Jean- Hugues Anglade, un acteur entre ombre et lumière

Jean- Hugues Anglade, un acteur entre ombre et lumière
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Jean- Hugues Anglade, un acteur entre ombre et lumière - © Tous droits réservés

Star des années 80, révélé à l’écran par Patrice Chéreau, Luc Besson et Jean-Jacques Beineix dans des films devenus cultes, Jean-Hugues Anglade est toujours là. Même si la vie et le métier ne l’ont pas épargné. Sa rencontre cash dans Hep Taxi !

Très vite. Très haut. Très fort.  La carrière de Jean-Hugues Anglade a décollé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Déjà qu’à 20 ans, ce provincial hyper déterminé monte sur Paris et réussit le concours d’entrée au Conservatoire sans jamais avoir pris un cours de théâtre. Son physique de jeune premier romantique, son jeu instinctif et sauvage séduisent Patrice Chéreau qui l’engage pour jouer "L’homme blessé" (1983). Un film sulfureux qui dépeint les amours homosexuels volés aux lendemains. Sur ce tournage psychologiquement éprouvant, "il fallait se battre bec et ongles avec un personnage difficile et puis avec un metteur en scène très, très exigeant". Le César du meilleur espoir lui échappe cependant.

Avec "Subway" de Luc Besson : "C’était un vrai bonheur" qui "s’est transformé en une fidélité dans l’inimitié". Une rupture brutale entre le réalisateur et l’acteur dont la blessure n’est pas totalement cicatrisée à écouter ce dernier. Le meilleur arrive avec "37°2 le matin" de Jean-Jacques Beineix. "On était convaincu qu’on était en train de faire le plus beau film du monde" se remémore-t-il. Pas faux ! Oscar du meilleur film étranger, ce long métrage générationnel a fait le tour du monde. Dans la peau de Zorg face à Betty, Béatrice Dalle, Anglade explose et s’impose.

Durant les années 90, il joue les seconds couteaux souvent borderline avec un certain panache. Son incarnation magistrale de Charles IX dans "La Reine Margot" lui vaudra d’ailleurs son César du meilleur second rôle en 95. Si son interprétation du tueur à gage allumé dans "Killing Zoe" restera dans les annales, elle lui a surtout ouvert les portes d’Hollywood où il fait un passage remarqué dans la saison 4 de la série Les Sopranos. Une aubaine car le cinéma français va le délaisser pendant presque une décennie

Pour un homme qui s’est construit et a trouvé le bonheur dans sa carrière d’acteur, c’est forcément déstabilisant. Certes notre invité en a vu d’autres. Et non des moindres. "Ça fait partie de ce que j’appellerais les vastes chagrins" nous confiait-il. Tel cet accident mortel auquel il assiste et porte assistance à l’âge de 13 ans avec sa mère. Marqué à vie. Adieu l’insouciance de l’enfance. Pour lui, c’est : "le moment où le rêve se brise. Cette joie profonde, elle est fracturée par une vision tellement horrible que finalement c’est contagieux. Ça contamine le corps, le sang, le cerveau, la façon de voir le monde".  La même année, Jean-Hugues Anglade est victime d’un pédophile. "J’ai traversé ça avec difficulté parce que je n’en ai pas parlé". La peur et la honte dépassées, c’est chose faite notamment à l’arrière de notre banquette.

Le plus étonnant en regard de ces drames traumatiques, c’est que ce gamin insécurisé a choisi de briller sous les projecteurs. Le cinéma n’étant pas vraiment le cadre le plus rassurant qu’il soit. À moins qu’il ne s’agisse d’une tactique de survie, la prise de risque et la mise en danger tenant la mort éloignée. 

Son grand retour, il l’a fait au petit écran en 2009 dans la série "Braquo" créée par Olivier Marchal. Tandis qu’au cinéma, il était dernièrement désarmant dans "Le Grand Bain" de  Gilles Lellouche. Pour le rôle de Simon, chanteur looser qui après dix-sept CD autoproduits s'accroche à ses rêves coûte que coûte, Jean-Hugues Anglade fut nominé aux Césars 2019. Comme il le dit si bien : " Je suis encore dans le métier. Je n’ai pas quitté le manège". 

Retrouvez Jean-Hugues Anglade ce dimanche 5 avril à 20h35 sur La Trois, en replay sur RTBF Auvio et bientôt sur la chaîne Youtube d’Hep Taxi !