« Sur le champ ! » : un documentaire sur les acteurs du changement de notre système alimentaire

En marge de l’industrie agroalimentaire qui n’a pas enrayé la faim dans le monde, de plus en plus d’acteurs de terrain, tant au Sud qu’au Nord, s’orientent vers un modèle alternatif : l’agriculture familiale durable. Ce film nous emmène à la rencontre de celles et ceux qui, aux quatre coins du monde, montrent le chemin vers cette alternative en faisant le choix de l’agroécologie. Le documentaire sera suivi d’un débat animé par Julie Morelle sur la question.

Un documentaire de Michaël Antoine, Nicolas Bier et Jean-Simon Gérard à voir en replay sur Auvio jusqu'au 1er mars 2021 !

Rencontre avec les réalisateurs

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Les réalisateurs Nicolas Bier et Michaël Antoine © Tous droits réservés

Il y a dans le titre de votre film une notion d’urgence. Comme un cri du cœur. Comment est née cette envie ?

En tant que journaliste d’investigation (Michaël) et monteur de documentaire (Nicolas), nous sommes généralement incités à nous intéresser aux sujets qui posent des questions de société. Notre système de production alimentaire actuel et nos choix pour les temps à venir remuent un très grand nombre de problématiques. L’enjeu de ce documentaire fut d’en synthétiser une approche systémique tout en gardant un visage humain, celui de l’agriculteur. Cela n’a pas été facile, nous ne sommes pas des experts mais écrire le propos, le scénario en découvrant la matière nous a permis de nous glisser dans la peau du futur spectateur et de vulgariser ces notions très complexes.

Ce mouvement est très puissant et grandit aux quatre coins du monde.

Votre film est résolument positif. Et en le voyant, on se dit que le changement est déjà en marche un peu partout dans le monde. C’est votre sentiment ?

Tout à fait. Bien que cela puisse paraître marginal si l’on considère uniquement la masse de produits alimentaires dans le monde, sous le prisme de la population agricole, c’est une tout autre histoire. Malgré les difficultés qu’ils rencontrent, une nouvelle génération de néo-agriculteurs et de volontaires émerge. Dans le film, nous suivons par exemple Cédric et Céline, un couple qui s’est lancé dans l’agriculture durable il y a 5 ans et qui vend ses produits directement à la ferme. Leur clientèle a augmenté de manière exponentielle au fil des années. Ils ont engagé du personnel. L’agriculture durable crée de l’emploi là où l’agriculture conventionnelle tend à remplacer la main d'œuvre par des machines. Ce mouvement est très puissant et grandit aux quatre coins du monde. Il suffit de comparer l’actualité d’il y a 5 ans et d’aujourd’hui. On n’a jamais autant parlé d’écologie, de circuit court et d’agriculture durable et des idées naissent dans la tête des gens. 

on a voulu mettre en avant un modèle alternatif qui résoudrait ce paradoxe de la faim, celui de la souveraineté alimentaire

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en allant à la rencontre de ces femmes et ces hommes de terrain ?

Les agriculteurs qu’on a rencontrés au Pérou et au Burkina Faso nous ont impressionné par leur engagement dans la transition agro-écologique. Malgré des conditions de vie difficiles, ils donnent la priorité à la qualité de leurs produits et s’inquiètent de l’état du monde. Ça a été pour nous une belle leçon de vie. En effet, faut-il encore rappeler que les agriculteurs issus de la petite paysannerie ont la vie dure. Sur plus de 800 millions de personnes qui meurent de faim dans le monde, la majorité sont des agriculteurs, ceux-là même qui produisent la nourriture. C’est ce qu’on appelle le paradoxe de la faim. Cet état de fait alarmant est même devenu l’incident déclencheur de notre film. On a d’ailleurs construit notre scénario à partir de ce constat du paradoxe de la faim et on a voulu mettre en avant un modèle alternatif qui résoudrait ce paradoxe, celui de la souveraineté alimentaire que nous vous proposons de découvrir dans le film. 

Vous avez fait ce film avant la crise du COVID-19. Mais vous avez le sentiment qu’il est plus que jamais d’actualité ?

Le covid-19 a ouvert les yeux de nombreux de nos concitoyens sur les limites de l’industrie agroalimentaire. Il a aussi prouvé que nous n'étions pas à l’abri d’une crise alimentaire et que face à une pénurie de nourriture provenant de l’étranger, il serait difficile de garantir la sécurité alimentaire dans notre pays. On en parle de plus en plus mais on parle encore peu de cette crise que traverse l’agriculture familiale et on oublie souvent que sans eux, nous courons un grand danger. Encore aujourd’hui, les agriculteurs issus de la petite paysannerie produisent 80 pour cent de la nourriture dans le monde !

Sur le champ ! : un film produit par SOS FAIM / AUTRE TERRE / ILES DE PAIX en coproduction avec la RTBF et Versus production

Le débat animé par Julie Morelle

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Julie Morelle © Tous droits réservés

Le modèle agro-alimentaire actuel a atteint ses limites. Son impact sur le climat et l'environnement est considérable et il ne vient pas à bout de la faim dans le monde. La fermeture des frontières liée à la crise du coronavirus nous a aussi rappelé l'urgence de relocaliser nos systèmes alimentaires. 

Comment mettre en place un nouveau modèle respectueux de la terre et du bien-être animal, tout en garantissant aux agriculteurs un vrai salaire ? Quelles alternatives agricoles proposer pour favoriser la résilience et la souveraineté alimentaire ? Comment raison garder dans un marché mondial déréglé où la Belgique exporte ses frites surgelées au Pérou qui est un des premiers producteurs de pommes de terre ? "

Pour en débattre, Julie Morelle reçoit Philippe Baret, Doyen de la faculté des bioingénieurs de l'UCLouvain, Marianne Streel, Présidente de la FWA, André Grevisse, agriculteur au Domaine de Bio-Vallée, et Cécile Thibaut, maraîchère à la Ferme de Desnié.

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