontrera l’amour, le combat politique, la guerre civile et la mort. Et en gardera un fils, auquel s’adresse cette vibrante histoire d’exil intérieur, de déracinement et de résurrection. Un premier roman écrit d’une plume flamboyante, à la fois poétique, intense, épique et musicale, au carrefour des traditions balkaniques et africaines.

La chronique de Michel Dufranne : "La Pierre du remords", d’Arnaldur Indridason, éd Métailié, 2021

Un livre impitoyable sur les regrets et le désespoir du remords

Une femme est assassinée chez elle. Sur son bureau, on retrouve le numéro de téléphone de Konrad, un ancien policer. L’enquête révèle rapidement qu’elle l’avait contacté récemment pour lui demander de retrouver l’enfant qu’elle avait mis au monde cinquante ans plus tôt, et qu’elle avait abandonné juste après sa naissance. Maintenant désolé de lui avoir refusé son aide, Konrad s’emploie à réparer son erreur. Il retrouve les membres d’un mouvement religieux contre l’avortement et reconstruit l’histoire d’une jeune fille violée dans le bar où elle travaillait.

Il retrouve aussi un clochard équivoque, des trafiquants de drogue et même des fragments de l’histoire de la mort violente de son père. Lorsqu’il retrouvera l’enfant, il mesurera l’ampleur de la tragédie dans laquelle son intuition et son entêtement l’ont plongé. Konrad se révèle un enquêteur sensible à la souffrance des autres, d’une humanité touchante Dans une construction particulièrement habile et haletante, La Pierre du remords est un roman captivant et impitoyable sur la honte, le désespoir et l’intensité des remords qui reviennent nous hanter, une construction haletante et surprenante sur l’inévitabilité d’un passé qui refuse de se laisser oublier. Le troisième roman de la série Konrad, plus simenonien et mélancolique que jamais.

La chronique Facebook de Gorian Delpâture : "Les Pionniers", d’Ernest Haycox, éd. Actes Sud, 2021

Un roman western parmi les plus dantesques de la littérature américaine

Ils viennent du Missouri et ont tout abandonné dans l’espoir de trouver une terre à des milliers de kilomètres de leurs foyers. Ce voyage où ils affrontent les rapides, le froid, les pluies diluviennes qui vous transpercent, la faim, constitue une suite d’épreuves exténuantes que Haycox restitue avec une ampleur, un lyrisme, une vérité inégalés. Le cinéma, à de rares exceptions près, paraît timide, aseptisé, face à l’acuité d’un tel livre. Parvenus à destination, les survivants doivent construire un nouveau monde avec ses règles, ses usages et ce malgré les rivalités, les préjugés raciaux, les barrières de classes.

Les Pionniers est l’un des très grands romans, sinon le plus grand, le plus lucide, sur la colonisation, l’apprentissage de la civilisation, avec les conflits que celle-ci entraîne entre une vision humaniste et les pulsions de violence, entre les intérêts particuliers et le sens de la collectivité. Peut-être le grand œuvre de Haycox, cet immense écrivain qu’admirait Ernest Hemingway, qui marie le souffle de l’épopée à la chaleur de l’intime, avec d’inoubliables personnages de femmes. Paru en 1952, deux ans après la disparition de l’auteur, Les Pionniers est, à coup sûr son livre testament, et rien moins qu’un chef-d’œuvre de la littérature américaine.

La chronique surprise : Bérangère McNeese, avec "Rien ne s’oppose à la nuit", de Delphine de Vigan, éd. Le Livre de Poche, 2013

Autour de Lucile, une femme à part…

Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. Rien ne s’oppose à la nuit, c’est le portrait de Lucile, la mère de l’auteure, c’est aussi celui de sa famille. Comme souvent, dans cette famille, il y a du bon, mais aussi du mauvais. Delphine de Vigan livre "son" regard sur "sa" mère, Lucile, une femme particulière qui a fini par se donner la mort ! Malgré une couleur un peu crépusculaire, c’est une véritable histoire d’amour envers sa mère que traduit ce roman qui a reçu de nombreux prix, tel le Renaudot des Lycéens.

Le coup de cœur de Maxime Chapelle, librairie " La Parenthèse " à Liège : "Steam Sailors : L’Héliotrope, tome 1", de E.S. Green, éd. Gulf Stream, 2020

Le premier tome d’une série trépidante et addictive, entre magie et piraterie dans un XIXe siècle revisité !

Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes.
Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves.
Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de L’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et de ses pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de "clefs" disséminées dans le monde qui permettrait de retrouver la cité des Alchimistes…

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