L’école de l’impossible : à la rencontre d'adolescents en lutte contre l'adversité

Après " Enfants du hasard ", ce nouveau film de Thierry Michel écrit avec Christine Pireaux nous plonge dans le quotidien d’adolescents en crise et de leurs enseignants au sein d’une école multiculturelle de Seraing ; une école dite " de la dernière chance ". Cela donne un film profondément humain à découvrir en avant-première télévisée avant sa sortie en salles.

" L’école de l’impossible " : un documentaire à ne pas manquer dans "Regard sur" le lundi 1er mars à 21h05 sur La Trois.  

Au sous-titre évocateur " Fragments de vie ", ce documentaire raconte l’histoire de jeunes au parcours de vie un peu cabossé, une vie qui ne leur a pas toujours fait de cadeau. L’histoire d’adolescents en crise confrontés à l’univers scolaire avec lequel ils se sont souvent fâchés. Leur destin se forge au cœur de l’école, avec leurs histoires individuelles de familles déclassées et de chômage chronique. Révolte et indiscipline pour les uns, obstination pour sortir du fatalisme pour les autres. Ce film plein de tendresse nous propose, avec beaucoup de sensibilité, de vivre une année scolaire au sein du Collège Saint-Martin, une école dite de la dernière chance. Une "école comme sortie de secours" pour reprendre l’expression d’une des jeunes filles du film.

Rencontre avec Thierry Michel et Christine Pireaux

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Christine Pireaux et Thierry Michel © Tous droits réservés

Comment est née l’envie de faire ce film ?

C’est à l’occasion du tournage pour mon prochain film consacré à l’histoire de l’industrie liégeoise et de la démolition du Haut fourneau de Seraing, que nous avons eu l’occasion de visiter le Collège Saint-Martin. L’école est située juste à côté du haut fourneau et le directeur du Collège nous a permis de nous installer dans une des classes où l’on a une très belle vue. A cette occasion, nous avons découvert cette école et nous avons surtout compris qu’elle est une véritable tour de Babel de l’immigration au cœur d’une ville et d’un quartier totalement paupérisé par la fin de l’industrie sidérurgique. Nous avons compris que s’y joue l’avenir d’une génération d’adolescents de milieux populaires et où la direction et l’équipe pédagogique s’engagent dans un combat quotidien contre la discrimination et la fatalité sociale dont souffrent ces adolescents.

Les jeunes que vous suivez ont un parcours de vie difficile et pourtant votre film est résolument optimiste, c’était important pour vous ?

Plusieurs d’entre eux n’ont pas le CEB, certaines sont filles-mères, d’autres victimes de mariages forcés, certains ont même déjà été condamnés par la justice. La plupart des élèves (et donc leurs parents) n’ont pas les moyens financiers pour payer les abonnements scolaires, les vêtements, sandwiches, … Mais nous ne voulions pas faire un film misérabiliste. Nous voulions montrer que, même si certains n’auront pas la possibilité de réaliser leurs rêves, il est possible de "s’en sortir", notamment grâce à l’école, véritable sésame pour s’émanciper et se construire un destin. Et la fermeture partielle ou totale des écoles à cause du Covid est encore plus dramatique pour ces jeunes pour qui l’école représente une structuration inexistante dans leur famille.  

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué chez ces jeunes ? Leur maturité ? Leur combativité ?

Ce qui nous a le plus marqués, c’est une sorte de fragilité que l’on perçoit immédiatement quand on se retrouve en tête à tête avec eux, alors que dans la classe, au sein du groupe, leur comportement est très différent. Avec ces adolescents, entre 14 et 18 ans, nous avons privilégié les interviews intimes durant lesquelles ils décrivent leurs fragments de vie, réfléchissent sur leurs histoires en toute liberté, sans pressions scolaires, familiales ou sociales. Ils nous parlent de leur passé, de leur présent et de leur avenir. Ils expriment leurs émotions, leurs doutes, leurs espoirs ou désespoirs parfois enfouis. Ils racontent leurs histoires secrètes, cachées et parfois réduites au silence. Leurs récits révèlent une charge affective intense, l’impulsion de vie, la volonté créatrice, le désir d’indépendance et d’affirmation de soi, mais aussi la révolte et la pulsion destructrice, la colère qui mène au repli sur soi ou à la violence. Ces entretiens éclairent les relations de famille, les rapports scolaires, les relations entre garçons et filles, et plus généralement le rapport aux institutions et à la société.

Pourquoi ce titre ?

Parce qu’il s’agit pour les profs, les éducateurs, le directeur d’arriver à rendre possible ce qui a priori ne l’est pas. Le titre du film est " L’école de l’impossible" graphiquement avec " L’école possible ". Et le sous-titre très explicite  "Fragments de vie" car il s’agit d’une chronique de la vie scolaire et extra-scolaire de jeunes de 15 à 20 ans. Le film aurait pu s’appeler " Est-il facile d’être jeune en 2021" ?

Qu’avez-vous envie que l’on retienne avant tout de votre film ?

Une leçon de vie pour chacun d’entre nous, l’importance de l’école, de l’empathie, de la volonté de comprendre l’autre, même si c’est difficile. Chaque jeune mérite qu’on essaie de faire un bout de chemin avec eux. Curieusement lucides et intelligents, curieusement parce qu'on pourrait penser qu'il en est autrement, vu ce qu'on devine qu'ils ont vécu. Et pourtant avec un peu d'écoute, de bonne volonté et de confiance il est possible d’offrir à ces jeunes un avenir digne de ce nom, même quand on part d’aussi loin. C’est ce que ce film veut affirmer haut et fort, tout est possible et l’école peut être la carte de visite et l’issue de secours pour chacun d’eux.

Une productions Les Films de la Passerelle en coproduction avec la RTBF

Toutes les informations à retrouver sur le site du film 

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