Les vrais jumeaux : identiques et pourtant différents

Les vrais jumeaux sont souvent les cobayes préférés des chercheurs. Pourquoi ? Parce que leurs génomes, supposés parfaitement identiques, sont l’objet d’étude rêvé pour l’épigénétique, cette discipline qui étudie tout ce qui, dans l’environnement, peut influencer nos gènes. Comment expliquer, par exemple, qu’un jumeau développe un cancer et pas l’autre ? On pourrait penser que la réponse se trouve forcément dans la différence d’environnement. Mais ce n’est pas si simple…

Un seul ovule, un seul spermatozoïde…

La conception de vrais jumeaux est un phénomène rare : elle concerne seulement trois cas pour mille naissances. Mais que recouvre exactement ce terme de " vrais jumeaux " ? Contrairement aux faux jumeaux, conçus à partir de deux ovocytes et deux spermatozoïdes différents, à la manière de n’importe quel frère et sœur nés à des moments différents, les vrais jumeaux partagent le même ovocyte, mais aussi le même spermatozoïde. Ces jumeaux monozygotes provenant de la subdivision de cet ovule fécondé, ils possèdent donc le même patrimoine génétique. Mais dans ce cas, comment expliquer le fait que l’un d’eux va développer une maladie grave, telle un cancer, alors qu’elle épargnera son double ?

…mais des variations génétiques…

En étudiant ces cas, des chercheurs spécialisés en épigénétique s’attachent à mieux comprendre les liens entre l’inné et l’acquis, la génétique et l’environnement. Ils sont partis du postulat que la maladie devait forcément être liée à un facteur environnemental qui restait à déterminer, puisque les vrais jumeaux partagent le même matériel génétique. Pourtant, les recherches de scientifiques islandais, menées sur 387 paires de jumeaux, leurs parents, conjoints et enfants, ont récemment remis en cause cette théorie : ils sont parvenus à démontrer qu’il y avait plus de différences génétiques chez les vrais jumeaux que ce que l’on pensait. Chez certaines paires de jumeaux, ils ont ainsi découvert des mutations génétiques chez l’un que l’on ne retrouvait pas chez l’autre.

…déjà présentes dans l’utérus

Dans un premier temps, cette découverte semble confirmer le postulat de l’épigénétique : ce sont les aléas de la vie, les différents environnements dans lesquels ont baignés chacun des jumeaux qui ont influé et modifié leurs gènes. Mais les chercheurs islandais se sont également aperçus que des mutations génétiques étaient apparues dans l’utérus, au tout début de leur existence, à un stade encore embryonnaire. Ce qui bat en brèche la théorie selon laquelle l’environnement est le seul responsable du développement d’une maladie : on le voit, elle peut également être inscrite à un stade très précoce, avant même la naissance.

Des mutations substantielles chez 15% des vrais jumeaux

C’est une proportion non négligeable : chez 15% des vrais jumeaux, ces différences génétiques sont substantielles ; cependant, ce sont en moyenne seulement cinq mutations qui les distinguent l’un de l’autre, ce qui est peu quand on prend en compte l’ensemble de nos gènes. S’il reste donc intéressant d’étudier les génomes des vrais jumeaux, bien plus proches que ceux de deux frères hétérozygotes par exemple, cette étude montre aussi que la loterie génétique a bien lieu dès les premières phases du développement, y compris pour des grossesses gémellaires. Reste à comprendre comment elle opère exactement.

Retrouvez la chronique de Patrice Goldberg sur La Première :

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