"Les dieux de Molenbeek", rencontre avec la réalisatrice Reetta Huhtanen

"Les dieux de Molenbeek", rencontre avec la réalisatrice Reetta Huhtanen
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"Les dieux de Molenbeek", rencontre avec la réalisatrice Reetta Huhtanen - © Tous droits réservés

Julie Morelle dans " Regard Sur " vous propose de suivre les aventures d’enfants aussi attachants que justes avec deux documentaires très touchants. "Bus campus" dresse le portrait original d’enfants, de parents et de professeurs de Schaerbeek convaincus que l’école est un ascenseur social formidable. "Les Dieux de Molenbeek" suit Aatos et Amine, deux amis de 6 ans dans la découverte du monde qui les entoure jusqu’à ce que les attentats de Bruxelles éclatent et que leur quotidien s’en trouve changé.

Un rendez-vous important le 25 mai sur La Trois à 21h05.

Bus campus, des primaires à l’université

Un documentaire de Stéphanie De Smedt à découvrir dès 21h05 sur La Trois et à revoir sur Auvio.

Ils ont entre 9 et 12 ans et ils vont vivre une année spéciale. Radie, Yassmine, Adrian et Oussama se rendent tous les samedis matin à l’université. Un voyage à 1000 lieux du quotidien qu’ils connaissent à l’école ou avec leurs parents. Un voyage destiné aux élèves de primaires pour leur offrir l’opportunité de se confronter au milieu universitaire, pour leur ouvrir la porte d’un monde qu’ils ne côtoieraient pas forcément. Des élèves de 2 écoles de Schaerbeek, l’école 8 et l’école 14, participent à cette initiative, qui est une première. Comment un enfant peut-il se projeter aujourd’hui dans la vie et sortir de sa condition, bouger les lignes établies par ses parents tout en leur restant loyal ? Trouveront-ils leur propre chemin ? Quel sera leur avenir ? La réalisatrice, Stéphanie De Smedt a accompagné ces enfants, profs, parents et directrices qui ont saisi cette chance. Une chance de montrer que le déterminisme social pourrait être un concept dépassé si l’on donne toutes les chances à un ascenseur social formidable : l’école.

Les dieux de Molenbeek

Un film de Reetta Huhtanen à voir sur La Trois le 25 mai à 22h25 et à revoir sur Auvio.

Le quartier de Molenbeek à Bruxelles. Une capitale djihadiste supposée pour certains, mais le quartier natal d’Aatos et Amine, deux garçons de 6 ans. C’est là qu’ils écoutent les araignées, découvrent les trous noirs et se disputent pour savoir qui commandera le tapis volant qui les mènera sur les terres de leurs ancêtres. La menace du monde des adultes interrompt soudainement le jeu des enfants lorsque des bombes terroristes explosent dans une station de métro à proximité.

Rencontre avec Reetta Huhtanen

Le film parle de la profonde amitié de deux enfants de six ans qui s’interrogent sur l’existence et l’origine des choses. Quelle a été la genèse du film ?

Au début de 2016, j’ai commencé à entendre des histoires intéressantes sur le fils de ma sœur, Aatos, et sur leur vie familiale à Molenbeek, à Bruxelles. Molenbeek est un quartier de Bruxelles où la plupart des gens sont des immigrés de pays musulmans. En même temps que les préjugés contre les musulmans du monde entier se développaient, Aatos s’intéressait de plus en plus à la société musulmane environnante, à la façon dont la religion était vue et entendue dans la vie quotidienne, en particulier dans la vie de son meilleur ami Amine. Aatos avait des questions sans fin sur les dieux et il a finalement décidé qu’il devait aussi trouver son propre dieu. Ce fut le point de départ du film, un petit garçon vivant à Molenbeek et essayant de trouver son propre dieu.

J’ai eu le sentiment que quelque chose de très intéressant se passait dans la vie d’Aatos et de ses amis. J’avais besoin d’agir rapidement parce que le protagoniste était un petit enfant et que tout aurait pu être bientôt terminé. Nous avons donc commencé à suivre ces enfants et leur quête pour essayer de comprendre ce qu’est Dieu, la mort ou l’infini. Je m’intéressais surtout à leur ouverture d’esprit : en jouant, ces enfants peuvent débattre de sujets fondamentaux liés à la vision du monde mais ils ne jugent pas, ils disent juste ce qu’ils pensent et continuent.

Votre documentaire commence comme une fable philosophique dans laquelle on observe des enfants qui remettent en question leurs propres croyances. Selon vous, quelle est l’importance du jeu et du pouvoir de l’imagination dans leur construction personnelle et leur relation avec les autres ?

