Jane Birkin à l’épreuve du temps

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© Hep Taxi

A 74 ans, l’actrice et chanteuse iconique a sorti son quatorzième album, " Oh pardon, tu dormais… " réalisé par Etienne Daho. Elle vient aussi d’être honorée aux Victoires de la musique pour l’ensemble de sa carrière. L’occasion pour Hep Taxi de la rencontrer à Paris, sa ville de cœur et théâtre de ses souvenirs.

A la différence du commun des mortels, les souvenirs intimes de Jane Birkin font partie de la mémoire collective tant sa vie privée est indissociable de sa carrière. Sex-symbol des seventies, muse et grand amour de Serge Gainsbourg, égérie et ex-compagne du cinéaste Jacques Doillon, mère de Feue Kate Barry, de Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon, fille de la célèbre comédienne britannique Judy Campbell, sœur du réalisateur Andrew Birkin, Jane est aussi la petite-fille d’une lignée d’acteurs, une descendante de Charles II, roi d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse et la cousine du mathématicien et philosophe Bertrand Russell. Bonjour le pédigrée !

De l'île de Wight au Swinging London

Scolarisée dans un internat de bonnes sœurs sur l'île de Wight où ses parents avaient un cottage, celle qu’on appelait par son numéro de chambre, " Ninety-Nine " découvre sa vocation d’actrice à Rome, sur le tournage de " l'Extase et l'Agonie " mis en scène par Carol Reed, un cousin de son père adoré, David Birkin. Ce dernier, commandant à la Royal Navy, a sauvé au péril de sa vie de nombreux résistants dont François Mitterand  lors de traversées nocturnes clandestines entre l’Angleterre et la France occupée.

A 17 ans, Jane décroche, son tout premier rôle au théâtre dans la pièce " Carving A Statue " de Graham Greene et enchaîne avec la comédie musicale, " Passion Flower Hotel " où elle rencontre son futur mari, John Barry qui signe la B.O du film. Elle épouse le flamboyant compositeur des James Bond âgé de 31 ans tandis qu’on la voit aux côtés de Jacqueline Bisset et de Charlotte Rampling, également débutantes, dans " Le Knack …et comment l’avoir " de Richard Lester, film emblématique du Swinging London. Mais c’est " Blow Up " d'Antonioni, Palme d’or à Cannes, qui la révèle au monde entier. Et qui plus est, dans son plus simple appareil. Nous sommes en 1966 et la nudité à l’écran est encore considérée comme pornographique. Autres temps, autres mœurs ! Le scandale fut tel que lors des projections en salles, les spectateurs découpaient la pellicule pour emporter un souvenir de la scène dénudée.

Une anglaise à Paris

En matière de scandale, Jane Birkin ne sait pas encore ce qui l’attend… Le tournage de " Slogan " de Pierre Grimblat en 1968, va déterminer le reste de son existence. "  Un coup de chance " précise-t-elle. Son partenaire de jeu, la vedette masculine du film n’est autre que Serge Gainsbourg. Narquois et arrogant au premier abord, il s’avère être, lors d’un dîner en tête-à-tête, " l’homme le plus drôle du monde ". Aussi charmant que prévenant. " J’ai bien fait de venir en France pour me sentir beaucoup plus libre de tout, de tomber pour Serge, mon mariage qui a raté complètement en Angleterre. Ici tout était joyeux. Tout était gai, les cafés, le langage, la façon de vivre et puis le personnage de Serge qui était ma vraie raison pour rester en France " se souvient-elle.

L'auteur de " Je t’aime moi non plus " écrit pour Brigitte Bardot qui lui a brisé le cœur après plusieurs mois de folle passion, propose à Jane de poser sa voix sur ce qui deviendra le tube mondial qu’on connaît. " Je trouvais ça tellement érotique que je ne voulais pas qu’il la chante avec quelqu’un d’autre (…) Que ça choque les gens, d’être banni par la BBC, on trouvait ça rigolo. Comme disait Serge : "  le pape est notre meilleur impresario " ". Les soupirs de plaisir du couple rythmant la chanson ont forcément heurté le Vatican qui en exige l'interdiction illico presto. Le premier album de Jane qui repend le fameux hit sulfureux fut, lui, soustrait aux mineurs pour cause d’apologie à la sodomie…

