Pourris Gâtés : le fric n'est plus chic | Rencontre avec Gérard Jugnot et Nicolas Cuche

Trois grands enfants, nés le " cul dans le beurre ", à qui leur père, veuf depuis 15 ans, compte bien donner une bonne leçon

Effort, travail, humilité sont trois mots totalement inconnus de Philippe, Stella, Alexandre qui mènent la grande vie à Monaco, là où Francis Bartek, leur père, est devenu l’un des plus grands entrepreneurs de la région.

L’emploi du temps de Stella est rythmé par les séances shopping, les réseaux sociaux, ses amours avec Juan Carlos, un oisif vaguement argentin et vaguement guitariste, et aujourd’hui par la préparation de son anniversaire.

Avec 100 projets à la minute aussi improbables et irréalisables les uns que les autres, Philippe, lui, se veut entrepreneur comme papa… et grâce à l’argent de papa !

Quant à Alexandre, il passe plus de temps dans le lit de la femme (et des filles !) du directeur de l’université qu’à étudier sur les bancs de l’amphi.

En cette soirée d’anniversaire, les trois rejetons ont poussé le bouchon tellement loin que leur père en a fait un infarctus.

Il est temps que les choses changent. Aidé par Ferrucio, son bras droit et meilleur ami, Francis décide de faire croire à ses enfants qu’il est ruiné, recherché par la police et qu’ils doivent fuir au plus vite. Direction Marseille, la maison d’enfance de Francis au temps où il aidait son père, ouvrier sur des chantiers.

C’est là que Stella, Philippe et Alexandre vont devoir faire un truc qu’ils n’ont jamais fait : travailler.

Une leçon de vie pour les enfants, mais également pour le père…   

 

Nicolas Cuche, à qui l’on doit plusieurs séries télés dont celle à succès Les Bracelets rouges, poursuit son chemin au cinéma, après les comédies La Chance de ma vie et Prêt à tout.

Il nous offre toujours de belles affiches. Cette fois-ci, c’est autour de Gérard Jugnot et de François Morel, dont le talent comique n’est plus à démontrer, qu’il a réuni de jeunes talents prometteurs : Camille Lou (Les Bracelets rouges, Jusqu’ici tout va bien), Artus (Le Bureau des Légendes, Docteur ?), Louka Meliava (Camping 3, La Belle et la bête) ou encore Tom Leeb, le fils de Michel Leeb (C’est la vie, Edmond).

Avec le puissant capital sympathie de ces acteurs visiblement très complices, on se régale de ce redressement en règle où les vannes fusent, où les situations comiques ne manquent pas et où l’émotion affleure.

Rencontre avec Nicolas Cuche et Gérard Jugnot pour parler comédie et famille.

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L'Agenda Ciné : D’où vous est venue l’idée de ce film ?  

Nicolas Cuche : De mon expérience et de mes préoccupations de père de trois enfants ! Depuis longtemps, je voulais traiter de ce sujet. Nosotros los nobles, film du réalisateur mexicain Gary Alazraki dont je me suis librement inspiré, m’a donné un angle intéressant pour l’aborder.

 

Voyez-vous un lien entre la série Les Bracelets rouge, que vous avez réalisée, et ce premier long métrage ?

Nicolas Cuche : Il n’y a pas vraiment de lien dramatique entre cette série et Pourris gâtés, si ce n’est que la série m’a permis de découvrir l’actrice Camille Lou qui débutait, qui n’avait jamais tourné, et avec qui j’ai eu la chance de travailler. J’ai pu poursuivre notre collaboration - et cela dans un registre complètement différent – en lui donnant dans mon film le rôle de Stella. 

S’il y a un lien, c’est ce ton que j’affectionne : traiter de sujets graves en arrivant à y glisser de la comédie. Dans Les Bracelets rouges, c’est pas beaucoup ; dans Pourris gâtés, c’est plus !

Mon film part sur des bases de comédie et petit à petit il évolue. Il va vers plus d’émotions à mesure que l’on creuse le sujet et que l’histoire se retourne contre le père. Ça m’a fait peur, car j’ai très bien senti quand je tournais, que tout d’un coup ce film glissait. Mais maintenant, avec le recul, je réalise que c’est la force du film.

 

Vous avez été un père absent ?