Le pouvoir de l’imagination de ces enfants dans leur construction personnelle et dans leur relation avec les autres était un thème très important pour moi, quelque chose que je voulais montrer dans ce film : comment quelque chose de nouveau et de différent n’est pas une menace mais une source d’inspiration pour ces enfants. Lorsque les enfants utilisent leur imagination, ils développent des capacités psychologiques et émotionnelles qui les aident à se comprendre eux-mêmes, à comprendre le monde dans lequel ils vivent et leurs relations avec les autres. L’imagination est un moyen d’apprendre sur le monde, c’est une façon d’explorer le monde physique et intérieur. Et le plus important, l’imagination permet aux enfants d’utiliser leur créativité sans aucune limite, sans être limité par les règles du monde des adultes. Et c’est pourquoi leur imagination les aide à trouver de nouvelles façons de voir et de penser, elle développe également leurs capacités à remettre en question leurs propres croyances.

J’ai voulu que le film capte la façon dont un enfant observe la réalité : comment le regard d’un enfant repère ce qu’il trouve essentiel, associe les choses à sa logique et rebondit d’un détail à l’autre. Les petits détails deviennent grands et significatifs, et vice versa. Dans le monde de l’expérience d’un enfant, l’imagination et la réalité se mélangent souvent et parfois le monde de l’imagination est aussi vrai que le monde réel pour lui. Dans le film, je voulais essayer de saisir la magie du monde de l’enfant : comment des choses abstraites comme Dieu et la religion sont perçues du point de vue de l’enfant par des moyens cinématographiques.

Vous avez choisi de filmer à la hauteur de l’enfant, quel en est le sens ?

Cela est lié à ma réponse précédente : Je voulais en quelque sorte réaliser la magie de l’enfance, la façon dont l’enfant observe la réalité. Je voulais me concentrer sur les enfants et montrer du point de vue des enfants comment ils reflètent les croyances des adultes et comment ils construisent leur propre vision du monde. Et garder les adultes en arrière-plan. Nous en avons beaucoup discuté avec le directeur de la photographie : comment décrire le monde du point de vue de l’enfant par des moyens cinématographiques. Pour créer cette "illusion", nous avons donc pris différentes décisions : nous avons décidé de garder la caméra tout le temps en dessous du niveau des yeux des enfants. Et nous avons aussi décidé très tôt de toujours nous concentrer sur les enfants : si quelque chose se passe autour d’eux, nous ne le montrons pas mais nous gardons la caméra sur les enfants pour voir comment ils réagissent.

Il semble que le quartier de Molenbeek devient un personnage à part entière dans le film au moment où se déroulent les événements tragiques du 22 mars 2016.

L’attaque terroriste a eu lieu alors que nous étions déjà en train de filmer et cela a naturellement élargi le sujet du film. Ce qu’il s’est produit a tellement influencé le quartier où nous tournions, je n’ai jamais pensé à ne pas l’inclure dans le film. Nous avons intégré l’attaque terroriste en la racontant du point de vue des enfants. Nous avons décidé que le film raconterait ce qu’un enfant de 6 ans est en mesure de comprendre. En fait, ce film ne parle pas de terrorisme, mais plutôt de la façon dont ce triste événement s’est répercuté sur l’amitié et les jeux de ces enfants, comment la brutalité du monde des adultes est vue du point de vue des enfants.

"Les dieux de Molenbeek" a été sélectionné dans un grand nombre de festivals, quelle a été la réaction du public ?

Nous avons eu notre première à Bruxelles en mars 2019 et beaucoup de gens de Molenbeek étaient présents, le film a été très chaleureusement accueilli.

Nous avons été sélectionnés dans plus de 60 festivals dans le monde entier, même en Corée du Sud, au Japon ou au Canada. Bien que le film se déroule à Bruxelles il semble que les thèmes du film sont en quelque sorte universels et très bien compris partout. Le public a toujours été très touché.

Le film a été tourné en 2016, Atos a maintenant une dizaine d’années, comment va-t-il ? A-t-il trouvé des réponses à ces questions existentielles ? Est-il toujours ami avec Amine ?

Aatos est toujours le même garçon sensible et imaginatif. Il n’utilise plus les costumes de Dieu comme dans le film mais il aime toujours faire des costumes bizarres. Il ne s’intéresse plus autant aux dieux, même s’il réfléchit encore à des questions philosophiques. Maintenant, il est plus intéressé par le skateboard que par les dieux…

Aatos et Amine sont toujours amis. Aatos vit en Finlande mais ils s’envoient beaucoup de messages vocaux. Pendant les vacances de Noël, ils ont passé beaucoup de temps ensemble à Bruxelles. Ma sœur m’a dit que leurs adieux étaient à nouveau comme dans le film, ils ont presque raté l’avion parce que les deux garçons ont beaucoup pleuré.

 

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