Les super-prédateurs

Tanguy Dumortier et Eric Parmentier
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Tanguy Dumortier et Eric Parmentier - © rtbf.be

Ils sont l’objet de nombreux fantasmes, ils titillent l’imaginaire collectif, les super-prédateurs émerveillent autant qu’ils inquiètent. Mais au fond comment devient-on un super-prédateur ?

Tanguy s’est rendu à l'Aquarium-Muséum de l'Université de Liège  pour y rencontrer Eric Parmentier, professeur de Biologie animale à l’ULiège.

Chaque espèce s’est adaptée continuant d'évoluer. Certaines ont développé des muscles plutôt que d’autres, influençant au fil du temps la forme du crâne de l’espèce. Chez les mammifères, un carnivore et un herbivore ont les mêmes muscles, les mêmes os, mais ils n’ont pas la même taille, ou la même puissance, chaque espèce s’adaptant, à la recherche de sa nourriture, et la consommation de celle-ci.

Eric Parmentier explique : « Il est clair aussi que tous les prédateurs n'ont pas spécialement des canines qui sont qui sont aussi bien développées (que celles du lion) par contre l'ensemble des prédateurs ont tous une série de caractères en commun qui peuvent être mis en évidence.

La première chose qui est intéressante qu'on peut observer c'est l'articulation d'une mâchoire inférieure sur le neurocrâne. Cette articulation elle est sur la même ligne que la ligne d'occlusion des dents et ça, ça veut dire quoi ? Que lorsque la mâchoire inférieure va se refermer alors elles vont agir comme des ciseaux ce sont les dents ici à l'arrière qui vont permettre de pouvoir venir cisailler la proie. On a bien une lame qui descend vers le bas et une lame qui remonte vers le haut donc quand les deux lames se croisent à ce moment-là la proie est complètement déchirée.

Chez le prédateur il y a des dents qui coupent, un muscle temporal qui est bien développé tandis que chez les herbivores il y a des dents qui écrasent et le muscle masséter qui va être plus développé. »

Il ajoute : « Ce qui est important de savoir, c'est que chez les mammifères on a exactement les mêmes os, on a exactement les mêmes muscles mais ce sont les proportions dans les muscles qui vont faire que l'on à différents types de régimes alimentaires. Ici j'ai un muscle qui est bien développé celui-là ne l'est pas là c'est exactement l’inverse pour d’autres animaux. Et les dents et les mâchoires sont en complet accord avec ce développement musculaire. »

En termes d’adaptation, les requins ne sont pas en reste, certains ont des dents acérées fonctionnant comme une scie pour déchiqueter leurs proies, d’autres comme certaines raies, ont des dents se rapprochant d’un damier pour écraser leurs proies composées essentiellement de coquillages et de crabes.

Plus de 3000 dents perdues sur une vie

« Pour se nourrir les requins vont réaliser ce qu'on appelle un cône d'inspiration donc on va essayer d'avoir une petite ouverture de bouche et on va la grandir vers l'arrière pour avoir un volume qui va être plus important. Si j'ai un petit volume et un grand volume ça veut dire que j'ai moins de pression donc l'eau va avoir tendance à aller vers l'arrière de la bouche.

Chez le requin contrairement aux mammifères où les dents sont implantées dans des alvéoles, les dents sont posées contre les mâchoires supérieures et inférieures, elles sont tenues par des ligaments donc il y a un gros avantage par rapport à ça c'est que les dents peuvent bouger. Il y a un gros désavantage c'est que les dents peuvent bouger… on estime par exemple qu'un requin tigre va éliminer environ trois mille 3000 dents tout au long de sa vie. »

Pour conclure, Eric Parmentier ajoute  : « Je suis persuadé que ce qui fait la peur des requins ce sont principalement les films qui ont été tournés sur les requins et qui les présentent toujours à leur désavantage. On enregistre dans le monde par an à peu près une dizaine de personnes qui se font tuer par des requins. Il faut savoir que c'est moins que le nombre des personnes qui sont tuées par des crocodiles, par des éléphants, par des hippopotames, par des abeilles, par des chiens, par des méduses et on ne va même pas parler d'une autre espèce animale qu'on connaît (l’homme), bien plus dangereuse.

Dans le laboratoire on essaye de comprendre comment les formes ont évolué est alors aussi comme je le disais tout à l'heure comment à partir d'une forme de base on peut avoir des modification pour gagner de nouvelles niches écologiques 1 on est bien d'accord que au niveau de l'évolution le truc ce n'est pas toujours de réinventer quelque chose c'est de prendre ce qui existe au départ et il y a des petites modifications à gauche et à droite qui vont permettre de pouvoir avoir d'autres types de proie. »

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