Quand les bactéries n'ont plus peur des antibiotiques

Quand les bactéries n’ont plus peur des antibiotiques
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Quand les bactéries n’ont plus peur des antibiotiques - © Tous droits réservés

Les bactéries sont partout, autour de nous, sur nous, en nous. Présentes également dans notre alimentation et s'accrochant aux bagages des touristes, elles circulent à toute vitesse avec la mondialisation. Indispensables au bon fonctionnement de notre organisme, elles peuvent aussi se transformer en nos pires ennemis.

Pour combattre ces mauvaises bactéries, la meilleure arme sont les antibiotiques, une des plus grandes avancées de la médecine moderne. Pourtant, cette arme s'affaiblit face à des bactéries de plus en plus coriaces.

 

Des antibiotiques trop et mal utilisés

En l’espace de 70 ans, l’utilisation massive et répétée des antibiotiques a généré une hausse très inquiétante des résistances bactérienne. "Ça paraît curieux, mais les généralistes sont peu nombreux et dans notre univers culturel, ça va plus vite de prescrire que de ne pas prescrire" nous dit le docteur Jean-Pierre Aubert, médecin généraliste.
Prescrits trop facilement ou à mauvais escient par des médecins mais aussi mal utilisés par les patients, les antibiotiques ont perdu de leur pouvoir de guérison.

En 2014, la Belgique était le pays européen où l'on consommait le plus d’antibiotiques, d'après une enquête qui vient d'être publiée par Solidaris.

Aucun nouvel antibiotique n'a été découvert depuis vingt ans pendant que les bactéries des temps modernes sont devenues "multi-résistantes" et ont appris comment faire face à leur ennemi.

Les médecins se retrouvent aujourd'hui démunis face à certaines bactéries qui semblent indestructibles. Le Professeur Daniel Vittecoq, infectiologue, s’inquiète : "Il va y avoir de plus en plus de ces bactéries résistantes, bien entendu. Ce que l'opinion publique d'ailleurs n'acceptera pas. On ne comprendra pas pourquoi quand on fait une greffe du cœur à quelqu'un, la personne mourra d'une bactérie résistante."

Chaque année, des milliers de personnes sont hospitalisées à cause de ces bactéries. Des infections a priori banales peuvent aujourd'hui s'aggraver car les antibiotiques ne sont plus aussi efficaces. Si rien n’est fait, dans une trentaine d’années, le scénario serait catastrophique. Une récente étude britannique estime que la résistance des bactéries pourrait tuer 10 millions de personnes dans le monde; autant que le cancer aujourd’hui.

 

Une solution ? La phagothérapie

Mustafa a 31 ans. Il a eu un accident de moto il y a 13 ans. Pour réparer sa clavicule cassée, Mustafa multiplie alors les passages au bloc opératoire mais depuis, il n’a toujours pas cicatrisé de deux de ses plaies. En cause : un staphylocoque doré contracté lors de son hospitalisation. Pour tenter d’en venir à bout, il a dû prendre plus d’une dizaine d’antibiotiques différents avec leur lot d’effets secondaires mais rien ne semble le guérir. Mustafa a récemment choisi de faire un long voyage pour tenter un dernier traitement. Il s’est envolé pour la Géorgie où il va tester un traitement encore expérimental en France : la phagothérapie. Ici, pas d’antibiotiques. On soigne les infections grâce à des virus guérisseurs : les bactériophages. La phagothérapie, vieille de 80 ans, est aujourd’hui considérée comme une alternative possible aux antibiotiques. Son principe est simple. Les bactériophages sont des virus qui attaquent les bactéries. Pendant trois semaines, Mustafa a reçu chaque jour une injection doublée d’une prise de bactériophages par voie orale. Et aujourd’hui, il est en voie de guérison.
 

 

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