De quoi regarnir votre pile à lire !

Dans ce 7e chapitre, Sous Couverture vous emmène à la (re) découverte de Carole Martinez et de Nicolas Vadot. Au programme : un bol d’air frais, le soleil de Corse, une révolution et de la politique… entre autres !

Carole MARTINEZ pour LES ROSES FAUVES, éd. Gallimard, 2020

Un monde épineux où le merveilleux côtoie le réel et où poussent des roses fauves

Lola vit seule au-dessus du bureau de poste où elle travaille, elle se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de ses fleurs et, dans sa chambre, trône une armoire de noces pleine des cœurs en tissu des femmes de sa lignée espagnole. Lola se demande si elle est faite de l’histoire familiale que ces cœurs interdits contiennent et dont elle ne sait rien. Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés ? Pour ce nouveau roman, Carole Martinez s’est inspirée d’une vieille coutume andalouse : lorsqu’une femme sentait la mort poindre, elle réalisait un coussin en forme de cœur qu’elle remplissait de bouts de papiers où étaient inscrits ses secrets. À son décès, la fille aînée héritait de l’objet avec l’interdiction formelle de l’ouvrir… Une histoire étrange, merveilleuse, parfois effrayante où amour et mort côtoient le charme.

Nicolas VADOT avec LES ANNÉES TRUMP, SAISON 1 et UNE PAGE SE TOURNE, éd. Nicolas Vadot, 2020

Rions un peu… tant qu’il en est encore temps !

Quelques jours avant les élections américaines, le regard cinglant du dessinateur de presse Nicolas Vadot sur le règne du président sortant. Les années TrumpNovembre 2016, Donald Trump est devenu à la surprise générale le 45è président des États-Unis d’Amérique. Scandales sexuels, mensonges, magouilles, Russiagate, racisme, procédure de destitution, coronavirus, etc. : quatre ans plus tard, rien n’est parvenu à le déstabiliser et chaque bataille l’a rendu encore plus populaire parmi les white trash américains, ces populations blanches déclassées qui ne jurent que par lui car, comme il l’explique : "Je suis comme eux. En plus riche."

Symptôme autant que symbole du déclin de l’Occident, Donald Trump restera dans l’Histoire. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Et puis, il y a ce condensé d’une année finissante, 2020, avec Une page se tourne. Près d’un an que le monde est à l’arrêt à cause du coronavirus. 30 ans plus tôt, le 3 octobre 1990, l’Allemagne est réunifiée, une chose encore inimaginable quelques années auparavant. Entre les deux, trente années de "mondialisation heureuse", entrecoupées néanmoins de secousses planétaires, sur fond d’inexorable réchauffement climatique. Tout se tient. La "fin de l’histoire" faisant suite à l’écroulement de l’Union soviétique n’était que le début d’un autre récit, lui-même aujourd’hui brutalement remis en question et revisité dans ce livre en 100 dessins. La décennie qui s’ouvre à nous sera-t-elle celle des nouvelles "Années folles" ?

La « Supercherie » d’Anne-Sophie : LA FORCE ANCESTRALE, de Jean-Luc ROUSSEAU, éd. Academia, 2020

Entre fable et réalité, la rencontre de deux domaines sans points communs… à priori !

Entouré de sa femme et de ses enfants, l’avocat Pierre-Luc Gilain semble mener une vie sans histoire. Jusqu’au moment où il est consulté par Bernard Dujardin, un sexologue arrêté pour le viol d’une patiente, un thérapeute qui clame son innocence. Pierre-Luc le connait depuis tellement longtemps qu’il ne peut croire qu’en sa sincérité. Mais, bientôt, des doutes s’immiscent dans son esprit… Des ombres planent aussi sur la vie privée de Pierre-Luc. Pourquoi sa vie lui glisse-t-elle entre les doigts ? Quelle est la signification de ses cauchemars ? Que recèlent les caves de son enfance ? Qui se cache derrière son masque d’avocat ? Il consulte une psychologue – ou serait-ce une chiromancienne ? – qui pratique une thérapie mystérieuse… Pour la comprendre, l’avocat va devoir l’expérimenter… Jean-Luc Rousseau a exercé les professions d’avocat et de magistrat. Il est actuellement médiateur familial, mais aussi romancier. Dans La Force ancestrale, on soupçonne un brin d’autobiographie…

La chronique de Marie VANCUTSEM : AINSI PASSE LA GLOIRE DU MONDE, de Robert GOOLRICK, éd. 10-18, 2020.

