Les Parfums… Essences et réminiscences

Les Parfums… Essences et réminiscences
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Les Parfums… Essences et réminiscences - © Stephanie Branchu

Faute de mieux, Guillaume Favre, fraîchement divorcé, est chauffeur de voiture de luxe. Ayant sérieusement entamé le nombre de points sur son permis, il risque de perdre ce travail, vital pour lui s’il veut conserver la garde alternée de sa fille de 10 ans. 

À cette période compliquée de sa vie, vient se rajouter Mademoiselle Anne Walberg, une cliente particulièrement distante et autoritaire qu’il est chargé d’emmener là où son travail de " nez " l’appelle. Derrière l’attitude peu amène de sa passagère se cache une femme blessée, réduite à des missions beaucoup moins glorieuses que du temps où elle concevait des parfums pour les plus grandes maisons de luxe.

Ce compagnonnage obligé et électrique entre deux personnes un peu perdues dans leur vie se révélera plein de promesses

Nez à nez

7 ans après " L’air de rien ", son premier film, Grégory Magne nous emmène à nouveau sur les routes avec une fois encore la rencontre de deux mondes très dissemblables.

En lieu et place d’un chanteur populaire (Michel Delpech jouait là son propre rôle) et d’un huissier de justice réunis pour une tournée de la dernière chance, le réalisateur français fait voyager ensemble un homme touche à tout et une femme brillante dans son domaine et habituée des hautes sphères.

Tout en élégance, empreint d’une certaine mélancolie et non dénué d’humour, le film prend pour cadre le monde des odeurs et des parfums. Il sera question de chimie au sens scientifique du terme, de chimie entre les êtres et de chimie des émotions !

Une chimie également au rendez-vous avec ces personnages taillés sur mesure pour Grégory Montel (déjà au générique de " L’air de rien ") et Emmanuelle Devos !

L’Agenda Ciné a rencontré le réalisateur Grégory Magne, l’actrice Emmanuelle Devos et l’acteur Grégory Montel qui nous en disent plus sur le film en général et sur la puissance évocatrice d’une odeur ou d’un parfum en particulier.

Interview de Grégory Magne

Vous avez été journaliste et documentariste. Quel a été le besoin de passer à la fiction… et l’on pense à " L’air de rien ", votre premier film, il y a 9 ans.

… De la fiction avec une très forte empreinte de journalisme et de documentaire, car ce fut ma seule école. Le journalisme et le documentaire m’ont permis d’écouter, d’observer comment les gens parlent, comment on fait une phrase, comment on exprime les choses, comment on se tait… aussi (!), avec tout ce qui se dit dans les silences.  Ce fut très formateur en termes d’écriture et de direction de comédiens.

Quant à cette envie de fiction, elle remonte à loin, au temps de mon adolescence dans ma province française. Cet univers me paraissait inatteignable et je l’avais rangé dans un coin. Puis quand du journalisme, je suis passé au documentaire, ce petit rêve d’enfance est revenu un peu fort !

 

Pourquoi le parfum ?  Un sens assez difficile à traduire en image !

Le parfum n’est intéressant que dans le souvenir qu’il génère ou qu’il convoque. Un parfumeur, est quelqu’un qui a une mémoire olfactive incroyable, qui sait que pour produire telle odeur il faudra chercher tel ou tel ingrédient. Et puis, j’ai souvent été marqué par cette force, cette puissance, cette beauté du souvenir olfactif. Un parfum, une odeur que vous n’auriez pas notée sur le moment, vous revient très fort et vous ramène 30 ans en arrière avec tout un tas de visages, de sensations, d’émotions, de lumières !

 

Emmanuelle Devos sonne comme une évidence pour ce personnage d’Anne Walberg...

Un silence, un regard… avec très peu de choses, elle arrive à raconter (que ce soit dans la souffrance, le plaisir, la solitude...) comment ça vibre à l’intérieur d’elle-même.

 

Le personnage de Guillaume Favre qu’interprète Grégory Montel semble très peu éloigné de celui qu’il tenait dans " L’air de rien ", votre premier long-métrage, à l’époque où ni vous, ni lui n’étiez très connus… comme si vous aviez grandi ensemble !

Effectivement, dans la vie on a grandi ensemble ! On se rencontre 2 ans avant que " L’air de rien " se fasse (financement oblige) et on ne se quitte plus !  On habite très près l’un de l’autre. On connaît nos familles. Je connais ses parents, ses amis d’enfance, ses mômes.

Du coup, j’écris en pensant à lui, en sachant très bien ce que je vais chercher chez lui et en sachant très bien comment il est dans la vie dans telle ou telle situation.

C’est peut-être plus compliqué pour lui qui doit alors chercher ce que j’ai dans la tête ! 

Je suis très heureux de lui avoir à nouveau donné un joli rôle au cinéma, car je trouve qu’il a un truc qui va toucher les gens comme moi j’ai envie de les toucher.

Ce qui m’a plus chez lui quand on a bu notre premier café ensemble, c’est cette humanité, ce bon sens, ce côté : " Je sais d’où je viens. Je connais cette France-là. J’y retourne souvent et c’est à ces gens-là que j’ai envie de parler. "

C’est valable pour lui et c’est valable pour moi ! 

