Aimé Césaire, écrivain et politicien

Tu es toi et je suis moi. Accepte-moi tel que je suis. Ne cherche pas à dénaturer mon identité et ma civilisation.

Aimé Césaire

 

C’est le 26 juin 1913 qu’Aimé Césaire voit le jour en Martinique, "l’île aux fleurs", où son père était administrateur d’une plantation à Basse-Pointe et sa mère, couturière. Il est le petit-fils du premier instituteur noir de Martinique, Fernand Césaire…. Un signe ? Après avoir fréquenté l’école primaire de Basse-Pointe et le lycée Schœlcher à Fort-de-France, le jeune homme débarque à Paris en 1931. Il y entre au lycée Louis-le-Grand pour y faire ses classes d’hypokhâgne, c’est là qu’il rencontre Léopold Sédar Senghor, le début d’une longue amitié ; avec un autre ami, Léon-Gontran Damas, ils seront les principaux représentants du mouvement littéraire dit "de la Négritude".

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Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire © Tous droits réservés
Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas © Tous droits réservés

Si Aimé Césaire fut écrivain, poète, dramaturge et essayiste, il fut aussi homme politique. Dès 1935, il adhère aux Jeunesses communistes. Dix ans plus tard, il entre au Parti Communiste Français (PCF) pour "travailler à la construction d'un système fondé sur le droit à la dignité de tous les hommes sans distinction d'origine, de religion et de couleur". Il sera député de la Martinique de 1945 à 1993, occupera le fauteuil de maire de Fort-de-France de 1945 à 2001 et sera, entretemps, Président du conseil régional de la Martinique pendant quelques années et Conseiller général de Fort-de-France à deux reprises.

En 1956, "plongé dans un abîme de stupeur, de douleur et de honte" à la suite de la parution du Rapport Khrouchtchev, révélant les crimes commis sous Staline, il démissionne du Parti communiste. Deux ans plus tard, il crée le Parti progressiste martiniquais (PPM) à travers lequel il va revendiquer l’autonomie de la Martinique. Il est vrai que Césaire est farouchement anticolonialiste. C’est lui qui proposera la Loi de Départementalisation adoptée en 1946, détachant de l’Empire colonial français les "quatre vieilles colonies" d’Ancien Régime que sont la Guadeloupe, la Martinique, La Réunion et la Guyane, pour en faire des départements français à part entière.

Pendant ses études à Paris dans les années 30, Aimé Césaire fréquente le salon littéraire de Paulette Nardal, la première femme noire à étudier à La Sorbonne, qui sera l’une des inspiratrices du courant de la Négritude. En même temps, il découvre le mouvement de la Renaissance de Harlem, marquant le renouveau de la culture afro-américaine mais déjà en passe de disparition à l’époque. Avec son ami guyanais Léon- Gontran Damas, il découvre peu à peu sa part d’identité africaine largement mise entre parenthèse dans les sociétés coloniales de Martinique et de Guyane.

En 1934, tous deux s’allient avec Seghor et Birago Diop, leurs amis sénégalais, pour fonder L’Etudiant noir, un journal où apparaîtra pour la première fois le terme de Négritude, créé par Césaire. Le terme désignera toutes les caractéristiques et valeurs culturelles qui sont propres et appartiennent aux peuples de race noire. À vocation universelle, le concept entendait aussi dénoncer le colonialisme, symbole d’une domination occidentale et constituera un mouvement de libération culturelle et politique de l’homme noir. 

Principalement véhiculé par les écrivains, non sans arrière-plan politique, le courant de la Négritude rassemblera des Noirs de tous les continents mais aussi des intellectuels français, tel Jean-Paul Sartre qui en dira qu’elle est "la négation de la négation de l'homme noir". Loin d’être une vision partisane et raciale, la Négritude fut un courant humaniste concret, destiné à tous les opprimés de la planète, Aimé Césaire dira d’ailleurs : "Je suis de la race de ceux qu’on opprime". Il considère que "Ce n'est pas nous qui avons inventé la négritude, elle a été inventée par tous ces écrivains de la Negro Renaissance que nous lisions en France dans les années 1930".

Pour lui, "ce mot désigne en premier lieu le rejet. Le rejet de l'assimilation culturelle ; le rejet d'une certaine image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation. Le culturel prime sur le politique." Pour Léopold Sédar Senghor "La négritude est un fait, une culture. C'est l'ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d'Afrique et des minorités noires d'Amérique, d'Asie, d'Europe et d'Océanie."

On l’aura compris, la définition du courant de la Négritude ne mettra pas tous ses auteurs sur la même longueur d’onde, elle sera individuelle et plurielle. L’humaniste et chrétien Léopold Sédar Senghor y recherchera les traits d’union entre la France et l'Afrique ; pour ce proche des socialistes que fut Léon-Gontran Damas, ce sera une tentative de moderniser les structures politiques et économiques de son île d’origine, la Guyane. Quant au communiste – puis apparenté socialiste - Aimé Césaire, la Négritude constituera l’un des fers de lance de sa perpétuelle révolte.

Aimé Césaire évoquera la Négritude dans son Cahier d’un retour au pays natal, publié pour la première fois en 1939, puis en 1947 :

"Ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité
ruée contre la clameur du jour
ma négritude n'est pas une taie d'eau morte ruée contre la clameur du jour
ma négritude n'est pas une taie d'eau morte
sur l’œil mort de la terre
ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale
elle plonge dans la chair rouge du sol
elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l'accablement opaque de sa droite patience."

Concept d’une époque, en 1966, l’auteur expliquera que le terme de Négritude risquerait de devenir une "notion de divisions" s’il n’est pas replacé dans son contexte historique des années qui l’a vu naître. Aimé Césaire est décédé le 17 avril 2008 et a été inhumé au Panthéon le 10 mai suivant.

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