La météo a-t-elle une influence sur les compositeurs de musique classique ?

Qu’il fasse beau ou mauvais, nous sommes tous influencés dans notre quotidien par les changements de temps ou de température et les compositeurs de musique classique n’y ont pas échappé. Au contraire, au fil des siècles, la météo et la nature ont nourri leurs inspirations et donc leurs œuvres qui, aujourd’hui encore, nous font vibrer.

La météo, que nous le voulions ou pas, joue un rôle notamment sur nos humeurs, notre création, notre motivation. C’est également le cas dans le monde de la musique classique. Derrière chaque compositeur se cache un homme qui réagit différemment au temps qu’il fait dehors. " L’influence de la météo sur les compositeurs, on la sent à la charnière du 18e et 19e siècle, au passage du classicisme au romantisme. On retrouve tous les phénomènes météorologiques dans la musique que ce soit la pluie, l’orage ou le soleil et ce, dès le moment où un compositeur cherche à mettre quelque chose de lui-même dans une partition et c’est souvent le prétexte pour libérer quelque chose de violent : l’orage, la tempête, le vent en mer ou en forêt. C’est quelque chose qui va prendre beaucoup de place dans la musique classique. D’ailleurs, c’est souvent le prétexte de l’évocation d’un tourment intérieur : l’amour est passion mais la colère est également passion. C’est une libération d’expression pour le compositeur " explique Pierre Solot, producteur à Musiq’3.

Un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique classique aura, lui aussi, ce besoin d’exprimer ses émotions. " Au début du 19e siècle, Ludwig Van Beethoven, qui fait naître ce qu’on appelle le romantisme, va composer dans les années 1808 – 1809, " La Symphonie Pastorale ". Ce n’est pas une description de la nature ou des phénomènes météorologiques mais l’expression de ce que lui éprouve au contact de ces phénomènes. Il y a un mouvement totalement orageux, sous-titré l’orage, qui est vraiment une évocation de la météo. Lui-même avait un caractère orageux et donc finalement c’est la description de ce qui l’habite complètement ".

L’orage, la tempête, la pluie sont des éléments plus sonores dans la musique classique mais qu’en est-il du soleil et du beau temps ?

Faire ressentir le soleil, exprimer la chaleur ou encore la moiteur de l’été peut également s’exprimer dans la musique classique comme le précise Pierre Solot : " Le soleil peut aussi être vibration. Je pense à une des plus célèbres évocations de la nature : " Le Lever du jour " dans le ballet Daphnis et Chloé de Maurice Ravel où là, on sent que ça part du bas de l’orchestre. On entend le grouillement des contrebasses. On va ensuite sentir le soleil monter, monter jusqu’à une espèce de magnifique septentrion. On ressent très fort la montée de ce matin et de cette lumière d’été ".

Pour évoquer tous ces phénomènes, le compositeur peut compter sur les différentes familles d’instruments. Certains compositeurs en utiliseront beaucoup et de différentes sortes alors que d’autres se satisferont de quelques-uns comme c’est le cas pour Antonio Vivaldi et ses célèbres " Quatre Saisons ". " Ce sont essentiellement des instruments à cordes et une basse continue. Il parvient à trouver la meilleure manière d’attaquer la corde avec l’archet ou le doigt, pour évoquer le gel, le froid ou encore la chaleur. C’est étonnant avec un petit orchestre. Par contre, Beethoven dans sa " Symphonie Pastorale " avait un orchestre beaucoup plus grand et lorsqu’il veut évoquer l’orage, les grondements, il utilise les cordes graves : les contrebasses et les violoncelles. Il y a aussi les timbales, les trompettes, les trombones pour musicaliser l’orage et passer au-dessus de l’orchestre. Il cherche la puissance pour aller au-dessus de cette masse orchestrale en colère. Un piccolo, une petite flûte peut illustrer des éclairs ".

 

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Les saisons, aussi une belle source d’inspiration.

Le charme des saisons est également très exploité par les grands compositeurs qui nous ont laissé des œuvres devenues incontournables de la musique classique. La plus connue reste sans aucun doute " Les Quatre Saisons " de Vivaldi mais d’autres compositeurs s’en sont également inspirés comme le précise Pierre Solot : " Au 20e siècle, on peut évoquer " Les Quatre Saisons de Buenos Aires " d’Astor Piazzolla. Là, on est ancré dans une ville précise. Il y a aussi un compositeur que l’on connaît moins, Louis Spohr qui a écrit une 9e Symphonie comme Beethoven qui s’intitule " Les Saisons " ou encore Tchaïkovski qui a écrit un recueil qui s’appelle aussi " Les Saisons " mais qui est en fait les 12 mois de l’année et qui évoque l’atmosphère météorologique de chaque mois ".

Et la place de l’interprète dans tout cela ?

La place de l’interprète d’une œuvre de musique classique est importante puisqu’il doit rendre une partition le plus honnêtement possible et cela grâce aux annotations précises laissées par le compositeur. " Un compositeur aura écrit très précisément ce qu’il aura voulu entendre pour un orage, par de la pluie par exemple mais l’interprète est un être humain avec ses propres émotions et naturellement on peut imaginer que cela aura une influence. L’interprète est là pour recréer la musique du compositeur donc il ne jouera pas cette musique de la même façon d’un jour à l’autre. Elle sera plus apocalyptique ou plus raffinée d’un moment à l’autre, c’est la nature humaine et l’interprète comme le compositeur peut être influencé par la météo " conclut Pierre Solot.

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