Nicolas Cuche : Quand on est réalisateur, on est forcément un père absent. Sauf que, contrairement au personnage de Gérard Jugnot, j’ai eu la chance de ne pas perdre ma femme et qu’elle a été très présente. Et effectivement, si elle avait été moins là, moins présente l’éducation de mes enfants aurait été plus problématique.

Gérard Jugnot : Je pense que ce fut aussi une bonne chose pour mon fils, qu’il y ait cette distance, que je ne lui casse pas les " couilles " tous les jours ! Pour ma part, j’ai souffert d’une présence trop forte de mon père. Je pense que quand on est là, on doit être LÀ. Il n’y a pas de culpabilité à avoir. C’est dans l’épanouissement des parents que les enfants s’y retrouvent. Ça ne sert à rien de se dire je vais arrêter ma carrière pour me consacrer à mon enfant… c’est la pire chose. Après on le reproche à sa fille ou à son fils ! Il faut être dans le bon sens, dans l’écoute, la compréhension.

Ce que je trouve très joli dans le sujet de Pourris gâtés, c’est que cet homme, qui veut donner une leçon, va en recevoir une.

 

Quelle leçon avez-vous pu donner à votre fils ?

Gérard Jugnot : Dieu merci, il n’était pas comme ceux du film !  Il était important de lui donner le sens de l’effort, de lui dire que dans la vie, tout ce qu’il aurait, tous les bonheurs qu’il vivrait, ça lui appartiendrait. Ce ne sera jamais parce qu’il est le fils de, qu’il serait heureux dans la vie.

On a pu avoir des conflits, mais la fierté est là, de part et d’autre.

Ce qui l’épanouit, lui, c’est ce qu’il fait, ce qu’il fabrique.

Je dis toujours : il y a une morale à l’argent, même si parfois il y a beaucoup d’injustices. Il y a l’argent récompense, l’argent consolation… ce sens de l’effort, il est important ; il ne faut pas le laisser à l’extrême droite.

Dans la vie tout ce qui vous rend heureux, nécessite un effort.

 

L’argent dans le film est aussi là pour faire oublier que l’on n’est pas là !

Nicolas Cuche : Le père s’est un peu dédouané de son absence en les pourrissant et en les gâtant et en cédant à leurs caprices.

Gérard Jugnot : C’est plus flagrant quand le niveau de vie est élevé, mais il en va de même, quel que soit le niveau de vie. Combien de fois on voit les parents acheter leurs enfants avec une glace, un jouet en plastique … ou un écran, un smartphone (!), pour être tranquilles.

Le problème aujourd’hui c’est moins la question de donner de l’argent que celle de donner du temps. C’est plus compliqué de raconter une histoire, d’intéresser son môme en faisant un truc que de le mettre devant une tablette.

La télé, les écrans sont devenus le premier baby-sitting au monde. Difficile après de revenir en arrière ! Il faut de la patience.

Moi, je trouve que parent, c’est terrible ! Le confinement a été très clair dans ce sens-là !

 

Quels rapports avez-vous entretenus avec cette jeune génération d’acteurs qui jouent dans Pourris gâtés ?

Gérard Jugnot : Comme je dis toujours, maintenant, si je veux continuer, je suis un peu obligé de jouer avec les jeunes.

Camille Lou, Artus, Louka Meliava… ils ont été formidables, mélange avec les trois d’irrespect et de respect. Ça s’est fait très simplement. Aujourd’hui, je suis condamné à jouer les pères, les grands-pères, en espérant pouvoir jouer un jour les arrières grands-pères !

 

La géographie a une importance dans votre film

Nicolas Cuche : Il fallait trouver un vrai contraste. Monaco, s’est imposé assez rapidement, cette espèce de Disneyland pour gens fortunés. Cela permettait, avec Marseille, de bien positionner deux mondes, deux univers différents qui se télescopent.

 

La comédie pour vous … toujours et encore ?

Gérard Jugnot : J’adore la comédie, mais je n’ai pas fait que ça. Mon personnage dans Pourris Gâtés n’est pas très comique. Je pense que le rire allège le drame et que drame donne du poids au rire. Quand on mélange les deux, ça me convient tout à fait !

Il faut toujours qu’il y ait un éclat de rire qui éclaire le film.

Je dis toujours : la comédie, c’est du drame qui s’arrête à temps ! Il n’y a pas de comédie sans drame.

Nicolas Cuche : Et Gérard Jugnot a ce talent-là. Tous les comédiens n’ont pas cette capacité à tourner, à fonctionner dans une comédie, à être drôles.

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