Axel, père de trois enfants, choqué par le JT de la RTBF

Axel, père de trois enfants, choqué par le JT de la RTBF
Axel, père de trois enfants, choqué par le JT de la RTBF - © Tous droits réservés

Comme de nombreux autres médias, la RTBF a parlé d’un scandale sexuel début octobre. Axel a été choqué par le traitement qui en a été fait au journal de 13h.

Dans sa voiture, en allant chercher ses enfants, Axel entend parler d’images pornographiques diffusées via les réseaux sociaux sans le consentement de la victime. Rien ne le choque dans ce qu’il entend. Au contraire, il pense que ça peut être l’occasion de parler des risques des réseaux sociaux avec ses enfants. 

Un peu plus tard, à table, comme d’habitude, Axel regarde avec ses enfants le journal télévisé. Il n’éteint pas le poste quand il entend Ophélie Fontana lancer ce sujet car, justement, il veut en débattre en famille. La séquence s’ouvre sur les lieux : un club sportif. Cela, déjà, le dérange : il se dit que les personnes impliquées peuvent être reconnues... La RTBF, évidemment, ne diffuse pas les fameuses images, ce serait illégal à plus d’un titre, mais le commentaire détaille les pratiques sexuelles qui ne peuvent être montrées. Axel reste abasourdi par ce qu’il entend ! Il écrit au service médiation (inside@rtbf.be). Inside lui donne la possibilité d’en parler de vive voix avec un responsable RTBF, Bruno Clément, rédacteur en chef du JT... qui s’excuse d’entrée de jeu. 

Il y a eu une maladresse. Il ne fallait pas décrire à ce point ce que nous ne montrions pas. D’ailleurs, au 19h30, la séquence a été modifiée.” 

Axel : “Mais la crudité des propos, en plus d’être embarrassante, ne sert pas l’information. Je suis complètement passé à côté du fait que la justice avait ouvert une instruction pour diffusion d’images pornographiques ...et viol. Après les premiers mots, je n’écoutais plus...” 

Bruno : “ Chaque jour, nos journalistes traitent d’infos et d’images difficiles. Nous ne sommes pas à l‘abri d’une maladresse ou d’une erreur, mais il n’y avait aucune intention de faire du sensationnalisme ou de blesser. Ce sujet était difficile à traiter et nous avons voulu en parler dans nos journaux car il y a là des thématiques dont on doit parler : les violences faites aux femmes et les dérives des réseaux sociaux.” 

C’était bien d’expliquer qu’on ne peut pas faire ce genre de choses. Mais, d’une certaine façon, vous avez fait ce qu’on ne peut pas faire : vous avez montré le club, parlé de sexe et permis d’identifier les victimes...” 

Tous les médias en parlaient, cela circulait... Evidemment que la victime et les auteurs ont été identifiés par leurs proches, mais ce n’est pas à cause de la RTBF... Je le répète, il fallait en parler. Parfois, nous choisissons même de montrer des images extrêmement violentes car l’information est à ce prix. Dans le cas du génocide rwandais en 1994, je peux vous dire que les images qui nous parvenaient étaient insoutenables... Et nous en avons diffusées, car il fallait montrer cette horreur, faire comprendre ce qui se passait. 

Bien sûr qu’alors, nous essayons d’avertir les spectateurs et de permettre aux plus sensibles de s’éloigner du poste.” 

Plutôt satisfait, Axel demande qu’on aille vers une info plus pudique, respectueuse du droit des personnes, notamment les personnes décédées. Il pense qu’on peut parler de dérives sexuelles sans préciser les actes et de conflits armés sans montrer les cadavres. 

Pour Amandine Degand, Professeure à l’IHECS, le problème en l’occurrence vient probablement du format JT: l’obligation d‘avoir rapidement une séquence en image, pousse les équipes à avoir une “routine”, une façon de procéder éprouvée où on montre les lieux du crime. Elle pointe la différence avec des médias numériques qui face à un sujet pareil peuvent d’une part prendre le temps de s’éloigner du fait-divers et d’autre part, travailler avec des mises en images différentes, comme la bande dessinée ou le graphisme. Ce qui permet d’être plus “pudique” mais aussi de se centrer sur l’intérêt social derrière le fait-divers. 

L'intégralité du débat avec toutes ses nuances dans la vidéo ci-dessous. 

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