A la découverte de la Bibliothèque de San Lazzaro degli Armeni

Direction Venise dans notre périple de découverte des bibliothèques du monde. Si vous séjournez dans la Sérénissime, une excursion est indispensable : l’île San Lazzaro, à 3 km de la place Saint-Marc et 150 mètres de la rive ouest du Lido !

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L’île San Lazzaro degli Armeni se signale par l’élégant clocher bulbeux du monastère et l’unique moyen d’y arriver, c’est la ligne 20 de Vaporetto, entre San Zaccaria et le Lido. Plusieurs fois agrandie au XIXe siècle, la superficie du domaine est passée de 7500 m2 à 3 hectares, entièrement occupés par le monastère catholique de Saint-Lazare des Arméniens, véritable centre névralgique de la mémoire arménienne et siège de la congrégation des pères Mekhitaristes fondée en 1700.

L’île est occupée depuis le début du IXe siècle. Elle tire son nom de sa transformation en lazaret, en 1182. La disparition presque totale de la lèpre à la fin du XVIe siècle entraînera son abandon, avant d’être réoccupée dès 1651, d’abord par des Dominicains puis des Jésuites. Dans les années 1680, Venise, alors en pleine guerre de Morée (Péloponnèse) avec les Turcs, décide de la transformation des lieux en fabrique d’armes !

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C’est en 1717 que la République vénitienne offre Saint-Lazare au moine bénédictin arménien Mechitar, né Petros Manuk (1676-1749). Avec dix-sept moines, il a dû fuir Modone – l’actuelle Methoni – dans le Péloponnèse alors vénitien et envahi par le général musulman et grand Vizir, Damad Ali Pacha. Les religieux restaureront l’église des XIIe et XIVe siècles et reconstruiront le monastère afin de s’adonner à leur vie de travail intellectuel et scientifique.

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Dès leur installation, le labeur des Mekhitaristes s’adresse à leurs compatriotes d’Arménie et, ensuite, à la diaspora. Dès 1789, ils développent une intense activité d’édition dans un but religieux et éducatif, traduisant des ouvrages scientifiques, littéraires et religieux en pas moins de trente-six langues et dix alphabets différents. Lorsque Napoléon décide de la suppression des monastères vénitiens en 1805, celui des Arméniens sera le seul à subsister, considéré comme une académie littéraire.

Certaines grandes réalisations de l’imprimerie de San Lazzaro jetteront les bases de l’émergence du nationalisme arménien. Œuvre maîtresse, le Dictionnaire de la langue arménienne est édité de 1749 à 1769, faisant de l’arménien la sixième langue à posséder un dictionnaire aussi complet ; il sera revu et complété en 1836-1937. Autre ouvrage d’importance, L’histoire arménienne du début du monde à 1784 du Mekhitariste Mikayel Chamchian (1738-1823) mettra six ans et trois volumes pour sortir de presse à partir de 1781.

Les moines accumulent les écrits arméniens en tous genres – sciences, arts, histoire, histoire naturelle, critique littéraire… -, thésaurisant un savoir, redécouvrant des œuvres oubliées, préservant un patrimoine grâce à leurs publications. Si l’imprimerie a cessé son activité en 1995, la tradition survit à travers la maison d’édition "Casa Editrice Armena".

Reflet de la besogne méticuleuse des Mekhitaristes, la bibliothèque de San Lazzaro prend véritablement son essor à partir de 1823. Aujourd’hui, elle abrite 150.000 ouvrages, dont 4500 manuscrits dont les plus anciens remontent au VIe siècle ; ainsi, c’est à Venise qu’un peu plus d’un dixième des manuscrits arméniens recensés dans le monde est conservé, un trésor de l’Humanité quand on sait que le manuscrit enluminé, profane ou religieux, fut l’une des grandes spécialités des arts et de la culture arménienne.

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La bibliothèque, ouverte à toutes et tous, renferme aussi les collections de 300 périodiques et de plus de 21.000 journaux et brochures en arméniens, le plus important ensemble du genre au monde. Après un grave incendie en 1975, la bibliothèque historique des Mekhitaristes a été restaurée. Faisant partie du circuit ouvert à la visite, elle a été construite du vivant du père Mechitar, en 1740, c’est au Vénitien Giambattista Tiepolo qu’ont été commandées les fresques de son plafond.

Le fond des manuscrits – qui renferme aussi des œuvres arabes, égyptiennes et même un papyrus indien relié avec un volet roulant – a reçu un nouvel écrin grâce au mécénat du marchand d’antiquité arménien Boghos Ispenian. Le nouvel édifice, inauguré en 1970, a été conçu par le fils du bienfaiteur, l’architecte Andon Ispenian, qui a imaginé une rotonde dont l’architecture se fond à celle du monastère.

Afin d’assurer une conservation optimale des manuscrits, ce véritable coffre-fort est doté d’un système de régulation de l’atmosphère. La forme de l’édifice induit une acoustique particulière : l’écho de la voix des personnes placées au centre de la salle leur revient, parfaitement compréhensible mais donnant l’impression qu’ils se trouvent dans un espace confiné, bien plus exigu.

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Au registre des trésors de la bibliothèque, la copie du Roman d’Alexandre est une traduction arménienne d’une version grecque du Ve siècle de la vie d’Alexandre le Grand, par le Pseudo-Callisthène. Autre pièce remarquable, un exemplaire des Évangiles de Gladzor (1307), un monastère du nord-est de l’Arménie, fondé au XIIIe siècle, qui fut un grand centre universitaire et un lieu de production de manuscrit. Voici une cinquantaine d’années, la collection s’est encore enrichie de trois cents manuscrits offerts par l’artiste arménien Harutiun Kurdian.

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Urbatagirk constitue l’une des pièces maîtresses de la collection. Il s’agit du tout premier livre arménien imprimé par Hakob Meghapart à Venise en 1512. Dans les imprimés plus récents, il faut encore citer deux exemplaires originaux de la Description de l’Egypte, de 1809.

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Lors de votre découverte de San Lazzaro degli Armeni, vous pourrez également admirer les différents musées : de l’imprimerie, celui consacré à l’histoire et aux arts arméniens, le musée oriental où plane encore l’âme de Lord Byron qui fréquenta les lieux pour y apprendre l’arménien ou encore les galeries de tableaux. Et peut-être en entendant résonner la tour de l’église, vous souviendrez-vous qu’un certain Joseph Staline y fut sonneur de cloches en 1907… Peut-être a-t-il eu la chance de voir le livre qui, selon la légende, est relié en peau humaine ?

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