À nos chers disparus : George Sand et Georges Feydeau

Ces deux "George(s)" sont nés à Paris. Pour Feydeau, le 8 décembre 1862, pour Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, état civil officiel de George Sand, c’était un bon demi-siècle plus tôt, le 1er juillet 1804.

Ces deux grands auteurs ne se sont donc pas connus car, George Sand disparaissait voici 145 ans, le 8 juin 1876, tandis que Feydeau n’avait que 58 ans lors de son décès le 5 juin 1921, voici exactement un siècle. Ces dates sont les seuls éléments qui permettent de les associer, bien qu’ils aient quelques points communs : le succès, l’adultère, voire l’homosexualité.

Ayant très tôt perdu son père, c’est au château de Nohant que la future George Sand passe son enfance, auprès de sa grand-mère paternelle, Marie-Aurore Dupin, née de Saxe. L’enfant est donc l’arrière-petite-fille de Maurice de Saxe, qui, sous Louis XV, fut l’un des héros de la bataille de Fontenoy… Mais, fi de l’Histoire, George fera scandale par ses tenues masculines et sa vie amoureuse, reflets de sa recherche de liberté absolue et d’un féminisme assumé. Elle sera aussi la première femme à vivre de ses écrits.

C’est en 1822 qu’elle épouse le baron François, dit Casimir, Dudevant, à qui elle donne un fils l’année suivante, Maurice. Son premier roman paraît en 1831, Rose et Blanche, ou la Comédienne et la religieuse est signé J. Sand : J, pour Jules, Sand extrait de Sandeau, l’amant d’Amantine qui en est le coauteur !

Quelques écrits porteront la signature d’Aurore Dudevant, mais la première grande œuvre signée George Sand, c’est Indiana, en 1832, l’un de ses nombreux romans féministes. Exit donc Jules Sandeau, George va voguer vers d’autres relations amoureuses et écrire, écrire encore, durant près de 50 ans, elle produira plus d’une centaine d’ouvrages : romans, contes, nouvelles, théâtre, articles critiques et politiques, textes autobiographiques. Collaboratrice à la "Revue des Deux-Mondes", sa correspondance sera d’une richesse inouïe.

Rapidement reconnue pour son talent, par Sainte-Beuve et Châteaubriand, entre autres, c’est en 1833 que paraît Lélia, roman féministe, lyrique, symbolique et philosophique qui fera scandale !

Les années qui précèdent la Révolution de 1848 seront celles des romans champêtres où l’auteure rend vie à la tradition pastorale : La Mare au diable (1846) est un roman social et initiatique ayant pour cadre la campagne du Berry ; François le Champi (1848) raconte la vie d’un enfant abandonné dans les champs, un peu simple, tandis que La Petite Fadette (1849) tourne autour d’une jeune paysanne que l’on pense être une sorcière.

Pour la femme et auteure qu’est Sand, intéressée par les pensées démocratiques et socialistes, 1848 sera l’occasion de marquer son engagement : la châtelaine impose la république à proximité de Nohant ; elle participe au lancement de plusieurs journaux… Elle plaide même la cause de plusieurs condamnés, dont Victor Hugo, auprès du futur Napoléon III. Déçue par la tournure des événements, elle rentre chez elle et retrouve ses romans champêtres.

Commencé en 1847, Histoire de ma vie est publié en 1855. Ce récit autobiographie, sous forme de recueil épistolaire, constitue un véritable document car, parallèlement à l’histoire d’une famille – Sand évoque la vie à Nohant, sa passion pour les oiseaux, parle de Paris… -, il est aussi le reflet de l’Histoire, traversant la Révolution de 1789, le Premier Empire… Dans Histoire de ma vie, George Sand évoque la société de son temps, la religion et la condition féminine si chère à son cœur.

De cœur il est évidemment question à l’évocation de ses nombreux amants, platoniques ou non. C’est probablement de ses amours avec Stéphane Ajasson de Grandsagne que naîtra sa fille, Solange. George sera follement éprise de l’actrice Marie Dorval, soulevant les rumeurs de lesbianisme autour d’elles. Il y aura aussi Prosper Mérimée : un fiasco ! Elle et lui (1859) sera le résultat de sa relation avec Alfred de Musset, qui en tirera Confession d’un enfant du siècle (1836). Et puis, il y aura le long épisode Frédéric Chopin, son "cher malade", son "petit souffreteux" et "mon cher cadavre"​​​​​​​

Produisant deux ou trois romans par an, Sand n’aura pas le temps d’achever Albine Fiori, publié en l’état en 1881. Elle meurt dans son cher Nohant. À l’occasion de ses obsèques, Victor Hugo écrira "Je pleure une morte et je salue une immortelle". George Sand avait 71 ans.

Georges Feydeau, c’est un autre style ! Tailleur pour dame, Monsieur chasse !, Le Système Ribadier, Un fil à la patte, L’Hôtel du libre-échange, Le Dindon, La Dame de chez Maxim, La Puce à l’oreille, Feu la mère de Madame, On purge bébé… Quelques titres parmi les plus célèbres pièces de théâtre dues au talent du fils de l’écrivain Ernest Feydeau.

Selon sa mère, Léocadie Boguslawa Zalewska, Georges serait le fils de Napoléon III. D’autres sources citent plutôt le duc de Morny, demi-frère dudit Empereur. Feydeau ne démentira pas ! Très tôt, il s’intéressera au théâtre, plutôt qu’à ses études. Ses essais d’acteur étant décevants, il se tourne vers l’écriture. Il n’a que 19 ans quand sa première pièce, Par la fenêtre, est créée. Georges sera encouragé par Eugène Labiche pour écrire des dramatiques… ou plutôt, des vaudevilles !

Il épousera Marie-Anne la fille du peintre Carolus-Duran, chez qui il prendra des leçons, produisant avec plaisir des tableaux expressionnistes. Évidemment, Georges trompera son épouse, avec des femmes… mais aussi probablement avec des hommes ! Après le succès de Tailleur pour dames, en 1886, ses autres pièces reçoivent un accueil mitigé, alors, pour favoriser son inspiration, Feydeau se plonge dans la cocaïne. Monsieur chasse !, en 1892, renoue avec le triomphe.

En 1909, le couple se sépare. Pour une dizaine d’années, Georges prend ses quartiers au Grand Hôtel Terminus, rue de Londres. Il tapisse les murs de sa chambre d’œuvres d’artistes à la mode, tels Van Gogh et Utrillo. À l’hôtel, Georges s’intéresse aussi aux grooms… qui apparaissent dès lors dans ses pièces !

Le couple fini par divorcer en 1916, mais la séparation avait déjà entraîné une évolution chez Feydeau : du vaudeville dont il était le roi, il se dirigera vers la comédie de mœurs. Parmi les chefs-d’œuvre du genre, On purge bébé et Mais n’te promène donc pas toute nue, ridiculisent le milieu bourgeois dont il est pourtant issu.

Ayant contracté la syphilis auprès d’une jeune travestie, il entre en clinique à Rueil-Malmaison. Soigné pendant deux ans, il souffrira aussi de surmenage, de mégalomanie, de délire et de paranoïa. C’est là que Georges Feydeau s’éteindra, laissant une œuvre immortelle qui fait encore rire aux éclats les spectateurs du XXIe siècle.

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