Suprêmes : la jeunesse NTM, le groupe de la génération 90

D’un défi lancé à des copains rappeurs à leur premier Zénith, la naissance et les premières années du groupe Suprêmes NTM, le groupe (avec IAM) qui écrira l’histoire du rap français.

En 1989, Suprêmes NTM c’est une trentaine de potes de la Seine Saint-Denis qui traînent ensemble. Quand ils ne partent pas taguer les rames de métro et tous les murs qui passent à leur portée, ils se retrouvent pour quelques impros sur les mix de Frank Loyer, alias DJ S, un copain scotché à ses platines. Parmi eux Didier Morville (alias Joey Starr) et Bruno Lopès (alias Kool Shen) qui un jour, pour prouver à deux de leurs potes qu’en matière de hip-hop ce sont eux les plus forts, montent sur scène, micro à la main. Ils étaient alors loin d’imaginer que leur rage de gamins des cités allait rencontrer un tel écho. Pris au jeu, ils se produisent à nouveau, et sont repérés par Frank Chevalier, fan de la première heure. Cet attaché de presse du couturier Jean-Paul Gaultier a des relations dans le monde de la production et se propose d’être leur manager. Il sera le premier à croire en eux. Mais canaliser cette bande de 33 loustics turbulents, indisciplinés et novices en matière de musique ne sera pas une mince affaire pour lui et pour tous ceux qui voudront favoriser leur ascension …  

Les années 90

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© Gianni Giardinelli

En 1989. François Mitterrand entame son deuxième mandat à la tête de la France. À la télévision et à la radio, la mort tragique de l’étudiant Malik Oussekin en décembre 1986 fait à nouveau la une des journaux à l’occasion du procès des policiers responsables de sa mort. Une bavure policière de trop, celles de Thomas Claudio en 1990 lors d’un barrage de police à Vaulx-en-Velin, et ce sont les banlieues qui s’embrasent. Sartrouville, Mantes-la-Jolie, le Val-Fourré, Nanterre... les émeutes se multiplient, façon pour la jeunesse des cités de dire leur ras le bol de ce racisme systémique.

La réalisatrice Audrey Estrougo irrigue son film de ce contexte historique, indispensable pour comprendre le phénomène NTM, groupe dans lequel une bonne partie de la jeunesse de ces années-là s’est reconnue. Et cela, même si Joey Starr et Kool Shen se défendaient d’être des porte-voix.  

Force vitale

Elle met en scène la formidable énergie de ces 33 garçons et filles pour ce qu’elle a de galvanisant, mais aussi de délétère. Plus encore quand elle s’attache à Joey Starr et à Kool Shen, les deux piliers de NTM et les deux cœurs battants du film.

À Joey Starr, l’art de la vanne, du clash et des excès. À Kool Shen, les textes qui percutent, la modération, et une certaine discrétion.

Le premier est en mal d’un père qui lui donnerait autre chose que des coups et qui cesserait de l’humilier. Le second a juste envie de faire autre chose dans la vie que placer des faux plafonds comme son père. Et Kool Shen n’est jamais loin du point de rupture, quand Joey met leur amitié à rude épreuve. Mais sur scène la magie opère, comme si ensemble plus rien et plus personne ne pouvait leur résister.

Une magie qui se retrouve dans l’interprétation de Théo Christine (Joey Starr) et Sandor Funtek (Kool Shen). Ils sont toujours dans l’évocation, jamais dans l’imitation avec un talent fou.

Ce film a tout du bain de jouvence…  foncez et plongez-y !

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