Avant le film, un livre : "Week-end à Zuydcoote"

Hélas, non ! Il ne s’agit pas d’une invitation à un petit week-end ensoleillé sur la Côte d’Opale, en France, à trois kilomètres de notre royaume ! Week-end à Zuydcoote, c’est ce film d’Henri Verneuil, sorti en 1964, avec, dans le premier rôle, Bébel, Jean-Paul Belmondo.

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Week-end à Zuydcoote, une production franco-italienne dont l’histoire se déroule l’espace de deux jours, en juin 1940, durant la bataille de Dunkerque. Progressivement acculées entre la ville portuaire et la frontière belge, les troupes britanniques et françaises attendent sur les plages de Zuydcoote et Bray-Dunes les embarcations salvatrices qui les évacueront vers l’Angleterre.

 

 

Dans cette évocation, Jean-Paul Belmondo tient le premier rôle, celui de Julien Maillat, un jeune sergent français. En compagnie de trois compagnons d’infortune, il va vivre ces instants décisifs et ô combien difficiles, ceux de l’espoir de voir poindre leurs sauveurs à l’horizon, alors que la mort rôde, presque omniprésente dans ces villages et leurs plages pris pour cibles par les avions de la Luftwaffe.

 

 

Le film a rencontré le succès et est encore régulièrement retransmis à la télévision. Son scénario est signé du romancier et dramaturge français François Boyer, tandis que c’est Robert Merle qui est l’auteur des dialogues… Après tout, ce film est l’adaptation de son roman Week-end à Zuydcoote, paru en 1949 et régulièrement réédité.

 

Ce roman est la première œuvre de Robert Merle, couronné par le prix Goncourt, l’année même de sa sortie. Merle eut pour professeur de philosophie un certain Jean-Paul Sartre, avant d’écrire La mort est mon métier, L’Île, Un animal doué de raison, Malevil ou encore l’impressionnante série Fortune de France, une saga historique en treize volumes. Parallèlement à son état de romancier, Robert Merle – docteur ès lettres et agrégé d’anglais – demeurera professeur dans diverses universités françaises.

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Week-end à Zuydcoote, c’est un témoignage d’une période tragique de l’Histoire. À travers les péripéties du sergent Julien Maillat, Merle évoque l’Opération Dynamo qui, du 27 mai au 4 juin 1940, évacuera, avec l’aide des Britanniques, 338.226 soldats – anglais et français – coupés de leurs arrières au cours de la désastreuse bataille de Dunkerque.

Pour accomplir ce sauvetage, ce ne sont pas moins de 850 bateaux de pêche, de plaisance et de commerce, aidés par de nombreux destroyers mais aussi parfois de simples barques, qui seront nécessaires. Plusieurs embarcations et navires seront coulés par les Allemands, leurs épaves réapparaissant régulièrement à l’occasion de certaines grandes marées. Quant aux soldats, tous ne seront pas sauvés, 40.000 d’entre eux seront faits prisonniers par la 18e armée allemande, le 4 juin au matin.

 

 

Parmi ceux-ci, il y a Robert Merle, agent de liaison travaillant pour les Britanniques… Né à Tébessa, en Algérie, le 29 août 1908, Merle est un jeune professeur de 31 ans lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale ; mobilisé en 1939, il se retrouvera dans la souricière de Dunkerque. Prisonnier jusqu’en 1943, il témoignera de son expérience dans le film documentaire de Daniel Costelle et Henri de Turenne, 1940, L’année terrible, sorti en 1994…

Écrit peu de temps après la fin de la guerre, Week-end à Zuydcoote est un autre témoignage de ce terrible épisode, romancé cette fois. Dans une bourgade presque désertée par ses habitants, des centaines de milliers d’hommes et un matériel considérable sont coincés sur une "petite bande de terre qui rétrécit", entre la mer et les "fridolins" comme le dit si bien Belmondo, alias Julien Maillat.

L’espace d’un samedi et d’un dimanche, Maillat survit au sein d’un microcosme humain, une sorte de famille éphémère. Quatre soldats français, une fraternité qui n’attend qu’une chose : traverser la Manche. Des destins qui ne se seraient probablement jamais croisés si la guerre n’avait éclaté… Tous ne s’en sortiront pas vivants…

Les compagnons du jeune sergent se nomment Alexandre (François Perrier), l’ingénieur débrouillard, sans réels problèmes, qui décidera de cuisiner ; Pierson (Jean-Pierre Marielle), curé de son état, engagé dans les services médicaux ; enfin, il y a Dhéry (Pierre Mondy) est un personnage haut en couleur, particulièrement sensible à l’argent et coureur de jupon…

Les quatre amis agissent selon leur personnalité, du meilleur au pire, entre apaisement et effroi. Julien Maillat est un homme désabusé, torturé, étranger à cette guerre qu’il trouve absurde ; il se pose tant de questions : pourquoi tout cela, la mort, la guerre, la souffrance… Mais aussi, pourquoi les femmes et l’amour ?

Il sera amené à devenir philosophe, ce qui, pour autant, ne l’empêchera pas d’être violent, lui aussi. À travers ses personnages, Robert Merle tente de comprendre les raisons de la guerre et de son inutilité, tout en en soulignant l’absurdité.

Dans Week-end à Zuydcoote, Robert Merle dénonce aussi le manque d’organisation, le manque d’anticipation des autorités politiques et militaires, risquant de mener à la mort et à l’emprisonnement tant d’hommes qui sont censés n’être qu’au début de la lutte… Un ouvrage qui résonne encore dans les temps troublés que nous vivons !

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