Amour, paternité et violence au programme de ces livres

Nous ouvrons le troisième chapitre de Sous Couverture en compagnie de Claire Castillon et Nicolas Crousse. Au menu du jour : du violon, Churchill et le JaponEntre autres !

Claire Castillon pour “Son empire”, éd. Gallimard, 2021

Dans "Son Empire", une femme rencontre un homme qui prétend l’aimer. Mais il va s’avérer jaloux, menteur, obsessionnel, voleur et paranoïaque ! Pourtant, elle est subjuguée par lui.

Un roman inquiétant, voire glaçant, dans lequel Claire Castillon raconte la fascination d’une femme pour un homme pervers et manipulateur, et ce via le regard d’une fillette qui assiste impuissante à l’effondrement de sa mère.

De roman en roman, l’écrivaine s’attache à décrire, d’une plume féroce, l’emprise psychologique des hommes sur les femmes.

Après des études de lettres, Claire Castillon fait son entrée en littérature en 2000. Elle a publié son premier roman, Le Grenier, à vingt-cinq ans. Très vite, un lectorat fidèle et une reconnaissance critique ont entouré son travail. Elle a publié 11 autres romans et six recueils de nouvelles, dont Insecte qui a marqué le début d’une carrière internationale. Son œuvre est à présent traduite en de nombreuses langues.

Nicolas Crousse pour “Retour en pays natal”, éd. Le Castor Astral, 2021

Le journaliste Nicolas Crousse publie une réflexion sur la paternité et le rôle des pères dans notre société…

Nicolas Crousse assemble ici les pièces éparpillées du puzzle de son enfance. Au fil des pages, il convoque ses souvenirs d’enfant rêveur et solitaire, hypnotisé par les œuvres de Marc Chagall, et s’interroge sur ses relations familiales. Notamment celle qu’il entretient avec son père, poète égaré, voyageur, souvent absent.

“BOOKBOX” de Lucile Poulain “Revenir à toi” de Léonor De Récondo – éd. Grasset, 2021

Mais aussi "Antigone de Anouilh" et "Sido" de Colette

On commence en musique :

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’être ébloui par un ou une artiste qui excelle dans deux disciplines, c’est pourtant bien le cas de Léonor de Récondo : violoniste et romancière.

Cette année elle dévoile son 9e livre : "Revenir à toi". Revenir à qui ? À sa Môman bien évidemment. Léonor de Récondo nous raconte l’histoire d’une comédienne adulée, d’une beauté époustouflante qui ne s’en rend pas compte et c’est tant mieux : Magdalena.

Elle a tout pour être heureuse sauf que, voilà ce qui la ronge depuis plus de trente ans : sa mère a disparu dans la nature alors qu’elle était encore adolescente. Le livre commence par un coup de fil de son agent, on a retrouvé sa mère dans le sud de la France, Apollonia a été débusquée. Ni une ni deux, Magdalena prend le premier train, la voilà en route vers ses racines, et peut-être son destin.

Et devinez qu’elle est l’œuvre préférée de notre héroïne dans ce livre, pour rappel, comédienne de théâtre ? C’est "Antigone", mais pas la version de Sophocle, celle de Jean Anouilh.

Après Sophocle, Jean Anouilh reprend le mythe d’Antigone. Fille d’Oedipe et de Jocaste, la jeune Antigone est en révolte contre la loi humaine qui interdit d’enterrer le corps de son frère Polynice. Présentée sous l’Occupation, en 1944, l’Antigone d’Anouilh met en scène l’absolu d’un personnage en révolte face au pouvoir, à l’injustice et à la médiocrité.

Et si la relation mère fille vous intéresse et que vous avez envie – peut-être – de vous plonger dans un paradis cotonneux gorgé de miel, jalonné de merveilles de la nature, "Sido" de Colette paru en 1930 est sans aucun doute le remède qu’il vous faut.

"Sido" pour Sidonie évidemment ! Colette revit de manière presque ésotérique les souvenirs magiques avec sa mère, à cette période de l’enfance où tout semble se jouer, où l’hérédité crée l’identité… C’est beau, c’est vivant, c’est puissant, la mère devient cette figure mythique, connectée à la terre, à l’eau, aux animaux…

La chronique de Gorian Delpâture, “Vent blanc, noir cavalier” de Luke Rhinehart, éd Aux Forges de Vulcain, 2021

Amis du Japon et du film les " Sept samouraïs ", ce roman traduit pour la 1re fois en français devrait vous séduire.

C’est un roman américain de 1975. Nous sommes donc au Japon, fin XVIIIe, en pleine nuit et en pleine tempête de neige. Obboko, un jeune moine poète de 24 ans se réfugie dans un temple à l’abandon. Il n’est pas seul. Un autre moine poète alcoolique, Izzy, s’y est déjà réfugié. Mais surtout arrive un peu plus tard une magnifique jeune femme à la peau pâle et aux longs cheveux noirs, Matari.

C’est la femme du seigneur Arishi qui a pris la fuite. Son époux est à sa recherche pour l’assassiner car elle aurait bafoué son honneur. Les deux moines poètes vont tenter de la protéger des samouraïs lancés à ses trousses par le seigneur Arishi. C’est un roman court formidable, à mi-chemin entre la romance et le film de Kurosawa " Les sept samouraïs ", à mi-chemin entre le huis clos dans un temple et des poursuites dans les montagnes.