 

Une odeur, un parfum préféré ?

L’odeur de l’herbe coupée. Tout ce que je fais dire au personnage de Guillaume, c’est moi, c’est mon souvenir à moi. 

Une autre odeur qui m’est chère par-dessus tout et qui me fait du bien : celle de la boulangerie, du pétrin, parce que mon grand-père, mon oncle étaient boulangers et que mes cousins sont boulangers.

 

Une odeur, un parfum pour dire votre film ?

Le pétrichor… une odeur que l’on a pu expliquer récemment ; une odeur que l’on peut sentir en été quand la pluie est tombée après une longue période de chaleur et de sécheresse. Ce sont des petites bulles qui sont contenues dans les gouttes d’eau, comme une effervescence, et qui au contact du sol vont libérer cette odeur si spécifique de la pluie d’été.

Interview d'Emmanuelle Devos

Quelle affinité avez-vous pu avoir avec ce personnage de Anne Walberg ?

Dans cette agoraphobie, cette difficulté à affronter les gens, dans cette sorte de sauvagerie que l’on peut appeler de la timidité, mais qui tient plus d’une trop grande porosité aux gens, au monde, obligeant à se barricader dans une bulle confortable où l’on se sent bien …  elle pourrait être un autoportrait caché ! 

J’ai fait le parcours d’Anne Walberg… je savais donc comment la jouer !

On a pu me considérer comme quelqu’un d’intimidant, d’un peu froid, moi qui dans la tête me vois comme un Caliméro, comme une violette de sous-bois… je ne comprenais donc pas pourquoi on me disait ça.

C’est ce que je dégage, et il n’est pas étonnant que l’on me confie de tels rôles.

Je pourrais monter sur les tables, crier et faire rire des salles entières… il y aura toujours ça en moi. Même si je parle franc, si je parle de moi … j’ai un côté réservé !

 

Pour vous, y a-t-il des passerelles, des correspondances entre ce métier de " nez " (le personnage que vous interprétez) et votre métier d’actrice ?

Comme celui d’acteur, le créateur de parfum demande de s’intéresser à beaucoup de choses. Pour trouver l’inspiration quand on crée un parfum, il faut aller fouiner un peu partout, que ce soit dans sa mémoire, dans ses voyages, ses rencontres, ses lectures. On peut être inspiré par un tableau, un roman, un poème.

Ce sont deux métiers où il faut être curieux, où il faut nourrir son inspiration, où il faut se cultiver, avoir une expérience humaine… tous les métiers devraient être comme ça !

 

Une odeur, un parfum pour dire le film ?

Un intérieur de voiture en cuir avec une note de bergamote… un parfum qui serait très réconfortant ! 

Interview de Grégory Montel

Qu’est-ce qu’il y a de vous dans ce personnage de Guillaume Favre ?

Je suis persuadé qu’il existe assez peu d’espace entre l’acteur et le personnage, l’acteur et le rôle. Et les scénarios sont suffisamment différents et écrits de manière différente pour que l’on ait encore le droit d’y mettre beaucoup de soi.

J’avoue que pour chaque personnage, j’y mets beaucoup de moi, sauf quand ça nécessite une véritable composition.

Je ne crois qu’à une seule chose dans la comédie, dans le jeu : la sincérité.

Sur un plateau, je m’oblige à préserver une forme de fraîcheur qui peut être considérée parfois comme un manque de rigueur. J’aime me surprendre. J’aime la vérité de l’instant. Pour moi c’est une forme de recherche. Je suis un ennemi de l’esprit de sérieux, que ce soit au cinéma ou au théâtre… c’est mon blocage absolu. Ça annihile tout plaisir. Comme le dit Jean-Michel Ribes : " L’esprit de sérieux est le cholestérol de la création. "

 

Une odeur, un parfum pour dire le film ?

Ce qui m’a marqué sur ce film, c’est la permanence de cette odeur d’herbe coupée que l’on y évoque régulièrement.

Quand Grégory Magne fait un film, il parle aussi beaucoup de lui. En jouant cette scène particulière dans le film, je sais que pour Grégory qui l’a écrite, c’est quelque chose de très profond.

Du coup, j’ai totalement intégré cette odeur au point de partir à la recherche d’un parfum qui s’en approcherait. Je l’ai trouvé à Bâle dans une parfumerie extraordinaire qui vend des parfums dont je n’avais jamais entendu parler : c’est Apsu de Ulrich Lang, parfum qui est dorénavant le mien et qui me rappelle cette scène où Emmanuelle Devos explique, en scientifique qu’elle est, le pourquoi du comment de cette odeur d’herbe coupée.

 

Avant cette odeur d’herbe coupée que vous avez faite vôtre grâce à ce film, une odeur ou un parfum auquel vous tenez particulièrement ?

Habit rouge de Guerlain que j’ai en tête depuis l’âge de 10 ans et qui évoque pour moi un homme charismatique. Il me rappelle le père d’un de mes meilleurs amis, que je connais très bien. Ce parfum m’a bouleversé.

Premier figuier de l’Artisan Parfumeur est aussi un parfum qui me hante.

 

Un dernier mot sur " Les parfums ", le film ?!

C’est un film qui fait confiance au spectateur… j’adore !

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