À la recherche du temps perdu…

Si vous n’avez pas lu Féroces et La Chute des princes, qui précèdent ce dernier volume d’un cycle romancé et autobiographique de Robert Goolrick, alias Rooney dans la série, pas de problème ! Dans Ainsi passe la gloire du monde, l’ancien prince de Wall Street qu’est Rooney se retrouve, à 70 ans, seul et ruiné, avec pour seule compagnie quelques souvenirs de joie, sa colère dévorante contre une Amérique malade présidée par un dangereux clown, qu’il a connu autrefois, et une question obsédante : quand on fait l’amour pour la dernière fois, sait-on que c’est la dernière ? À l’occasion de funérailles, il convoque les fantômes du passé et part à la recherche des quelques fidèles qu’il connaît encore, témoins d’une autre vie, d’une autre Amérique… Un roman déchirant, bouleversant, nostalgique aussi, dans l’ombre de la chute de l’empire américain !

La chronique de Gorian DELPÂTURE : ANNE DE GREEN GABLES, de Lucy Maud MONTGOMERY, éd. Monsieur Toussaint Louverture, 2020.

Le triomphe de l’espoir

Orpheline à l’esprit vif, à l’imagination sans bornes et qui adore employer de "grands mots", Anne se retrouve par erreur chez Marilla et Matthew Cuthbert qui attendaient un garçon pour les aider à la ferme. Féministe involontaire, romantique impénitente, elle est impulsive, dramatique, maligne, drôle, et telle une authentique naïve, elle va bousculer le calme et la monotonie de la vie à Green Gables, en semant partout joies et rêveries, en dénichant la beauté dans les moindres recoins, en ne s’exprimant qu’en points d’exclamation, même dans "les affres du désespoir". Si le regard d’Anne transcende le monde sur lequel il se pose, Anne de Green Gables, c’est la transformation magique, presque mystique, que seul l’amour peut opérer sur les hommes et les femmes. C’est l’histoire d’une petite fille qui parvient à se faire aimer de tous, y compris des lecteurs de ce roman à (re) découvrir. Anne de Green Gables, est paru en 1908 et est le point de départ d’une formidable carrière littéraire pour Lucy Maud Montgomery qui, jusqu’à la fin de ses jours, donnera neuf suites à Anne tout en écrivant douze autres romans, dix recueils de nouvelles sans oublier l’un ou l’autre essai et un peu de poésie.

La chronique de Michel DUFRANNE : REQUIEM POUR UNE APACHE, de Gilles MARCHAND, éd Aux Forges de Vulcain, 2020.

Pleine de poésie, une ode à l’amitié, à la solidarité, à l’idéalisme et au réalisme

Jolene n’est ni moche, ni belle, ni sympa ou pas sympa. Mais lorsqu’elle arrive dans cet hôtel, elle est bien accueillie. Un hôtel ? Plutôt une pension qui aurait ouvert ses portes aux rebuts de la société : un couple d’anciens taulards qui n’a de cesse de ruminer ses exploits, un ancien catcheur qui n’a plus toute sa tête, un jeune homme simplet, une VRP qui pense que les encyclopédies sauveront le monde et un chanteur – le narrateur – qui a glissé sur la voie savonneuse de la ringardisation. Ce petit monde vivait des jours tranquilles jusqu’à ce que Jolene arrive. En quelques mois à peine, l’hôtel devient le centre de l’attention et le quartier général d’une révolte poétique, à l’issue incertaine… Dans Requiem pour une Apache, on retrouve l’humour et la mélancolie de Gilles Marchand, mais son écriture prend une amplitude nouvelle, en dressant un grand portrait des invisibles, de celles et ceux qui font tourner la société. Un roman noir, un roman social, un roman de révolte, mais un roman qui réchauffe le cœur.

