A la découverte de la Bibliothèque Nationale de la République tchèque

À Prague, les touristes qui, passant de la vieille ville au quartier de Malá Strana, de l’autre côté de la Moldeau, empruntent le célébrissime pont Charles et ses statues baroques. Mais combien se rendent-ils compte qu’à son entrée, ils croisent un imposant et important bâtiment ?

Construit sur deux hectares, le Clementinum est le deuxième plus important ensemble architectural de la capitale tchèque, après le château. Son nom lui vient du monastère dominicain et de son église Saint-Clément, fondé au XIe siècle sur le site. En 1556, l’établissement sera investi par les Jésuites qui, à partir de 1653, vont progressivement le transformer pour en faire l’un des plus grands collèges de l’Ordre.

Promu au rang d’université, l’établissement fusionnera, dès 1654, avec l’université Charles, qui, en 1901, accueillera un étudiant en droit du nom de Franz Kafka… À la suppression des Jésuites, en 1773, la faculté de philosophie et de théologie demeure dans ses murs tandis que la bibliothèque, à l’époque, la plus grande de la Compagnie de Jésus en Europe centrale, est déclarée "Bibliothèque universitaire et royale" par l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Quatre ans plus tard, elle sera accessible au public.

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En 1918, feu le nouvel état tchécoslovaque choisit d’établir la Bibliothèque nationale, aujourd’hui tchèque, au Clementinum. De 1924 à 1936, des travaux y sont entrepris afin de mettre les installations aux normes en vigueur à l’époque pour un tel établissement, tout en conservant les lieux intacts. Entretemps, l’université évacuera les bâtiments, au seul profit de la bibliothèque.

Depuis 1781, le vaste complexe abrite aussi la Bibliotheca Nationalis, ou Bibliothèque nationale, entièrement consacrée à la littérature tchèque et slovaque. L’année suivante, tous les imprimeurs de Prague se voient imposer l’obligation de déposer au Clemetinum, un exemplaire de tout ce qu’ils produisent. Un quart de siècle plus tard, ce dépôt légal s’étendra à toute la Bohême. C’est ainsi que les collections continuent de s’étoffer.

Il paraît qu’à leur arrivée à Prague, les Jésuites ne possédaient qu’un seul livre. Aujourd’hui, la bibliothèque compte six millions d’ouvrages qui se trouvent un peu à l’étroit et qui représentent tous les domaines du savoir, à travers de nombreuses langues européennes. La plupart des ouvrages trouvent place dans des salles au style affirmé, faisant du Clementinum l’une des bibliothèques les plus baroques du monde.

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Sa pièce maîtresse est le Codex Vyssegradensis, ou Codex de Vyšehrad, un manuscrit roman. L’ouvrage aurait été réalisé pour le couronnement du premier roi de Bohême, Vratislav II, le 15 juin 1085, d’où l’un de ses autres noms, Évangiles du couronnement du roi Vratislas.

Déclaré monument national de la République tchèque en 2005, cet évangéliaire compte 108 feuillets de parchemin dont 26 pleines pages enluminées. À ce jour, son auteur est appelé " Maître de l’Evangéliaire de Vyšehrad ", c’est dire qu’il demeure… anonyme ! Toutefois, diverses recherches situent l’origine de l’œuvre au sein du scriptorium de l’abbaye Saint-Emmeran, à Ratisbonne, en Allemagne, avec des détails d’enluminures inspirées des monastères de Reichenau et d’Echternach.

La renommée du manuscrit est due au fait que, parmi ses somptueuses miniatures, on retrouve certaines représentations inhabituelles dans l’iconographie de l’époque, telles la "Généalogie du Christ" ou la "Résurrection des Morts". Le roi Vratsilav II gardera le codex dans sa résidence, le château de Prague, portant alors le nom de la colline sur laquelle il est édifié, Vyšehrad. Ce n’est qu’en 1228 que l’évangéliare prend le chemin de la bibliothèque du chapitre de la cathédrale Saint-Guy. Sauvé des destructions calvinistes, l’œuvre est conservée au Clementinum depuis le milieu du XVIIIe siècle.

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codex-vysehrad © 2010-2018 Facsimile Finder
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Le Clementinum est l’une des plus belles et importantes bibliothèques historiques du monde. Si le public y est toujours admis, les lecteurs sont principalement des étudiants et des chercheurs qui viennent en compulser les ouvrages à la demande. Leur salle de lecture n’est autre que l’ancien réfectoire des Jésuites, avec ses stucs et ses fresques baroques.

Demeurées en l’état, les somptueuses salles abritant les ouvrages ne sont pas accessibles en visite libre. Toutefois, au-delà de l’importance des ouvrages conservés, les bibliothèques constituent un véritable musée, avec leurs boiseries, leurs décors peints ainsi que les nombreux globes terrestres et célestes qu’elles abritent. Des visites guidées sont donc organisées, en groupe ou individuelles !

Le Clementinum n’est pas qu’une bibliothèque, c’est une véritable forteresse, extérieurement austère, baroque à souhait à l’intérieur. Les bâtiments abritent d’autres éléments qui valent le détour. Ainsi, la tour astronomique que domine le complexe du haut de ses 68 m a été construite en 1722, elle abrite un observatoire astronomique depuis 1750 et une station météorologique depuis 1775, toujours en activité.

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À l’occasion d’une visite à la Bibliothèque nationale tchèque, vous pourrez aussi découvrir l’église du Saint-Sauveur et la cathédrale Saint-Clément ainsi que pas moins de treize cadrans solaires, disséminés sur les façades. Et si vous y assistez à un concert, vous ne pourrez qu’être émerveillé par la beauté de la chapelle des Glaces et ses deux orgues !

L’auteur argentin Jorge Luis Borge disait que "De tous les instruments de l’homme, le plus étonnant est, sans aucun doute, le livre", il a évoqué le Clementinum dans sa nouvelle Le miracle secret, repris dans le recueil Fictions.

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