Une dernière nuit en taxi avec Christophe

Un visage buriné auréolé d’une chevelure en bataille et d’une moustache bien fournie. Deux signes distinctifs caractérisant Christophe à tout jamais. Et ce depuis le début de sa carrière lancée au temps des yéyés par ce tube instantané de l’année 65, "Aline", évoquant son premier amour déchu. Jusqu’au bout, Christophe a cultivé son allure stylée de dandy à l’instar d’Oscar Wilde qu’il vénérait. C’est donc sans surprise qu’il nous a mené dans la suite parisienne de "L’Hôtel", lieu où le sulfureux écrivain britannique a rendu son dernier souffle. Dans cette chambre de passage à l’ambiance romantique surannée, l’artiste, inspiré, s’est emparé de sa guitare pour un live acoustique. Deux titres phares de son répertoire, "Les Paradis perdus" et "Les Mots bleus" issus de ses albums éponymes signés par Jean-Michel Jarre. Régal intégral !

Dans ce taxi aussi, Christophe livre des indices révélateurs de sa personnalité. "Moi, je suis pas dans les règles, je suis un résistant !". Et le rebelle de pointer au détour d’une rue, une des scènes culte du 7e art français : "C’est là que Belmondo s’effondre dans À bout de souffle de Godard". Un peu plus loin, rue de Verneuil, devant la demeure de Serge Gainsbourg, notre invité saluait la mémoire de cet autre génie de la chanson disparu lui aussi à regrets.

Notre oiseau de nuit autodidacte nous a surpris à plus d’un titre. À commencer par son modus vivendi défiant le train-train quotidien du commun des mortels. Réveil à 17h. Opérationnel qu’à partir de 22h. Décalage horaire assuré. Pourquoi la nuit ? Parce que qu’il aimait son silence, sa solitude, ses lumières particulières et la lune, compagne des songes. Un timing surprenant dont se souvient notre scripte, Ottavia Marcon : "Ce qui était super beau, c’est qu’il nous a fait vivre sa nuit. Enfin, sa journée… (…) C’était le confinement à lui tout seul mais pas distancié". L’homme plutôt introverti était foncièrement humaniste. Un perfectionniste méticuleux en regard de son art doublé d’un être sélectif dans ses rapports sociaux.

Les rencontres nourrissaient sa création et sa vie intérieure. Dès lors, rien d’étonnant à ce qu’il ait convié une dizaine d’interprètes issus la jeune génération française dont Camille sur l’album "Christophe etc." paru l’année dernière. Notre invité occupait une position unique dans la chanson française reliant les anciens à la jeune garde musicale conquise par sa perpétuelle quête expérimentale.

Applaudis par la critique, ses albums "Paradis retrouvé" (2013) et "Les vestiges du chaos" (2016) ont confirmé une fois de plus sa source inépuisable de créativité. Ses concerts étaient de vrais petits bijoux figeant l’instant présent tout en épousant musicalement l’air du temps technologiquement parlant. Christophe n’a cessé d’expérimenter, de creuser son univers musical dans son studio personnel du Boulevard Montparnasse se comparant à "un peintre sonore". Et pour le coup, sa palette a coloré la chanson française sans jamais pâlir à une nuance près.

Du son à l’image, un seul clic. Partout où il passait, Christophe prenait des photos avec son petit appareil jetable. Dans son objectif, des gens et des objets. Son amour des voitures, les belles américaines ou italiennes, ses virées en Buick, Lamborghini ou Ferrari l’ont émoustillé plus que de raison dans les sixties. Une folle passion soldée un retrait de permis de conduire.

Cet amoureux fou de la musique et des sons, fils d’un entrepreneur et d’une couturière a conquis son auditoire par sa voix unique mâtinée de fragilité et de violence contenue. Son romantisme détourné et son avant-gardisme le définissent également. Mais pas que. Quel mélodiste hors pair ! Ses compositions raffinées, sublimes petites symphonies ciselées sont imprimées dans notre inconscient collectif ad vitam eternam. Entendez-vous ses refrains ?

Daniel Bevilacqua, de son vrai nom, n’aimait pas l’école et avait tendance à fuguer. À 14 ans, il est parti seul et sans autorisation parentale pour aller jouer dans les bars de la Côte d’Azur avec pour seul bagage : un sac de couchage, une guitare et un transistor "pour écouter Salut les copains." Lorsqu’il se lance sérieusement dans la musique, il a pris le nom de Christophe, à cause de la médaille de Saint Christophe offerte par sa grand-mère. Si les voix de l’au-delà sont a priori impénétrables, la sienne est vouée à l’éternel. Rip l’artiste !

Retrouvez Christophe ce dimanche 19 avril à 20h40 sur La Trois, en replay sur RTBF Auvio et bientôt sur la chaîne Youtube d’Hep Taxi !

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