Jumbo : la belle et la bête

Jumbo : la belle et la bête
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Jumbo : la belle et la bête - © Tous droits réservés

La vie de Jeanne se partage entre son travail de gardienne de nuit dans un parc d’attractions et sa chambre peuplée des reproductions de manèges qu’elle fabrique. Timide et solitaire, avec toujours un pied dans l’enfance, la jeune femme a du mal à trouver sa place dans le monde. L’exubérance de sa mère l’embarrasse, tout autant que les avances d’un collègue de travail.

Le réconfort, et bientôt l’amour, elle va le rencontrer et le vivre avec Jumbo, un grand manège à sensations, l’attraction phare du parc. Cette romance improbable provoquera malentendus et incompréhensions autour d’elle…

Subversif

Pour son premier long métrage, la réalisatrice belge Zoé Wittock s’est inspirée d’une histoire vraie.

Il était ardu et hardi de s’emparer d’un tel sujet pour en faire un film. Pari gagné dans le fond et dans la forme grâce notamment à l’interprétation de Noémie Merlant (déjà remarquée dans Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma), le magnifique travail de l’image, et une mise en scène qui oscille entre réalisme et fantastique pour mieux dire le mystère de cet amour.

L’agenda Ciné a interviewé Zoé Wittock, à l’occasion de la sortie de son film en VOD

L'Agenda Ciné : Pouvez-vous nous parler de cette histoire vraie qui a inspiré " Jumbo "?

Zoé Wittock : Tout a commencé, il y a 8, 9 ans par la lecture d’un article de journal qui relatait l’histoire d’une jeune femme qui était tombée amoureuse de la Tour Eiffel et l’avait épousée. Dans un premier temps cette histoire m’a fait sourire, et en même temps fascinée. J’ai voulu comprendre le pourquoi du comment et savoir qui était cette Erika LaBrie devenue Erika Eiffel après son mariage avec la Tour Eiffel.

J’ai fini par la joindre. Nous avons beaucoup discuté ensemble. Elle m’a finalement fait confiance, voyant que j’allais au-delà du fait divers et du côté bête curieuse que pouvait susciter un sujet de ce genre.

Au fur et à mesure de nos échanges, je me suis retrouvée face à quelqu’un de tout à fait censé qui me racontait une histoire d’amour comme une autre… alors que l’on parlait d’une histoire d’amour avec un objet !

Je n’ai pas voulu raconter SON histoire, mais nos échanges m’ont inspirée ; ils ont donné la direction et le ton que je voulais donner à ce film.

 

En quoi vous êtes-vous approprié cette histoire jusqu’à vouloir en faire un film ?

La rencontre avec Erika m’a tellement surprise… elle m’a demandé de faire un chemin émotionnel et intellectuel. Un chemin que j’ai l’habitude de faire puisque partout où je suis allée, j’ai toujours été étrangère, devant m’adapter aux autres, essayer de les comprendre.

De plus le travail de cinéaste est un travail de curiosité de l’autre, d’empathie.

Ce chemin que j’ai fait, ce ressenti que j’ai eu - celui de passer de quelque chose d’étrange à une histoire d’amour presque normale – j’ai voulu aller le chercher auprès d’une audience plus large, en faisant un film.

Si le personnage ne faisait pas de doute, il n’y avait pas forcément un film derrière !

Le film ne m’est apparu comme une évidence qu’à partir du moment où j’ai eu l’idée de le placer dans un parc d’attractions.

Une attraction, comme son nom l’indique, est quelque chose qui attire. C’est un objet qui procure énormément de sensations et d’émotions : la peur, la joie, l’excitation, l’euphorie, le stress, l’anticipation…

 

Ce sujet que vous avez décidé de mettre en scène était éminemment " casse-gueule ".

Si je m’en étais vraiment rendu compte, je ne l’aurais pas fait ! Je pense que pour partir sur ce genre de sujet il faut avoir une forme d’insouciance et d’inconscience.

On plonge parce que l’on est connecté à l’histoire, et d’une manière que l’on ne comprend pas encore… en tous cas au début.

Il s’agit aussi de défiance. Faire ce film, c’était aussi m’affirmer, surprendre les gens avec un sujet auquel on ne s’attend pas venant d’une " jolie fille ", d’une jeune femme de " bonne famille "… il y avait là une forme de rébellion.

Ces clichés concernant les femmes réalisatrices, ce qu’elles sont censées raconter ou ont à raconter, sont en train de tomber.

 

Jumbo ", est l’un des premiers films proposés en VOD (vidéo à la demande) sur de nombreuses plateformes, faute de pouvoir sortir en salle en cette période exceptionnelle où sévit le COVID-19. Quel est votre sentiment sur cette proposition inédite ?

Mon rêve était la sortie en salle et qu’une espèce de communion se crée autour du film par la proximité physique des gens. De plus, j’ai conçu ce film pour le cinéma, un film très visuel, très sensoriel, fait pour être discuté, débattu après qu’on l’ait vu.

Vu seul devant son écran, qu’en est-il du discours, du cheminement que l’on aura pu faire après ? Je suis bien sûr chagrinée, mais ce film vivra différemment et ça n’est pas moins intéressant.

On espère tous que ça se passera bien et on fait tout pour accompagner le film sur cette voie inédite… mais qui reste une proposition exceptionnelle.

Lové dans votre canapé, laissez-vous surprendre par cette belle histoire d’amour.

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