Publifin: le "win for life" politique?

Ce constat, c’est Cédric Halin qui le pose. Lorsqu’il devient échevin des finances d’Olne en région liégeoise, il découvre que sa petite commune est actionnaire de plusieurs grandes intercommunales. Pendant deux ans, il pose des questions au sujet de ces intercommunales mais n’obtient que très peu de réponses. Il se rend alors directement sur place et découvre l’existence de comités de secteur : des organes consultatifs où des mandataires politiques sont rémunérés avec de l’argent public. Mais deux éléments l’intriguent.  D’abord, les mandataires sont payés qu’ils assistent ou pas aux réunions.  Mais surtout, il peine à trouver des traces concrètes du travail effectué lors des séances. Plus tard, Cédric Halin contacte un journaliste du magazine Medor et la suite nous la connaissons tous. La bombe éclate. "Publifin" est désormais le nom d’un scandale politique.

 

Publifin – Nethys : une véritable nébuleuse

3 images
Publifin: le "win for life" politique? © Tous droits réservés

Stéphane Moreau, l’architecte du système a bâti, en une dizaine d’années, un empire estimé à 3 milliards d’euros.

Le parcours de Stéphane Moreau est intimement lié à la région liégeoise.

Diplômé en Sciences Politiques, Stéphane Moreau accumule rapidement les mandats. Mais le début de sa fulgurante ascension va avoir lieu en septembre 2005. Il devient alors directeur de l’association liégeoise d’électricité, l’ALE. Il développe cette association en absorbant d’abord les câblo-opérateurs wallons puis d’autres intercommunales. L’ALE est renommée Tecteo.

Le système mis en place par Stéphane Moreau le voici : l’intercommunale Tecteo va devenir Publifin. Les mandataires politiques continuent d’y siéger mais la gestion opérationnelle du groupe, le véritable pouvoir va être transféré à Nethys, une structure entièrement privée. C’est de là que Stéphane Moreau va gérer son groupe et ses 52 filiales dans les médias, l’énergie, la finance. La structure est complexe et opaque. Une véritable nébuleuse.

 

Des méthodes de types mafieux ?

3 images
Publifin: le "win for life" politique? © Tous droits réservés

Très peu de personnes connaissent vraiment Nethys et comprennent le système. Mais il y a ceux qui en font partie intégrante : l’architecte Stéphane Moreau, bien sûr, mais également d’autres hommes politiques liégeois ; le socialiste André Gilles, le CDH Domnique Drion et le MR Georges Pires. Les 3 partis traditionnels sont impliqués dans la structure et chacun y a des hommes qui en ont largement tiré profit.

Tous les partis traditionnels sont donc mouillés à des degrés divers : le PS, le CDH et le MR avaient tous des élus qui ont touché de l’argent au sein de Nethys ou dans les comités de secteurs de Publifin mais tous, ECOLO compris cette fois, ont voté la mise en place des comités de secteur et leur généreuse rémunération. Alors comment ces pratiques ne sont-elles alors pas remontées jusqu’au sommet des partis francophones ? François Gemenne, Politologue spécialiste des migrations à l’ULG évoque un système de nature mafieuse : "On est ici face à une sorte de collusion d’intérêts. Ils se tiennent tous entre eux. Ils vont en quelque sorte faire leurs propres lois. C’est pour ça que tout le monde clame qu’il n’y a rien d’illégal dans le système Publifin. Et ils vont utiliser cette collusion d’intérêt pour s’attribuer des marchés, des mandats, de l’argent, de l’influence en jouant sur cette sorte de loi du silence. Quiconque mettrait en cause le système serait considéré comme traitre à la cause liégeoise."

La loi du silence semble être la règle d’or. Mais certains ont choisi de parler pour Questions à la Une. L’enquête de Sylvie Duquenoy et Laurent Mathieu, "Publifin : le win for life politique ? " est à revoir sur Auvio.

Newsletter TV

Recevez chaque jeudi toute l'actualité de vos personnalités et émissions préférées.

OK