Un jeune sur dix aurait une utilisation compulsive d'Internet

En Belgique, un jeune sur dix aurait une utilisation compulsive d’Internet. Un sur trente aurait une utilisation compulsive sévère. Ce constat émane d’une enquête de la Politique scientifique fédérale menée en 2013 auprès de mille adolescents de 12 à 17 ans. Mais cela reste une estimation. Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’utilisation de plus en plus intensive d’Internet et des appareils connectés peur avoir des conséquences sur la santé qui sont des préoccupations de santé publique.

Une « perte de contrôle »

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Un jeune sur dix aurait une utilisation compulsive d’Internet © Tous droits réservés

Quand "décrocher" devient impossible et que la souffrance s’installe, cela pose de nombreuses questions. C'était le cas de Lambert, 22 ans. Il y a trois ans, ce jeune adulte a complètement perdu la liberté de s’abstenir d’aller sur Internet: "Je passais entre 16 et 17 heures par jour sur mon ordinateur explique le jeune homme. Même mon comportement avait changé, j’étais devenu plus agressif. Avant, je sortais, je voyais beaucoup de personnes. Là, de jour en jour, je restais dans ma chambre, isolé. Avec ma petite amie, cela n’allait plus. Cela faisait 15 ans que je jouais au basket-ball et avec mes coéquipiers ce n’était plus du tout la même chose, sans parler des études… c’est une perte de contrôle totale." Lambert explique qu’il passait presque tout son temps sur Facebook: "J’avais toujours l’impression que, si je n’y étais pas, j’allais manquer un évènement qui allait changer ma vie… " Ce syndrome porte un nom. On l’appelle "FoMO" qui signifie "Fear of Missing Out" en anglais. Cela se traduit par la peur de manquer quelque chose. "J’avais l’impression de devenir fou poursuit le jeune homme. A partir de ce moment-là, je pense que je me considérais comme étant quelqu’un de malade. C’était obsessionnel, je me levais pour ça, je rêvais de ça… ". Il a accepté de se faire aider en poussant la porte de l’Hôpital universitaire de jour "La Clé" à Liège, un établissement spécialisé dans le traitement des dépendances. Il a notamment participé à des ateliers de resocialisation.

Un phénomène difficile à étudier

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Internet, tablettes, smartphones : l’overdose ? © Tous droits réservés

Jean-Marc Triffaux est psychiatre. Il a suivi Lambert pendant sa période de prise en charge. Pour lui, "ce phénomène est difficile à étudier et les gens ne s’en plaignent pas spontanément. Ils vont essayer d’intégrer ça dans leur mode de vie et finalement ce que nous verrons apparaître lors de nos consultations, ce sont les dégâts qui vont être importants dans la vie privée, affective, sociale et professionnelle de la personne. Et à partir de ce moment-là, il n’est plus possible de cacher cette dépendance comportementale à travers des produits utilisés sur Internet."
Joël Billieux, lui, est professeur de Psychologie clinique à l’Université catholique de Louvain (UCL). Ce spécialiste des addictions participe aux réunions de l’Organisation Mondiale de la Santé dédiées à la question. Il nous confirme que les experts sont aujourd’hui d’accord pour admettre que cette problématique est une question de santé publique mais il n’y a pas encore d’accord pour conceptualiser précisément ces comportements problématiques et excessifs. "Est-ce une addiction ? Est-ce une stratégie pour faire face à des problèmes liés à l’estime de soi ou à l’affirmation de soi ? Est-ce un trouble obsessionnel compulsif ? Même si pour l’instant le modèle de l’addiction est celui qui est dans l’esprit populaire, la manière dont ces troubles seront peut-être un jour classés dans une prochaine édition de la classification internationale des maladies fait toujours l’objet de débats."

A quel moment est-ce un "problème" ?

Philippe de Timary est psychiatre aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. Il fait partie de l’équipe qui prend en charge les patients qui présentent des troubles liés à Internet ou aux jeux vidéo en ligne et qui désirent entrer dans un circuit de soin. Pour lui, "il faut que l’usage d’internet ne soit pas un usage qui isole complément la personne dans une pratique qui aurait pour seul but d’échapper à une détresse personnelle. Un des critères importants, c’est le fait que cela devienne une activité presque exclusive."
Pour le psychiatre et psychanalyste français Serge Tisseron, la société et la publicité poussent les parents sur une pente glissante: "Il y a une énorme pression mise sur les parents pour leur faire croire qu'introduire les outils numériques auprès du bébé le plus tôt possible serait une bon choix. C’est une erreur grave. D’abord, parce que toute la technologie numérique aura changé dans quelques années. Aucun apprentissage des outils d'aujourd’hui ne sera utile dans quelques années. Et puis rien n’aide mieux un bébé à se développer que le contact avec un être humain."

 

Une meilleure information et des moyens pour la prise en charge

Les débats autour des questions liées à l’usage problématique d’internet ne sont pas terminés et la définition exacte du phénomène reste floue. L’usage compulsif d’Internet est souvent l’expression d’un autre malaise. Les enjeux en tout cas ne sont pas anodins et l’Organisation Mondiale de la Santé insiste pour que les recherches sur le sujet s’intensifient. Cela doit permettre de mettre en place des campagnes cohérentes d’informations sur le bon usage d’Internet et des traitement mieux adaptés, pour éviter l’overdose.

L'enquête d'Eric Destiné et Stéphanie De Smedt pour Questions à la Une, "Internet, tablettes, smartphones: l'overdose?" est à revoir ci-dessous:

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