La violoncelliste Camille Thomas, le cœur au bout des doigts

Sa signature sur Deutsche Grammophon, l’un des plus prestigieux labels au monde. Le buzz de ses vidéos sur les réseaux sociaux. Les festivals internationaux qui se l’arrachent. Autant de signes qui ne trompent pas. A 33 ans, la jeune soliste franco-belge est une star de la musique classique. Sa rencontre dans Hep Taxi !

 

Elle a tout pour elle, Camille Thomas. Une beauté naturelle et l’éclat de la jeunesse. Une sensibilité à fleur de peau couplée à une générosité sans bornes. Une éloquence discursive et le petit plus qui fait toute la différence, ce don du ciel nommé talent. Derrière celui-ci, il y a des centaines de milliers d’heures de travail volées précocement à ses jeux d’enfant. Mais aussi, un terrain éducatif propice à l’amour de la musique classique. Si pas une prédisposition génétique...

Les chiens ne font pas les chats

Toute petite, pendant que ma sœur et ma maman jouaient, j’allais danser à côté d’elles ou mettre mes playmobils sous le piano " explique Camille. C’est que sa mère, Isabelle Declère fut pianiste-concertiste avant de se réinventer en artiste peintre et son père, un informaticien mélomane, musicien amateur. Ses deux sœurs pratiquent, elles aussi, un instrument. Du haut de ses quatre ans, Camille choisit personnellement le sien. " J’ai entendu le son du violoncelle et ça m’a touchée au cœur " se remémore-t-elle. Et d’ajouter : " c’est un instrument qui a un chemin direct vers l’âme. Parce qu’il ressemble à une voix". La tessiture de la voix humaine parle très tôt à cette enfant qui rejoint à huit ans, les choeurs de la Maîtrise de Radio France.

A dix ans, Camille intègre le conservatoire à rayonnement régional de Paris où elle fera toute sa scolarité. L’élève, brillante, y décroche en fin de cursus, le premier prix de violoncelle à l’unanimité du jury. Pourtant, elle sera refusée par deux fois au Conservatoire de Musique de Paris ! " J’avais l’impression que ma vie était fichue " dit-elle

Le plan B, c’est Berlin et ses hautes écoles de musique. " La chance de ma vie " déclare a posteriori celle qui a toujours cultivé une fascination pour l’école russe. Les écrivains, certes. Mais surtout, ces compositeurs qui meurent presque sur chaque note. Chez les russes, il n’y a rien qui est fait dans la demi-mesure et ça, ça me parle " précise la virtuose. Tant et si bien que Camille leur consacrera son premier album, " A Century of Russian Colours " paru en 2013 chez Fuga Libra. Cette année-là, Camille Thomas verse aussi dans la musique de chambre en compagnie du pianiste belge, Julien Libeer. De leur collaboration naîtra " Réminiscences ", le second opus de la belle édité par Dolce Volta. Les sonates pour violon et piano de César Franck y épousent l’unique sonate pour violoncelle d’Eugène Ysaÿe.

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Camille Thomas © Hep Taxi

Une ascension jalonnée de lauriers

Entre-temps, Camille Thomas poursuit son ascension. Nominée aux 21ème Victoires de la musique dans la catégorie révélation soliste instrumental en 2014. Lauréate du concours de l’UER (l’Union Européenne de radio-télévision) où elle représentait la Belgique à Bratislava en 2015. Le meilleur l’attend cependant. Lors de sa participation à l’émission du ténor mexicain Rolando Villazon, " Les Stars de demain " sur Arte, Camille est repérée par Deutsche Grammophon. " Ca a été un moment pivot de ma vie dont je me remets aujourd’hui tranquillement, trois ans plus tard " affirme-t-elle. Le prestigieux label qui n’avait plus signé de violoncelliste depuis deux décennies, publie alors son troisième album consacré aux romantiques français, Saint-Saëns et Offenbach avec le concours de l’Orchestre de Lille dirigé par Alexandre Bloch.

Des partenaires historiques

A l’époque, Camille Thomas jouait encore sur Le Pape Clément, un violoncelle de 1788 fabriqué par Ferdinand Gagliano que lui a acheté et prêté pendant cinq ans le mécène bordelais Bernard Magrez, propriétaire d’une quarantaine de châteaux. Est-ce la signature de Camille sur Deutsche Grammophon qui a incité la Nippon Music Foundation à mettre à sa disposition l’un de ses précieux Stradivarius ? Cette fondation, propriétaire de la plus importante collection de Stradivarius au monde, une vingtaine de violons et trois violoncelles, ne mise que sur les musiciens les plus doués, les plus prometteurs. Alors forcément…

Depuis septembre 2019, la belle soliste convole avec le Feuermann. Datant de 1730, ce dernier a appartenu à Auguste Franchomme, le meilleur ami de Chopin. " C’est un honneur qu’il faut mériter chaque jour d’avoir cet instrument entre les mains (…) Moi, je sens l’âme de ce violoncelle. C’est la première fois que j’ai le sentiment d’avoir un partenaire ". Et de fait, sur scène, ce corps à corps à la fois physique et délicat entre la musicienne et son vibrant ancêtre tient de l’extase. L’aura qui s’en dégage séduit y compris les moins avertis.

La musique envers et contre tout

Toujours entre deux avions. Entre deux concerts aux quatre coins de la planète. Camille Thomas a levé le pied durant la crise sanitaire, comme bien d’autres artistes. Non sans ronger son frein. C’est dans ce contexte étriqué et anxiogène que la soliste hyper connectée aux réseaux sociaux y a publié de sublimes vidéos réalisées par Martin Mirabel. Depuis le toit de son immeuble perché sur la butte Montmartre aux musées désertés. D’Orsay aux Arts Décoratifs. Du Palais Garnier à Versailles et son somptueux théâtre de Marie-Antoinette resté dans son jus originel, Camille a offert aux internautes, quelques rares moments de grâce, " Plus près du ciel que des tracas de la terre ".

C’est également le sentiment éprouvé à l’écoute de son nouvel et quatrième album, le bien nommé " Voice of Hope " enregistré à l’automne 2020 à Flagey en compagnie du Brussels Philarmonic Orchestra sous la direction du chef d’orchestre, Mathieu Herzog. Autour d’une partition centrale écrite suite aux attentas du Bataclan et d’Istambul par le compositeur turc, Fazil Say, fervent combattant de l’obscurantisme, Camille Thomas y repend des classiques comme le Kaddisch de Ravel, les " Traume" wagnériens, le Dido de Purcell parmi d'autres. Mais aussi des thèmes populaires comme celui du film, " La liste de Schindler " ou" Casta Diva " tiré de l’opéra " Norma " de Bellini.

 

Retrouvez Camille Thomas dans Hep Taxi, ce dimanche 9 mai à 20h40 sur La Trois et en replay sur RTBF Auvio !

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