Alain Lallemand : « L’ennui je le reconnaitrais, c’était un ami d’adolescence »

Une poignée de jours avant l’annonce du confinement, Alain Lallemand dévoilait L’homme qui dépeuplait les collines, son nouveau roman. Entre Paris et le Sud Kivu, il imagine un leak monumental. Des millions de documents confidentiels viennent tout juste de fuiter. Tous mettent un coup de projecteur sur la corruption de l’Afrique. Du pain béni pour Mediapart qui saute sur le dossier et épluche chaque information. Une fiction, certes, mais sur fond de souvenirs de ce journaliste qui fût reporter de guerre et membre actif de l’International Consortium of Investigative Journalists.

Aussi, entre 2013 et 2018, il fût l’un des co-auteurs des enquêtes internationales et fracassantes du Panama Papers, Swiss Leaks, Paradise Papers, etc. Aujourd’hui, il continue d’écrire dans les colonnes du Soir, sur l’actualité et sur les romans, évidemment. Depuis sa maison de province, il nous accorde une interview spéciale confinement et nous offre quelques conseils lecture.

Lisez-vous beaucoup pendant cette période particulière de confinement ?

Alain Lallemand : "Je lis tout le temps beaucoup. Je tiens une chronique de poche pour Le Soir. Donc j’en lis au moins cinq toutes les semaines. Si je n’étais pas navetteur, je ne sais pas comment je ferais pour tout lire. Je prends aussi le temps de lire pour moi. Je viens de terminer d’anciens textes de Romain Gary intitulés Les racines du ciel, parus en 1956. Sur ma table de chevet, il y a également les correspondances d’Albert Camus et Maria Casares. 1300 pages d’amour."

Découvrir un extrait de "Les racines du ciel"

Vous avez été correspondant dans beaucoup de pays, quel conseil lecture donneriez-vous à celles et ceux qui ont besoin de s’évader ?

A.L. : "Citadelle d’Antoine de Saint-Exupéry, sorte de Petit Prince pour les adultes. L’histoire se passe dans un désert qu’on imagine être celui du Maghreb connaissant le parcours de l’auteur. L’abstraction est complète, il n’y a pas de mur et le lecteur est constamment plongé dans de grands espaces. On réfléchit à ce qu’est la société, le lien aux autres. Par contre, je déconseille Oxymort de Franck Bouysse. C’est un très bon écrivain, mais il raconte l’histoire d’un homme enfermé dans une pièce sombre…"

Comment gérez-vous cette période en tant qu’auteur ?

A.L. : "J’écris. La première semaine, je ne l’ai pas bien gérée du tout parce que je venais de sortir un bouquin. Un livre qui est un peu mort des suites du confinement, il faut l’encaisser. Mais il y a un autre livre à écrire. Mes personnages étaient prêts, le scénario aussi. Il n’y avait plus qu’à. Une fois que vous commencez à pianoter, vous commencez une nouvelle histoire et c’est parti."

Votre dernier roman n’a pas pu bénéficier de la promotion qu’il méritait à cause du confinement. Comment avez-vous vécu cette situation ?

A.L. : "Quand le livre est terminé, il ne m’appartient plus. Je ne dois jamais regretter que sa commercialisation soit une catastrophe. Je pense aux éditeurs qui sont, eux, complètement dépités. Leur travail est tout à fait à l’arrêt sans aucune perspective de reprise pour le moment. Il y aura un avant et un après coronavirus."

Découvrir un extrait de "L'homme qui dépeuplait les collines"

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© Bruno d’Alimonte

Le confinement vous inspire-t-il des histoires, des idées pour de futurs romans ?

A.L : "Surtout pas. Olivier Nora, le patron des éditions Grasset, a dit qu’il espérait que les auteurs ne viendront pas avec des histoires de coronavirus à la fin du confinement. C’est exactement le genre d’histoires que je vais m’empresser d’oublier. Par ailleurs, je pense que les conséquences de la crise sanitaire seront intéressantes à analyser par rapport à ce qu’il se passe dans d’autres pays en guerre. La littérature permet ce que ne permet pas la presse : transmettre une certaine dose émotionnelle liée à des événements graves. Il est compliqué de faire comprendre que le drame qui se produit reste gérable contrairement aux atrocités qui se déroulent dans d’autres états depuis 20 ou 30 ans. La pandémie n’est pas une catastrophe absolue. Je déteste l’idée que nous sommes en guerre. Nous n’affrontons pas d’autres humains. Ceci n’est pas une guerre."

Vous ennuyez-vous pendant ce confinement ?

A.L : "Pas du tout. Je trouve que les journées passent très vite. J’ai beaucoup de choses et trop peu de temps. Il y a le temps de la lecture, de la prise de notes, de l’écriture, des obligations liées à mon travail, de l’activité physique. Très sincèrement, l’ennui je le reconnaitrais. C’était un ami d’adolescence que je n’ai pas vu depuis. J’ai un souvenir précis et très négatif de ce qu’est l’ennui."

Pouvez-vous nous donner un avant-goût de votre futur roman ?

A.L : "Il s’agira d’une histoire d’amour et d’aventures à 2000 kilomètres au sud de l’Asie Centrale. C’est un roman qui parlera de notre contact à l’autre. Face à quelqu’un d’agressif nous projetons des peurs et il nous arrive de nous tromper. Une agression a lieu, trois groupes y sont confrontés, chacun à son interprétation sur ce qu’il se passe, tous ont tort."

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