La chronique de Michel “La Fosse aux âmes” de Christophe Molmy, éd. La Martinière, 2021

Fabrice veut quitter Juliette, mais il est trop lâche

C’est donc en traînant les pieds et en “se promettant de tout lui annoncer après” qu’il la rejoint au cinéma. En cours de séance, des rafales… Juliette est abattue dans ses bras. Dès lors, il devient pour tous le survivant qui porte la mémoire de la défunte. Comment supporter un tel fardeau et se reconstruire ?

La chronique de Lucile Poulain, "Ces enfants-là" de Virginie Jortay, éd. Les Impressions Nouvelles, 2021

Vous êtes sur le point de faire un vrai voyage dans le temps, plus précisément au cœur des années 70 en Belgique, dans une famille dite "moderne"…

Le père est animateur radio, il épate la galerie, organise des soirées fabuleuses, la mère est un très beau brin de fille, une survivante de la Shoah comme elle dit, ils adorent l’opulence américaine, voyager en Asie, acquérir toujours plus de nouveaux gadgets, et puis il y a leur petite fille, qui peine à se frayer une identité dans le bruit assourdissant que font ses parents : ils prennent toute la place et elle doit leur servir de faire-valoir.
Oui mais voilà, on est en plein essor de la libération des mœurs et donc de la libération sexuelle.

Ces parents assez toxiques trouvent ça vraiment super chic de photographier leur progéniture sous toutes les coutures, de voir un gynéco à l’âge de sept ans, de prendre la pilule à treize etc. Et surtout cette génération de jeunes parents libérés selon leurs propres mots, passent tous leurs week-ends sans exception avec une bande d’amis qui mangent nus, font la sieste tous ensemble, commentent les changements physiques des enfants des uns et des autres, passent leur temps à faire des blagues extrêmement déplacées devant les gamins…

Bref vous l’aurez compris, on nage en eaux troubles avec ces intrusions à répétition, il y a quelque chose de dangereux qui se cache dans l’insouciance générale, un équilibre fragile entre ce qui est acceptable, ce qui est devenu de la pudibonderie, de la bondieuserie…

La chronique d’Odile, "Pleines de grâce" de Gabriela Cabezon Camara, éd. 10/18, 2021

Bienvenue à El Poso, royaume de la jeunesse éternelle…

Personne n’y meurt de vieillesse. Seulement de maladies guérissables ou de tirs inutiles. Et au milieu de tout ça : Cleopatra, véritable Jeanne d’Arc des bidonvilles. Qüity, journaliste argentine, tient l’histoire du siècle. Une travestie qui raccroche le manteau de la prostitution à l’apparition de la Vierge, il faut dire que ce n’est pas très commun.

Qüity débarque donc à El Poso, flanquée de son photographe Daniel, persuadé de capturer les âmes avec son appareil photo KirlianPourtant rien ne l’avait vraiment préparée à ce qui allait lui tomber dessus. Qüity se retrouve hypnotisée par son sujet de reportage. Cleopatra veut transformer son bidonville en une communauté autonome, y faire construire des bassins à carpes et prier la Sainte Marie. En somme, faire de cet enfer sur terre un endroit plus agréable. Et ses fidèles sont peu ordinaires : des putes, des trafiquants, des voleurs, des gamins paumés.

La chronique surprise : Sophie Brems, avec “L’Islam expliqué aux enfants”, de Tahar Ben Jelloun, éd. Actes Sud, 2002

Dans ce livre Tahar Ben Jelloun parle à la première personne afin d’expliquer l’Islam aux enfants et à leurs parents…

Je raconte ici l’islam et la civilisation arabe à mes enfants nés musulmans, à tous les enfants quels que soient leur pays, leur origine, leur religion, leur langue et aussi leurs espérances. Ceci n’est surtout pas un prêche, ni un plaidoyer. Je ne cherche pas à convaincre, je raconte le plus objectivement et le plus simplement l’histoire d’un homme devenu prophète, l’histoire aussi d’une religion et d’une civilisation qui a tant apporté à l’humanité.

J’explique aussi, dans cette nouvelle édition, comment cette religion, ses principes et ses valeurs ont été détournés et mis au service d’une idéologie fanatique. Plus que jamais l’enseignement de l’islam et des autres religions monothéistes doit être étendu et approfondi.

Je suis enfin tenté de dire que l’islam est ici expliqué aux enfants ainsi qu’à leurs parents.

Le coup de cœur de Claude Aronis, Bleus d’encre à Uccle : " La Splendeur et l’Infamie", d’Erik Larson, éd. Le Cherche-Midi, 2021

10 mai 1940

Le jour où Churchill est nommé Premier ministre, Adolf Hitler envahit les Pays-Bas et la Belgique.

Au cours de l’année qui suit, l’Allemagne nazie mène contre l’Angleterre une campagne de bombardement d’une intensité inédite. Acculé, le " Vieux Lion " doit préserver à tout prix le moral de son peuple… et convaincre le président Roosevelt d’entraîner les États-Unis dans la guerre.
Si durant cette période la vie publique de Churchill est chaotique, sa vie privée ne l’est pas moins. Son épouse et lui doivent gérer leur fille qui se rebelle contre leur autorité, et leur fils, confronté à l’adultère de sa femme.

À partir de nombreux documents inédits (depuis les journaux intimes des principaux protagonistes jusqu’aux documents confidentiels récemment déclassifiés), Erik Larson redonne ses lettres de noblesse à la politique en nous faisant vivre une année exceptionnelle aux côtés de Churchill.

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