Gustave Kervern, né sous une bonne étoile

"Sans avoir fait aucune étude de comédien ou de cinéma. Je suis là. C’est un truc de dingue, un truc de fou". L’autodidacte Gustave Kervern n’en revient toujours pas. Rien ou presque ne le prédisposait à embrasser une carrière artistique. À commencer par son enfance sous les tropiques. Le cinéaste est né en 1962 à l’île Maurice, terre d’élection de ses ancêtres bretons. Petit-fils de la poétesse mauricienne Raymonde de Kervern, Gustave quitte ce paradis terrestre pour le Sud de la France à l’âge de 7 ans lorsque son père, prof d’anglais, est muté en métropole.  

Le gamin qui se voyait prêtre ou footballeur fera, sans grande conviction, des études de commerce. "Nul n’est parfait", précise-t-il avant d’ajouter : "Je ne savais pas quoi faire de ma vie, donc je me suis dit : prolongeons les études le plus possible pour éviter la vie active". Rattrapé par l’implacable réalité, Gustave a d’abord travaillé comme comptable dans une papeterie à Cagnes-sur-Mer. "J’étais totalement nul. C’était une catastrophe. J’ai plombé tous les comptes", avoue Kervern. Avant que la supercherie ne soit découverte, ce passionné de musique monte sur Paris avec l’espoir de travailler dans une firme de disques. Malgré ses C.V. enrubannés dans des boîtes de chocolats, le graal musical lui échappe. Pour l’heure du moins… 

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Gustave Kervern, né sous une bonne étoile © Tous droits réservés

L’aventure Canal +

C’est que notre malicieux invité débute en 1985 dans l’audiovisuel comme assistant de production sur Avis de recherche présenté par Patrick Sabatier. Entre le très lisse animateur vedette et le joyeux drille à l’humour trash, ça ne pouvait pas coller. Et Gustave de résumer : "Je me suis fait virer pour délit de sale gueule." Après quoi, il devient chroniqueur sur Canal+ pour Le Plein de Super où il arpentait les concerts rock renouant avec ses premières amours. Mais le meilleur reste à venir. Sa rencontre à Cannes avec Benoît Delépine, ex-pilier des Guignols de l’info, l’un des cofondateurs et des coauteurs de l’émission culte Groland sur la chaîne cryptée.

"C’était les mots bleus qu’on dit avec les yeux", rapporte poétiquement Gustave. Un coup de foudre amical très vite doublé d’une indéfectible connivence professionnelle. Ils partagent les mêmes délires et cette vision irrévérencieuse des médias. Aussi Delépine recrute Kervern en qualité d’auteur sur Groland. Alors que le premier y incarnait Michael Kael, le journaliste le plus foireux qui soit, le second endossait le rôle du reporter local débraillé et alcoolique. 20 ans plus tard, ils écrivent encore des sketchs délirants pour cette fiction politique subversive. Le seul et unique bastion de l’humour noir et du mauvais goût au petit écran est à présent rebaptisé le Zapoï du nom de cette coutume russe qui consiste à s’enivrer plus que de raison. Rien d’étonnant venant de ces deux bons vivants !

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Du petit au grand écran

Les deux compères réalisent ensuite la série "Don Quichotte de la révolution". Imaginez Gustave en Pancha Sancho sur une mobylette de livreur de pizzas suivant son fidèle Benoît sur une vieille moto espagnole prenant d’assaut les multinationales. Tout leur cinéma social et burlesque était déjà là. En 2004, ils franchiront le pas avec Aaltra, road movie en chaises roulantes dont ils sont les héros. Une aventure folle dont Kervern nous livrera quelques anecdotes. Suivront Avida (2006) puis Louise Michel (2008), primé pour son scénario au Festival de Saint-Sébastien et pour son originalité au Sundance Festival.

Le tandem a le chic pour rallier des stars à leur univers peuplé de losers magnifiques. Pour Mammuth (2010), leur plus gros succès, Kervern et Delépine métamorphosent Gérard Depardieu en biker retraité et chevelu. Le Grand Soir (2012) avec Benoît Poelvoorde en punk à chien obtient le prix spécial du jury à Cannes. Les deux réalisateurs mettent en scène l’écrivain Michel Houellebecq dans Near Death Experience (2014). Ils réunissent Depardieu et Poelvoorde pour Saint-Amour (2015), leur road movie choral et viticole puis dirigeront Jean Dujardin et Yolande Moreau dans leur fable christique sur l’absurdité du capitalisme intitulée I Feel Good (2018). Leur nouvel opus, Effacer l’historique, Ours d’Argent à la Berlinale 2020, épingle savoureusement les dérives du monde numérique autour du trio Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès

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Devant la caméra

Mais la carrière de Gustave Kervern ne s’arrête pas à la mise en scène. L’homme est également l’acteur d’une quarantaine de films depuis Delphine 1, Yvan 0 (1996) de Dominique Farrugia. Principalement des seconds rôles à l’exception de celui d’Antoine, personnage masculin de Dans la cour (2014) de Pierre Salvatori où il tient le haut de l’affiche aux côtés de Catherine Deneuve. Cette année, on le retrouve dans la minisérie Dérapages réalisée par Ziad DoueiriPoissonsexe d’Olivier Babinet et Les Parfums de Gregory Magne

Last but not least, on lui doit par ailleurs deux ouvrages, 50 Propositions pour sauver votre pouvoir d'achat illustré par le dessinateur Lefred Thouron (Editions Danger Public) et Petits moments d’ivresse paru au Cherche midi et coécrit avec son épouse, la réalisatrice et actrice, Stéphanie Pillonca. Il affirme en toute humilité : "J’ai une des plus belles vies du monde (…) Je pense que j’ai une bonne étoile qui me suit parce que c’est pas possible d’avoir autant de chance." Mais Gustave Kervern oublie ce petit plus nommé talent qui est l’apanage des grands !

Retrouvez Gustave Kervern dans Hep Taxi ! ce dimanche 4 octobre à 20h40 sur La Trois, en replay sur RTBF Auvio et bientôt sur la chaîne Youtube d’Hep Taxi !

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