Au risque de… Alexandre Soljenitsyne

Un homme est heureux tant qu’il décide de l’être, et nul ne peut l’en empêcher. (Alexandre Soljenitsyne)

Alexandre Soljenitsyne. Écrivain, nouvelliste, auteur de théâtre et de cinéma, philosophe, poète, essayiste et mémorialiste russe, né en 1918. Prix Nobel de Littérature aussi, en 1970. Est-il besoin véritablement nécessaire de rappeler tout cela ? Ce monument de la littérature a été emprisonné, empêché d’écrire, exilé. Voici quelques éléments de son histoire.

Soljenitsyne est né dans une Russie devenue URSS, Union des républiques socialistes soviétiques, ne connaissant que ce système dans ses premières années, il finira par adhérer à cette idéologie, malgré son éducation religieuse orthodoxe. À neuf ans, il lit Guerre et Paix… C’est le temps de ses premières bafouilles littéraires car le jeune Alexandre aime, par-dessus tout, la littérature.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il défendra son pays. Dans le courrier qu’il échange avec son ami d’enfance, Koka, il critique Staline, à mots couverts… Pourtant, le capitaine Soljenitsyne sera condamné à huit ans de camp de travail et de redressement, le goulag. Interdit d’écriture, il composera mentalement un grand poème qu’il ne couchera sur le papier qu’en 1959, La Route.

Après le goulag, Soljenitsyne est envoyé en "relégation à perpétuité" dans un village du Kazakhstan. Il y sera instituteur, pouvant enfin se remettre à écrire, mais clandestinement… Il renouera avec la foi orthodoxe à la suite d’un problème de santé, un cancer mal soigné qui resurgira et l’enverra au pavillon des cancéreux de l’hôpital de Tachkent où il guérira.

Libéré en 1956, il rentre à Moscou où il trouve un poste d’enseignant. L’année suivante, il est réhabilité par la Cour suprême d’URSS. Enfin totalement libre d’écrire, Une journée d’Ivan Denissovitch paraît dans la revue Novy Mir en 1962, avec l’autorisation de Nikita Kroutchev. À travers le personnage de Choukhov, matricule CH-854, il y décrit la vie dans un camp de travail. Cette première œuvre littéraire à dénoncer les crimes du stalinisme ouvre les portes de la renommée à l’auteur… qui est même reçu au Kremlin !

Il devient membre de l’Union des écrivains et abandonne définitivement l’enseignement. Soljenitsyne entame la rédaction de la cinquième version du Premier Cercle, un ouvrage inspiré de sa détention à la "prison spéciale n° 16" à Moscou, commencé en 1954. Il réalise aussi des premières recherches pour ses prochains livres.

En 1965, les archives qu’il a déposées chez des amis sont saisies par le KGB, Soljenitsyne, se cache et entreprend l’écriture de L’Archipel du Goulag et du Pavillon des cancéreux. Puis, ce seront ses Mémoires, intitulées Le Chêne et le Veau, ainsi que La Roue rouge, une fresque historique de 6600 pages autour de la révolution russe.

Avec l’accession au pouvoir de Leonid Brejnev, l’écrivain éprouve des difficultés à éditer ses ouvrages en URSS. En 1967, dans une lettre envoyée au Congrès des écrivains soviétiques, il exige que disparaisse toute censure à propos de la production artistique… Le 4 novembre 1969, Soljenitsyne est exclu de l’Union des écrivains ! Son ami, Mstislav Rostropovitch le cache chez lui et, en 1971, il échappe de peu à un assassinat par un "parapluie bulgare", une méthode pour injecter du poison à l’aide d’un parapluie !

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Aux yeux des autorités soviétiques, Soljenitsyne est un dissident, il est surveillé par le KGB. Des ouvrages tels Le Premier Cercle, Le Pavillon des cancéreux ou le premier tome de La Roue rouge sont édités en Occident et lui valent le prix Nobel de Littérature en 1970, pour la "force éthique avec laquelle il a poursuivi les traditions indispensables de la littérature russe".
 

Ensuite, un exemplaire du manuscrit de L’Archipel du Goulag est saisi par le KGB, mais une copie sort d’URSS, permettant d’éditer l’ouvrage en russe et en français, à Paris, fin 1973. À partir de son témoignage et de ceux de nombreux prisonniers, Soljenitsyne décrit l’univers concentrationnaire soviétique et le totalitarisme du régime. Impossible dorénavant pour les "négationnistes du Goulag" de contester les faits.

Traité de pro nazi par certains Occidentaux, victime d’une campagne d’intimidation à Moscou, l’auteur répond par une interview dans le Times. Le 12 février 1974, il est arrêté pour haute trahison, un crime passible de la peine de mort. Le lendemain, il est déchu de sa citoyenneté soviétique et expulsé vers Francfort.

Exilé en Occident, Soljenitsyne deviendra une figure de proue de la dissidence russe… et pourra aussi enfin recevoir son prix Nobel, quelques années en retard ! Mais à travers ses diverses interventions médiatiques, le monde occidental découvrira un chrétien orthodoxe, slavophile, critique vis-à-vis du matérialisme occidental. Il sera traité de réactionnaire et, une nouvelle fois, affrontera une campagne de diffamation.

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Soljenitsyne recevant le Nobel de littérature 1970… en 1974 © Getty Image

Avec la Glasnost (politique de liberté d’expression) de Gorbatchev, l’écrivain recouvre sa citoyenneté soviétique. L’Archipel du Goulag est publié en URSS en 1989. L’année suivante, il signe un essai, Comment réaménager notre Russie, où il expose ses positions politiques. Il ne rentre toutefois en Russie qu’en 1994. Il y sera très actif, voyageant à travers le pays, rencontrant des anciens déportés, animant même une émission de télévision avant de tomber malade.

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Evidemment, l’auteur s’est rapidement rendu compte que le pouvoir russe avait simplement changé d’idéologie : du communisme, il était passé au nationalisme. Le 3 août 2008, Alexandre Soljenitsyne meurt à son domicile, ses funérailles seront retransmises à la télévision russe et le grand auteur dissident, sera inhumé en présence du président Medvedev. Aujourd’hui, la lecture de L’Archipel du Goulag fait partie du cursus des lycéens russes.

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