À l’aube du déconfinement, les librairies indépendantes s’organisent

Dans les étroits rayons de sa librairie, Ariane Herman prépare la réouverture. "Toute la chaîne du livre se réveille en même temps. On doit gérer le réaménagement et faire en sorte de respecter toutes les mesures de sécurité. Il faut partir à la chasse au plexiglass et tout mettre en place pour pouvoir ouvrir le lundi 11 mai." Des bruits de chantier viennent ponctuer ses paroles. Ariane rigole. "On ne réaménage pas à ce point-là ! Ce sont les voisins qui font des travaux."

Depuis deux mois, les portes de la librairie Tulitu sont restées inlassablement closes. Hormis quelques commandes livrées chez de fidèles clients, Ariane a dû se résoudre à limiter son activité. "Si j’ai fait une vingtaine de livraisons à domicile c’est beaucoup. Cela prend quatre à cinq fois plus de temps." Mais elle n’ira pas jusqu’à dire qu’elle ne travaille plus car une librairie, ça s’entretient.

Un secteur qui a la vie dure

Nichée au cœur de la capitale, à quelques mètres de la place Sainte-Catherine, cette librairie indépendante est "un lieu dédié au livre québécois, LGBTQI et féministe". Sa co-fondatrice, Ariane Herman, n’est pas du genre pessimiste. Les librairies indépendantes ont la vie dure. Un constat qui remonte bien avant le début de la crise qui n’a, certes, rien arrangé. Mais Ariane préfère pointer le positif : "Le syndicat des librairies indépendantes fait un travail de fou depuis le début de la crise. Ils se sont démenés pour nous faire parvenir des informations concrètes et leur communication a été hyper efficace. J’ai vu une réelle solidarité entre les différentes librairies." Elle a aussi pu compter sur ses fervents lecteurs. Notamment via l’action Lire, c’est vivre qui permet d’acheter des bons d’achat à aller dépenser dès la réouverture des librairies. "Ça a eu un succès fou ! Au total, 150 bons ont été commandés et j’ai reçu plein de messages adorables."

Pas plus de deux clients en même temps, port du masque, lavage des mains obligatoire avant de toucher les livres : Ariane fera tout pour que les mesures soient correctement appliquées. D’ailleurs, le syndicat des librairies indépendantes a publié une série de recommandations afin qu’elles soient les mêmes partout. "Avec ou sans masque, avec ou sans gant, avec ou sans gel, les règles sont un peu différentes dans chaque magasin depuis le début de la crise. Là, toutes les librairies auront le même fonctionnement. Et on a aussi demandé à l’illustrateur Max de Radiguès de dessiner de chouettes pictogrammes, histoire qu’on ait pas trop l’impression d’être dans un hôpital", détaille-t-elle.

Libraire, pas policière

En attendant, elle passe des commandes pour les nouveautés de mai, juin, juillet et croise les doigts pour que les clients reviennent. "Il faut tout reprendre à zéro. Certaines sorties ont été annulées, d’autres reportées. Et il faudra attendre mi-mai pour passer commande à nos voisins français." Heureusement, elle a pu – comme tous les libraires – bénéficier des 4.000 euros alloués par la Région bruxelloise. "Pour le coup ils ont vraiment été efficaces. L’argent était sur mon compte en un rien de temps. J’ai été très étonnée !" Reste que les challenges seront encore nombreux pour l’industrie du livre et qui attend beaucoup du gouvernement.

À part peut-être d’une pénurie de masques, la co-fondatrice n’a peur de rien. Les retrouvailles avec sa clientèle prime. "J’ai choisi de devenir libraire pour avoir des contacts avec les gens. J’espère qu’ils seront tous responsables et qu’ils respecteront bien les mesures de distanciation sociale. Je ne veux pas avoir à jouer au gendarme."

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