L'Estonie, pays connecté

En débarquant à Tallin, que ce soit par les airs ou par la mer, la majorité des visiteurs parcourent les rues de la vieille ville et comprennent pourquoi la capitale estonienne est considérée comme l’une des perles de la Baltique. C’est l’une des villes médiévales les mieux conservées d’Europe. Mais n’allez pas imaginer que les Estoniens vivent encore à l’heure du Moyen-Age. Pas très loin du centre-ville, on peut trouver un tout autre univers : celui des technologies des communications et de l’information. On s’y exprime via des claviers et des écrans d’ordinateurs. C’est là, par exemple, qu’a été créé le logiciel Skype, il y a un peu plus de 10 ans. Une réussite fulgurante ! " Quelques mois à peine après son lancement, c’était incroyable de voir le nombre de personnes qui téléchargeaient le logiciel ! " se souvient Andrus Järg, le directeur de Skype Estonie. Ensuite rachetée par Microsoft, la société emploie aujourd’hui 2000 personnes, dont une partie de l’autre côté de l’Atlantique.

En Estonie, on considère que l’accès à internet est quasiment un droit aussi important que l’eau ou l’électricité. Et des start up, le pays en a vu pousser comme des champignons, notamment à la sortie de la ville, le long du chemin de fer. A l’époque de l’union soviétique, c’était l’un des sites de production d’équipements et de munitions pour l’armée rouge. On l’appelle aujourd’hui Technopolis. Il accueille environ deux cents sociétés, forcément branchées nouvelles technologies.

La carte d’identité munie d’une puce est ici parfaitement opérationnelle. On peut s’en servir pour les transports, la bibliothèque ou les prescriptions médicales. Sans oublier la signature électronique.

" En Estonie, il n’y a que deux choses que l’on ne peut pas faire en ligne, raconte Tiit Anmann, le PDG d’une société qui a développé la signature électronique, : le mariage, ou le divorce, et l’emprunt immobilier. A part ça, on peut tout faire en ligne et utiliser la signature digitale, qui est aussi fiable qu’une signature au bas d’une feuille de papier "

 

Mais se pose alors la question de la protection de toutes ces données digitales. Une jeune société qui travaille à la fois avec les autorités américaines et chinoises a développé un logiciel qui rend impossible la consultation ou la modification de données sans laisser de traces.

" Si vous savez qu’il s’est passé quelque chose, alors vous pouvez agir. Vous pouvez arrêter l’attaque, voir d’où elle vient, voir ce qui était vulnérable dans l’infrastructure et fermer la porte, cette porte-là. Et jusqu’à la fois suivante, vous serez en sécurité ". Ainsi parle Martin Ruubel, le directeur de Guardtime. Qui affirme par ailleurs que la sécurité digitale à 100% est une utopie dans la mesure où les pirates informatiques améliorent leurs connaissances au même rythme que les protections.

Mais si la CIA avait été équipée d’un tel système, Edward Snowden n’aurait jamais pu télécharger les documents comme il l’a fait sans que personne ne s’en aperçoive. De là à savoir si c’est une bonne nouvelle pour la démocratie… c’est un autre débat.

Philippe Antoine, journaliste

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