La chronique de Lucile POULAIN : DE NOS OMBRES, de Jean-Marc GRAZIANI, Joëlle Losfeld éditions, 2020.

Au fil des secrets se noue l’histoire, déroutante à bien des égards !

Bastia, 1954 : Joseph, un garçon de douze ans, pense devenir fou quand des voix s’invitent dans sa tête… C’est le début d’un jeu de piste avec certains objets qui lui parlent et l’attirent. Aidé par Mammò, l’arrière-grand-mère sage et révérée qui prend son don comme une malédiction, Joseph se plonge corps et âme dans la résolution des mystères familiaux par l’entremise d’un anneau perdu, d’une vieille photo oubliée ou d’un disque remisé dans un grenier… Dans De nos ombres, différents narrateurs, à diverses époques, prennent en charge le récit et éclairent l’histoire d’un jour nouveau. Les thèmes du roman sont multiples. Le don et la distance qu’il implique quand il vient toucher un enfant au hasard. L’amour bien sûr, et la force des femmes. Mères, sœurs, amantes, elles s’affirment au fur et à mesure comme les véritables héroïnes du roman. Des femmes fortes, aux histoires singulières, qui s’agrègent pour n’en faire qu’une, la véritable trame du livre. Parmi ces femmes, il y a Mammò. Elle a un secret. Pour le découvrir, Joseph devra arpenter des rues où plane encore l’ombre des deux guerres. Un premier roman, ode poétique au sud et à une Corse authentique.

La chronique surprise : Julie MORELLE, avec FILLE, de Camille LAURENS, éd Gallimard, 2020.

Un roman d’une puissance exceptionnelle

Laurence est née en 1959 dans la petite bourgeoisie de Rouen. Très tôt, elle comprend que la position des filles est inférieure à celles des garçons. Cette expérience se prolonge à l’école, au cours de danse, à la bibliothèque municipale, partout où le langage impose la position dominante du genre masculin : "Garce. Le mot revient et la hante. C’est une injure. Mais n’est-ce pas d’abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais… Le mot, en changeant de genre, devient mauvais. Mais il a des pouvoirs."

Avec Fille, Camille Laurens déploie le destin d’une femme confrontée aux mutations de la société française de ces quarante dernières années. La narratrice emporte dans sa voix les grandes problématiques de l’éducation des femmes, de la domination masculine et de la transmission des valeurs féministes aux jeunes générations. L’auteur saisit avec acuité les moments charnières de l’enfance au cours desquels se joue l’adulte que l’on va devenir. L’écriture de Camille Laurens atteint ici une maîtrise remarquable, qui restitue les grandes embardées de la vie tout en faisant résonner la petite musique des mots.

Le coup de cœur de Clara FLAMENT, libraire « Florilège » à Mons : SUPER POTES, de Smriti HALLS, éd. Sarbacane, 2020.

Au fait, ça veut dire quoi d’être amis pour la vie ?

Voici un très bel ouvrage pour les petits, à partir de 2 ou 3 ans… mais aussi pour les parents puisqu’il s’agit de l’histoire de deux animaux radicalement différents – belle illustration de ce que nous vivons quotidiennement – qui vont pourtant devenir Super potes : Ours et Écureuil ! C’est simple : Écureuil ne peut pas faire un pas sans qu’Ours ne le suive. Pas faire un geste sans qu’Ours ne fasse pareil. Jusqu’au moment où Écureuil n’en peut plus ! Un peu d’air, j’étouffe ! Vexé, Ours s’en va. Mais bien vite, Écureuil sent un terrible vide dans sa vie… À travers les textes courts et efficaces de Smriti Halls, auteur de plus de trente livres pour enfants et les illustrations de Steve Small, le styliste-en-télévision-et-cinéma-peintre-et-dessinateur pour qui c’est la première incursion dans le livre pour enfants, un récit très visuel pour parler avec humour de l’amitié vraie ! Tout simplement exquis !

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