Des valises vides pour voyages immobiles

"Maison Particulière est un lieu, une alternative, un espace libre où l’art se regarde sans médiation, en dehors de celle du collectionneur lui-même. La collection particulière a pour qualité première la spontanéité et la liberté ".

 

Le lieu est atypique, dans cette rue bourgeoise donnant sur la place du Châtelain. Cadre confortable, voulu et pensé par un couple français de collectionneurs, Amaury et Myriam de Solages. Trois propositions d’accrochage par an et pour celle-ci, le concept des "voyages intérieurs". Thématique posée comme point de départ et 4 résonnances différentes. "Des fragments de vie intimes, des autoportraits de collectionneurs" écrivent les de Solages.

3 images
Des sculptures, dans les "voyages intérieurs" de Maison Particulière © RTBF Stéphanie Etienne 2013

C’est ce qui me touche le plus dans cette exposition, au-delà des œuvres elles-mêmes. Ces œuvres, accrochées anonymement, sans nom de l’artiste ni intitulé, assumées et revendiquées comme parts d’eux-mêmes. Et pour les visiteurs, qui auront la curiosité de feuilleter, de lire les catalogues posés, (trop) discrètement, sur les tables dans chacun des salons, s’ajoute le plaisir de partager à travers leurs mots, leur aventure. Là, cela devient vraiment émouvant mais je suis un sujet sensible pour ce genre d’épanchement.

 Ainsi Galila (Barzilai Hollander), auto-déclarée collectionneuse en cavale, nous explique que "l’artiste me fait voir ma propre vérité là, où il pensait me donner à voir la sienne." "A l’abri de chacune des œuvres collectées, j’ai déposé un fragment de ma vie intime. Je me cache dans ce que je montre. Je suis la pièce manquante de ma collection".

Autre style, Antoine de Galbert, fondateur de la Maison Rouge à Paris, qui s’est déjà épanché sur la question de la collection dans le livre d’entretiens d’Anne Martin-Fugier (Collectionneurs – édition Acte Sud)(1).  Il voit en sa collection, la réalisation de son autoportrait. Résistant aux tentations de mode, n’acquérant aucune œuvre par posture sociale mais bien porté par ses seuls goûts. Et s’il n’est pas artiste lui-même, il a la sensation de bâtir une œuvre par cet acte créateur, qu’est cette accumulation. Il est amusant de se rappeler que la première exposition montée au sein de sa fondation, avait justement pour thème "L’intime", présentant certaines formes de cette relation entre le collectionneur et sa collection, en reproduisant grandeur nature des pièces d’habitations privées : chambres, salons, toilettes, bureaux, réserves.

3 images
"How much art will kill you" de Santiago Montoya © RTBF Stéphanie Etienne 2013

Et les œuvres, au milieu de toute cette introspection ?

C’est extrêmement varié. Des nuages poétiques de l’Argentin Leandro Erlich , à l’onirique Xylem d’Angelo Muso que les propriétaires associent à cet extrait de Serges Bramly "L’art a le don de mettre à jour, les ruines que chacun de nous porte en lui", en passant au collage à la question si actuelle de Santiago Montoya "How much art will kill you" ou encore cet "I hate the way I love" de Mathias Schied… cela balaie large, interroge, intrigue…Cela nous emmène loin et nous ramène, très universellement, très singulièrement, à nous.

 

 


Stéphanie Etienne

 

 


En pratique : Maison particulière, "Voyages intérieurs", du 18 avril au 30 juin. 49, rue du Châtelain, 1050 Bruxelles, du mardi au dimanche de 11h à 18h. Infos : 02/6498178.

 

 

(1) Le sujet me passionne et je ne saurai que conseiller de lire le livre d’entretiens d’Anne Martin-Fugier (Collectionneurs – édition Acte Sud) ainsi que celui sur les galeristes, même auteur, même éditeur.

Newsletter TV

Recevez chaque jeudi toute l'actualité de vos personnalités et émissions préférées.

OK