1996 : Hold-up à Moscou

Le documentaire de Madeleine Leroyer, 1996 : Hold-up à Moscou est extraordinaire sous bien des aspects ! Qui était au courant des magouilles qui ont mené à la réélection de Boris Eltsine ? Si ce n’était si pathétique, on en rirait volontiers…

L’invitée d’Élodie de Sélys dans " Retour aux sources " était aux premières loges pour assister à ce méli-mélo-politico-électoraliste-russo-américain : la politologue Nina Bachkatov était alors correspondante à Moscou pour le quotidien " Le Soir " et divers journaux suisses et français.

Boris Eltsine, nouveau "Petit Père des peuples" ?

D’origines modestes, Boris Eltsine s’est élevé au plus haut rang. Adhérant au Parti communiste d’Union soviétique en 1961, il en devient fonctionnaire huit ans plus tard. C’est lui qui dirigera la démolition de la maison Ipatiev, à Iekaterinbourg, où la famille impériale avait été massacrée en 1918… Et il continuera à gravir les échelons de la nomenklatura…

Eltsine sera l’homme de la transition entre URSS et Fédération de Russie. En mars 1990, les députés soviétiques élisent Mikhaïl Gorbatchev Président d’URSS ; l’homme de la perestroïka et de la glasnost fera tout pour éviter que Boris Eltsine soit élu Président du Soviet suprême de la République Socialiste fédérative soviétique de Russie, représentant trois-quarts du territoire soviétique et plus de la moitié de sa population. Pourtant, ce sera chose faite fin mai.

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En juin 1991, c’est au suffrage universel direct qu’Eltsine est élu Président de la fédération de Russie, rassemblant 18 républiques et de nombreuses régions, toutes autonomes. Par cette prépondérance, il obligera Gorbatchev à s’aligner sur ses positions. Prenant officiellement ses fonctions en juillet, le mois suivant, alors qu’il est en vacances, le Président est victime d’une tentative de coup d’État ! Les putschistes veulent à tout prix empêcher la signature du traité d’Union, entraînant la disparition de l’URSS.

Le coup d’État échouera et le 23 août, Gorbatchev sera forcé par Eltsine de reconnaître que tous ses ministres, à l’exception d’un seul, soutenaient le putsch. Eltsine est dès lors totalement libre de placer ses hommes. Le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev démissionne, l’URSS éclate en une quinzaine d’États indépendants. Eltsine devient le Président de la Russie, une nation bien mal en point tant économiquement que politiquement.

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Le président Eltsine

À l’issue du premier mandat d’Eltsine, la vie sociale et le bien-être matériel des Russes sont en chute libre. Les magasins sont vides, les salaires ne sont plus payés, beaucoup de Russes se sentent humiliés car, pour vivre, ils doivent accepter n’importe quel emploi : entre 1991 et 1994, le taux de chômage est passé de 0,1 à 7,5%. L’époque est à la débrouillardise, la pauvreté atteint un degré ahurissant, tout ce qui peut être vendu pour récupérer quelques roubles est proposé directement sur les trottoirs.

Alors, face à cet état de déliquescence généralisée de la société russe, comment l’homme malade et détesté qu’est Boris Eltsine est-il parvenu à se faire réélire ?

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Tous les moyens sont bons…

Crédité d’à peine quelques pourcents d’intentions de vote au début de la campagne électorale, Eltsine recueillera à l’issue du second tour de l’élection, 53,8% des suffrages contre 40, 3% à Guennadi Ziouganov, candidat du premier parti du parlement depuis 1995, le parti communiste.

La réélection d’Eltsine, c’est l’histoire de l’ingérence de l’autre grande puissance : les États-Unis de Bill Clinton. C’est l’histoire du soutien des oligarques. C’est l’histoire du soutien sans faille de la famille Eltsine, particulièrement de sa fille Tatiana. C’est, en résumé, la grande peur générale de voir revenir les communistes au pouvoir !

Tatiana fut probablement la personne la plus influente de l’entourage direct d’Eltsine. À la suite des nombreux problèmes rencontrés durant la présidence, l’avenir du clan Eltsine pourrait se révéler bien incertain. Heureusement, Tatiana obtiendra de la part de Vladimir Poutine, l’immunité pour sa famille… ce qui explique que ce dernier, président du parlement lors de la démission d’Eltsine le 31 décembre 1999, assurera d’abord légitimement l’intérim présidentiel avant de remporter les élections avancées à mars 2000.

Sous la présidence d’Eltsine, l’oligarchie va connaître une ascension fulgurante en Russie… Entraînant une véritable mise à sac de l’économie russe que le Président a fait évoluer vers une économie de marché, à coup de privatisations. Bien des oligarques vont accéder à un pouvoir jusqu’alors inconnu en Russie. Le nom de Boris Berezovsky demeure dans les annales car il en fut l’un des plus influents, contribuant aussi à l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine avant d’être poursuivi pour fraude et évasion fiscale et de mourir en exil à Londres… L’estimation du soutien financier des oligarques russes dans la réélection d’Eltsine est estimée à plus d’un milliard de dollars…

Enfin, il y a l’ingérence américaine… Ou faut-il dire, la réelle amitié entre Eltsine et Clinton ? Celui-ci fera accorder à la Russie, un prêt de plus de dix milliards de dollars durant la campagne électorale. C’est sans compter sur l’envoi de conseillers américains qui redresseront la politique préélectorale de l’équipe Eltsine, enseignant à ses membres des techniques de propagande qui feront mouche ! Et puis, il ne faudrait pas sous-estimer l’influence européenne, avec des hommes comme le chancelier allemand Helmut Kohl ou Alain Jupé, alors Premier ministre du Président Chirac : ils n’hésiteront pas à encenser la politique de Boris !

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Finalement, Eltsine sera réélu, malgré de lourds soupçons de fraude. Le 9 août 1996, l’homme est tellement diminué que sa prestation de serment sera réduite à sa plus simple expression… Mais, n’est-il pas amusant de constater qu’une vingtaine d’années plus tard, les Américains se plaindront de l’ingérence supposée de la Russie dans l’élection d’un certain président Trump ?

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À lire :

  • Les nouveaux soviétiques de A à Z, par Nina Bachkatov et Wilson Andrew, éditions Calmann-Lévy, 1991
  • Poutine. L’homme que l’Occident aime haïr, par Nina Bachkatov, éditions Jourdan, 2018
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