Le grand Serge, son mentor de génie dont on vient de célébrer les 30 ans de sa disparition, lui a écrit sur mesure sept albums. " Les chansons les plus touchantes pour moi, c’est ceux quand je suis partie. C’est à partir de " Baby Alone in Babylone ", " Les dessous chics ", " Fuir le bonheur ". Ca fait partie des plus grandes chansons françaises sur le rupture " rappelle Jane. Le couple légendaire qui défia la chronique se sépare en 1981, après 13 ans de vie commune alors que leur fille Charlotte fête ses 10 ans. " Tout à coup, vous ne tolérez pas ce que vous avez toléré jusque–là. Il vous semble que vous ne voulez plus être l‘élève, la poupée, la petite fille. Là, vous allez couper tous vos cheveux, vous habiller en garçon et chanter pour de vrai " clame notre invitée. Une nouvelle vie sous le signe de l’autonomie s’amorce donc.

Le grand virage cinématographique

Populaire durant les années 70 grâce aux comédies grand public de Claude Zidi, " La moutarde me monte au nez ", "  La Course à l’échalote " et " L’Animal ", Jane étoffe cependant sa palette d’interprète avec " Sept morts sur ordonnance ", drame de Jacques Rouffio ou encore " L’Amour par terre " de Jaques Rivette. Elle retrouvera ce cinéaste de la Nouvelle Vague notamment sur " La Belle Noiseuse " qui lui a valu son César du meilleur second rôle féminin en 1992. Mais c’est surtout sous la direction de son nouveau compagnon, Jacques Doillon, le père de sa troisième fille, Lou que Jane déploie ses ailes d’actrice dramatique. " La Fille prodigue ", " La Pirate " et " Comédie ! " font date dans sa filmographie et pour cause : " C’est même les films qui m’a fait faire un bon en avant comme Mao " souligne-t-elle non sans humour avec son délicieux accent british.

Désormais, Jane est plébiscitée par le cinéma d’auteur. On la voit au sommet de son art dans " Dust " de Marion Hansel, " Soigne ta droite " de Godard, "  Daddy Nostalgie " de Tavernier, " Jane B. par Agnès V. " et " Kung-fu Master " de Varda dont Jane a coécrit le scénario. Sous l’impulsion de cette dernière, l’actrice se lance dans l’écriture de son premier film, " Oh Pardon tu dormais " devenu par la suite, une pièce de théâtre qu’elle a jouée pendant 9 ans. Sa seconde réalisation, "  Boxes ", hommage à son illustre famille, a vu le jour sur grand écran en 2007 après 10 ans de gestation. Côté musique, la chanteuse est alors obligée de se renouveler après le décès de Gainsbourg survenu le 2 mars 91. Ironie du sort, son père, David Birkin décède à trois jours d’intervalle.

Après les reprises des chansons de son ex-pygmalion qui ne lui étaient pas destinées sur l’album " Version Jane " (1993) et l'orientalisation des mélodies de Gainsbourg sur "Arabesque " (2002), Jane Birkin a pu compter sur une légion d’auteurs-compositeurs pour assurer sa pérennité musicale. Alain Souchon, Beth Gibbons de Portishead, Brian Molko, le leader de Placebo, Neil Hannon, tête pensante de Divine Comedy, Rufus Wainwright, Dominique A ou encore Mickey 3 D, l'auteur du duo iconoclaste, " Je m’appelle Jane et je t’emmerde " se sont entre-autres pliés à l’exercice. En 2008, la plus anglaise des chanteuses et actrices françaises ose enfin se déclarer comme auteure à part entière sur son disque " Enfants d’hiver ". Et voici, qu’elle signe toutes les chansons de son nouvel et quatorzième album intitulé " Oh pardon tu dormais ". Composé par Etienne Daho et paru le 11 décembre 2020, c’est son opus le plus personnel. Birkin y évoque notamment la mort de sa fille ainée, Kate Barry, survenue jour pour jour, sept ans plutôt, en 2013. La renommée aussi généreuse soit-elle, ne panse pas les blessures de l'âme.

Retrouvez Jane Birkin dans Hep Taxi, ce dimanche 7 mars à 20h40 sur La Trois et en replay sur RTBF Auvio !

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