"Invisible" : un tournage en pleine pandémie, ça ressemble à quoi ?

Comme bon nombre de productions audiovisuelles, la nouvelle série belge de la RTBF a dû s’adapter aux mesures de protection contre le Covid-19. Stoppé quatre jours avant le clap de fin, le tournage d’Invisible a ensuite pu reprendre quatre mois plus tard. On a discuté avec sa productrice Annabella Nezri des conséquences d’une telle interruption.

Le confinement a été instauré alors qu’il restait une semaine de tournage. Comment avez-vous appris la nouvelle ?  

Annabella Nezri : Au début, on ne se rendait pas compte de la situation. Deux jours après le Conseil National de Sécurité du 13 mars, on a commencé à paniquer, car on entendait que tout allait devoir s’arrêter. J’ai fait une réunion de crise sur le plateau pour rassurer mon équipe. On sentait que ça allait arriver, car on avait des figurants qui ne venaient pas. Et puis, la réalité a rattrapé la fiction. On portait des masques sur le plateau pendant qu’on tournait des scènes dans lesquelles les comédiens portaient aussi des masques dans le cadre de l’histoire, donc c’était un peu surréaliste. Le lundi 16 mars, on devait tourner une scène en extérieur et le directeur de production m’a appelé pour me dire que ce n’était plus possible.

Comment avez-vous géré cette "pause" forcée ?

Ça a été très difficile psychologiquement. Après 68 jours de tournage, on avait trouvé notre rythme, tout roulait super bien. S’arrêter sans savoir quand on reprend, c’est compliqué. Stopper un tournage du jour au lendemain a aussi un coût financier énorme. Si on a arrêté de tourner, on a cependant continué la post production. Les monteurs travaillaient de chez eux et le réalisateur leur faisait des retours par Skype. Ce qui était compliqué c’est que la majorité des images qui manquaient étaient celles de l’épisode 1….

Comment s’est passé la reprise du tournage ?

Fin mai, on a pu recommencer le tournage sous certaines conditions : tester tous les comédiens, désinfecter le matériel, engager un référent Covid, tourner en équipe restreinte et privilégier le digital au papier. Comme la bulle était de 5 personnes max, on a dû réécrire ou supprimer toutes les scènes incluant beaucoup de figurants ou d’acteurs. Il nous restait quatre jours de tournage. Heureusement, on n’a eu aucun souci en post production, et on a tout livré à temps.

Ça s’est donc bien terminé…

Oui, et ça nous a aussi permis de maturer l’épisode 1. Les épisodes 2 à 8 étaient terminés, donc on avait trouvé la grammaire, le rythme et la chronologie des personnages dans le montage. L’épisode 1 a été plus facile à monter que si on l’avait monté en premier. C’était assez intéressant de travailler comme ça et je pense que je le referais. En général, quand on commence par le montage du premier épisode, on se cherche un peu. Ici, ça nous a permis d’être beaucoup plus efficace.

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Myriem Akheddiou dans "Invisible" © KWASSA FILMS - RTBF - PROXIMUS

Avez-vous modifié des choses dans le scénario ou la réalisation suite au confinement ?

Comme on avait déjà monté tous les autres épisodes, on a pu se rendre compte que certaines scènes n’apportaient rien et qu’on n’avait pas besoin de les tourner. Au niveau de l’apparence des comédiens, il a fallu faire attention. Fabio Zenoni (Nathan dans la série, NDLR.) faisait deux à trois heures de vélo par jour pendant le confinement, il est donc revenu sur le plateau avec 10 kg en moins ! On a donc dû le camoufler avec le maquillage et les costumes pour ne pas qu’on voit qu’il était beaucoup plus mince. On a aussi dû recouper les cheveux de tout le monde !

Un autre obstacle a été la météo. On a commencé le tournage à l’automne et quand on est revenu, c’était l’été. On a donc dû trouver des subterfuges. Par exemple, on filmait le moins possible les arbres. Quand on faisait des plans drones, c’était de très loin pour qu’on ne voit pas certains arbres en fleurs. On a aussi choisi des arbres qui restent pareils toute l’année. Geoffrey Enthoven (le réalisateur, NDLR.) a presque dû faire des études de botaniste (rires) !

Avec le recul, quel regard posez-vous sur cette période ?

Comme la série est terminée, qu’on est hyper content et que le public est au rendez-vous, je pense qu’une partie de notre cerveau pratique une forme de résilience. Ça a été difficile à accepter, mais le fait de continuer à monter nous a aidé. Cet arrêt nous a permis de digérer la matière et donc de faire du meilleur travail en montage. On était moins fatigués que si on avait commencé à monter au lendemain de la fin du tournage. Ça nous a certainement permis de prendre du recul sur la matière, alors que quand on vient de terminer un tournage, toutes les histoires s’entrecroisent. On s’en est donc bien sorti !

Les épisodes sont diffusés le dimanche à 20h55 sur La Une. Tous les épisodes d'Invisible sont à revoir en replay sur Auvio jusqu'au 27 décembre.

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