"Bénie soit Sixtine" : un magnifique plaidoyer pour la tolérance et la liberté

Bénie soit Sixtine (éd. Julliard) est le premier roman de Maylis Adhémar, née en 1985. C’est dans un petit village du Tarn, dans le sud-ouest de la France, qu’a grandi Maylis, au sein d’une fratrie de quatre filles. Elle a passé un bac agricole avec succès, mais a finalement abandonné l’idée d’être bûcheronne pour se tourner vers des études d’histoire.

 

Maylis est devenue professeure de français… en Chine et a campé en Patagonie, ce n’est donc pas innocent si notre fraîche auteure a été très touchée par le roman d’Elsa Osorio, Luz ou le temps sauvage, paru en 1998 dans le pays natal de l’auteure, l’Argentine, et republié par les éditions Points en janvier 2020, un ouvrage que Maylis vous recommande…

Depuis 2010, Maylis vit à Toulouse. À l’issue d’une série de stages au sein de différentes rédactions, elle est aujourd’hui journaliste indépendante, commettant des articles pour divers magazines comme Ça m’intéresse. Très attachée à la campagne et à la nature, c’est avec joie qu’elle anime régulièrement des ateliers d’initiation au journalisme pour les jeunes en territoires ruraux.

 

Elle a aussi décidé de se lancer dans l’écriture et a opté pour Maylis Adhémar comme nom de plume. Mais que raconte Bénie soit Sixtine, un titre qui, de prime abord, dirigerait l’esprit vers Rome ? Le récit débute en avril 2012, au cours d’une messe. Une messe "d’antan", la messe "tridentine" parce que remontant au Concile de Trente, au XVIe siècle, bref, la messe d’avant Vatican II… C’est le mariage d’Hugo et Marie-Sophie, deux familles qui s’unissent, deux familles de traditionalistes catholiques, bref, des intégristes !

Parmi les invités, Pierre-Louis Sue de la Garde est un jeune homme "élancé, solide, cheveux ras, nuque dégagée, le costume parfaitement taillé, bleu marine, les boutons à fleur de lys et le nœud papillon rouge-bordeaux"… Il n’échappe pas au regard de Sixtine, et, Dieu merci, c’est réciproque ! Madeleine, la mère du gendre idéal est "fille de Saint-Cyrien, épouse de Saint-Cyrien, mère de cinq garçons et de trois filles, grand-mère de sept petites têtes blondes, et responsable de la chorale au camp d’été pour jeunes des Frères de la Croix", un mouvement fondé en réaction au Concile Vatican II dans lequel est fort engagé Pierre-Louis.

 

De son côté, quelles que soient les taches éventuelles de la famille de Sixtine, l’une de ses sœurs a pris le voile et se nomme désormais sœur Thérèse de Jésus, de quoi rassurer Madeleine… Pour épouser Pierre-Louis et fonder une belle et grande famille, Sixtine devra abandonner ses études. La nuit de noces qui suivra le mariage des deux tourtereaux ne sera pas exactement ce à quoi Sixtine s’attendait, ce sera un véritable calvaire qui se répétera jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte d’un héritier.

Ce qui devrait être une bénédiction s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Lorsque l’enfant naît, un beau garçon, Sixtine n’a pas voix au chapitre pour le choix du prénom, pas plus que pour celui de la date du baptême… Alors, Sixtine va se réveiller. Elle va se questionner au sujet de la sexualité, de la tendresse, de l’amour, de l’époux idéal, jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à totalement ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.

 

Il y a dans Bénie soit Sixtine une part autobiographique. Ne dit-on pas d'ailleurs qu’un premier roman est souvent le reflet de la personnalité de son auteur ? Maylis Adhémar est issue d’une famille proche des milieux catholiques intégristes et, c’est elle qui le dit, ce qui lui a permis de garder pied dans la réalité, c’est l’opportunité de fréquenter l’école publique. Elle connaît beaucoup de Sixtine, des filles qu’elle a fréquenté à l’occasion de camps d’été mis sur pied par certains mouvements fondamentalistes. Alors, l’écriture a coulé très naturellement, tant elle avait d’histoires personnelles mais aussi celles de jeunes embrigadés dans ces organisations.

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Quant au choix de situer l’action en 2013, il est loin d’être innocent : en France, c’est l’année des grandes manifestations contre le mariage pour tous. La France, "Fille aînée de l’Église", ne peut accepter l’homosexuel, le mariage entre gens du même sexe, il y va de l’image du pays et de la bonne morale ! À l’époque, Maylis a enquêté sur les réseaux et les écoles intégristes du Sud-Ouest de la France, des investigations qui l’ont menée à comprendre l’ampleur et la vivacité de ces mouvements et institutions où chacun surveille l’autre !

La dénonciation des intégristes catholiques n’est pas la raison première de Bénie soit Sixtine, c’est avant tout l’histoire d’un éveil, d’une émancipation féminine autour de la maternité, d’une rupture avec un monde formaté et dictatorial, sans pour autant perdre ses valeurs. Ce roman est un thriller psychologique, mais c’est également un récit d’initiation qui parle de la quête de soi. Maylis Adhémar y décrit l’emprise exercée par une famille d’extrémistes sur une jeune femme vulnérable ainsi que la toxicité d’un milieu pétri de convictions rétrogrades. L'auteure y dénonce avec force le dévoiement de la religion par les fondamentalistes, de quelque religion ou de quelque milieu social qu’ils proviennent. Un récit puissant et hypnotisant qui a beaucoup plu à notre spécialiste des premiers romans, Lucile Poulain !

Découvrez l'interview de l'auteure :

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