Les créateurs d’Invisible se confient sur la genèse et la réalisation de la série belge

Marie Enthoven, créatrice et scénariste de la nouvelle série belge, et Geoffrey Enthoven, son réalisateur, ont répondu à quelques questions sur le processus d’écriture et de réalisation d’Invisible.

Invisible, comme son nom l'indique, est l'histoire d'un petit village belge dans lequel plusieurs habitants deviennent en quelques jours littéralement invisibles. Hors des regards, l’invisible peut tout faire sans être vu. Plus personne ne peut le punir ni le juger… Mais est-ce vraiment un avantage ? Alors que certains utilisent leur invisibilité comme un outil de vengeance ou de domination, d’autres le vivent comme un exil. Mais tous se retrouvent face à un choix moral : leur invisibilité est-elle un pouvoir ou un handicap ?

Marie Enthoven est scénariste et a déjà écrit pour plusieurs séries belges comme E-Legal et Unité 42. C'est elle qui a créé Invisible et qui l'a écrite avec Nicolas Peufaillit et Bruno Roche. Geoffrey Enthoven est un réalisateur belge multi-primé, notamment pour ses films Les Enfants de l'amour et Hasta la vista. Il réalise ici sa première série. Ils se sont tous les deux livrés sur les secrets de fabrication d'Invisible.

Les photographies qui illustrent cet article ont été réalisées avant la pandémie de Covid-19, voilà pourquoi l'équipe n'y porte pas de masques.

D’où vient l’idée d’Invisible ?

Marie Enthoven : J’ai commencé à créer "Invisible" face à une page blanche avec juste un mot : invisible, qui m’a été proposé par Christophe Louis, le producteur initial de la série. J’avais envie de réfléchir à un concept fantastique qui parlerait de notre époque, de notre société, avec au centre ce mot très ambitieux. Après avoir passé la première phase de développement du fonds en février 2016, j’ai rencontré Bruno Roche qui est le meilleur co-scénariste qu’on puisse trouver. C’est quelqu’un qui a su épouser ma vision avec modestie, sans jamais perdre son niveau d’exigence et en tirant le projet toujours plus haut, jusqu’au top de son potentiel.

Comme l’idée était de faire des invisibles les personnages principaux, il fallait d’abord trouver un moyen de les rendre visibles à l’écran. C’est ainsi qu’est venu un des premiers piliers d’Invisible : la nudité. Celle-ci reflète la part humaine et fragile des invisibles que je voulais à tout prix traiter pour sortir du côté " super héros ". Ensuite est venue l’idée de l’épidémie avec la mise en quarantaine des invisibles par les autorités et la recherche du pourquoi les gens deviennent invisibles. Chaque personnage interprète l’invisibilité différemment. Ainsi, Laurence, EHS, pense que le phénomène est dû à la pollution électromagnétique.

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Sur le tournage d'Invisible : les comédiens Fabio Zenoni et Roda Fawaz © KWASSA FILMS / RTBF / PROXIMUS

La cécité comme principale thématique, mais pas uniquement ? Vous parlez aussi des électro hypersensibles, du cyberharcèlement, des avancées scientifiques, du regard des autres…

Marie Enthoven : L’élément qui m’a séduite au début du projet était effectivement le lien que j’ai imaginé entre l’invisibilité et notre cécité à tous. Si quelqu’un est invisible, il est évident pour nous que c’est lui qui n’est plus visible. Et si c’était l’inverse ? Et si c’était moi qui ne voyais plus ? L’invisibilité serait alors l’expression de ma cécité face à l’autre. Il s’agissait pour moi, dans cette première saison, de commencer par inverser la question.

Les électro hypersensibles, le cyberharcèlement et les avancées scientifiques sont des sujets de société qui permettent d’ancrer les personnages dans une réalité qui leur est singulière et dont ils ne peuvent faire l’économie. Cependant, les EHS (électro – hyper sensibles) s’inscrivent dans la thématique d’invisibilité car ce sont des personnes que la société a décidé de ne " pas voir ". Même chose pour le cyberharcèlement, c’est à nouveau un sujet qui vient décliner la thématique de la cécité vers une " survisibilisation " de Lily qui devient un " objet " tellement vu, que l’être humain qu’elle est n’est plus vraiment pris en compte. Concernant les avancées scientifiques, le personnage de Nathan Denayer est là pour illustrer la manière dont la science ferme parfois les yeux sur notre part humaine. Nathan, qui représente la science, voit dans les invisibles une manière pour lui de briller. C’est encore une manière d’illustrer notre cécité.

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© KWASSA FILMS / RTBF / PRODUCTION

Quelles sont les contraintes techniques de tourner avec des comédiens "invisibles" ?

Geoffrey Enthoven : Nous avons trouvé des solutions aux limites. Nous avons bien évidemment travaillé avec des effets spéciaux (sfx/vfx) grâce auxquels nous montrons l’impact des personnes invisibles sur leur environnement. On y voit des objets en mouvement, un lit qui semble se faire tout seul, une voiture qui semble rouler sans conducteur, des vêtements qui flottent, etc. Cela nécessite de filmer l’action en différentes couches, d’abord le fond, puis l’action avec des combinaisons ou des objets verts.

Nous avons aussi dû faire beaucoup de cascades avec ou sans acteurs. Cela a demandé beaucoup de répétitions. Enfin, nous avons développé une grammaire visuelle pour pouvoir également montrer les émotions des invisibles. C’est un point de vue créé uniquement pour le spectateur qui a le privilège de voir les invisibles. Dans cette dimension, ils se promènent nus. Le défi supplémentaire était que nous avons tourné la série en hiver à des températures très basses. Parfois même jusqu’à -6 C. Les acteurs ont donc dû suivre un entraînement spécial pour faire face au froid.

Pour voir ou revoir les quatre premiers d’épisodes d’Invisible, rendez-vous sur Auvio. Invisible est diffusée au rythme de deux épisodes par semaine, chaque dimanche à 20h55 sur La Une.

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