Des prix exorbitants pour des médicaments essentiels à la vie

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Chaque année, en Belgique, nous déboursons plus de six milliards d’euros pour nos médicaments. C'est beaucoup et demain, cela pourrait être beaucoup plus encore. Le prix des médicaments est en train de flamber.

La recherche évolue et de nouvelles molécules capables de guérir des cancers ou l’hépatite C sont découvertes. Ces nouveaux médicaments essentiels à la vie représentent une avancée majeure pour la médecine. Mais pour s’octroyer quelques années de vie supplémentaire en bonne santé grâce à ces médicaments, il faut avoir de fameuses économies.

Des entreprises pharmaceutiques toutes puissantes

Un exemple, celui de l’entreprise américaine Giléad qui commercialise le Sovaldi. Ce médicament est révolutionnaire. Il permet de guérir une maladie jusque-là incurable : l’hépatite C. Mais le prix du Sovaldi a defrayé la chronique :  cette pilule, on l’appelle aussi ĺa pilule "IPhone". Une seule d’entre elle vaut 514 euros et le traitement dure au minimum trois mois. Ce qui nous fait un total de 43 000€. Une somme astronomique.

L’équipe de Questions à la Une a voulu comprendre comment était fixé le prix de ce médicament. Le coût de la recherche ? Ce n’est pas Giléad qui a conçu la molécule. L’entreprise a en fait racheté la start-up qui a découvert la molécule. En un an, l’entreprise a déjà rentabilisé son investissement et amorti les frais de recherche, d’après une étude réalisée par Solidaris. Giléad nous explique aussi que le prix est déterminé par la valeur du médicament pour le patient et la santé publique et insiste sur le fait que le Sovaldi permet à l’État de réaliser de grosses économies vu qu'il est le premier médicament à guérir l'hépatite C.

Mais nous avons trouvé une autre piste de réponse du côté de Médecins du Monde qui a analysé dans les détails la stratégie de l’entreprise  a fait un constat plutôt interpellant: "La nouvelle approche des firmes pharmaceutiques n’est plus de vendre des médicaments en fonction du coût de production et du coût de recherche mais d’estimer la valeur du médicament, explique Xavier De Bethune, directeur médical de Médecins du monde. Comment estime-t-on la valeur d’un médicament ? On va regarder le nombre d’années de vie supplémentaires qu’un médicament peut offrir. Et à partir du moment où on peut dire " si je vous prescris ce médicament, vous allez vivre cinq ou six ans de plus, qu’est-ce que vous êtes prêts à payer pour avoir cinq ou six ans de vie supplémentaires en bonne santé ? " Des économistes ont étudié la question et ils ont chiffré la valeur d'une année de vie en bonne santé : 40 000 euros. Est-ce un hasard si trois mois de traitement au Sovaldi coûte 43 000 euros? En tout cas, le business est plus que rentable. En 2015, Giléad a réalisé 18 milliards de bénéfice. L'entreprise a été 5 fois plus rentable que l’industrie du luxe.

Des patients et des médecins désarmés

Mais il y plus interpellant encore, le prix du Sovaldi a conduit à une logique de rationnement. L'an dernier en Belgique, on n'a pu traiter que 900 patients, les plus gravement atteints. Bruno Thomas est atteint d’hépatite C. Il a été diagnostiqué en 2003, a subi deux traitements sans succès : le virus s'est à chaque fois réactivé mais les lésions au foie n'étaient jamais assez importantes pour qu’il puisse bénéficier du Sovaldi : "Il fallait presque être mort ou avoir un foie complètement détruit pour avoir droit au traitement. Ce qui est une ineptie parce que plus tôt on intervient, au moins il y a de lésions et plus on a de chance de récupérer. C’est choquant et ça parait stupide."

Aujourd’hui, la ministre de la Santé Maggie De Block a élargi les conditions d’accès au Sovaldi.

Mais le Sovaldi n'est pas le seul médicament dont le prix a explosé. En réalité, on assiste à une inflation des prix de tous les nouveaux médicaments. En particulier dans le domaine du cancer. Ce phénomène est très inquiétant pour Lionel Duck, oncologue à la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies: "Ça nous fait peur. La grande question qu’on se pose c’est de savoir comment on va pouvoir continuer à soigner tous nos patients sachant que le coût de ces médicaments a explosé ces dernières années." Certains patients n'entrant pas dans les conditions pour bénéficier d'un remboursement de traitement doivent alors se le payer eux-même mais encore faut-il en avoir les moyens...

L'enquête de Sylvie Duquenoy et Stéphanie De Smedt "Nos médicaments seront-ils bientôt impayables?" sont à voir et revoir sur notre site Auvio.

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